ANNONCIATION DE L'INCARNATION DU SEIGNEUR

Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1989)
Lundi de la deuxième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Colamine : Annonciation

 

A

lors j'ai dit : "Me voici ! Je viens ! " Il est assez extraordinaire de pouvoir célébrer l'In­carnation du Seigneur dans l'aura de la fête de Pâques. Entre ces deux événements il y a un lien profond, pas simplement ce lien évident que pour mourir et ressusciter il faut d'abord être né quelque temps auparavant mais le profil absolument semblable des deux événements. Dans les deux cas, il s'agit du même problème. Il s'agit de savoir comment se réalise la communion, la rencontre de l'homme et de Dieu.

Pour la Résurrection, c'est évident. C'est le fait que Jésus, dans son humanité, surgit de la mort et du tombeau, et, emportant avec Lui cette humanité dans la gloire, lui fait rencontrer l'amour du Père. Dans le mystère de la Résurrection, un homme, Jésus de Nazareth, en vient à entrer le plus pleinement qu'il soit, dans la gloire du Père et dans la communion trinitaire. Cette entrée est si radicale et si décisive qu'elle est la condition pour que chacun d'entre nous y entre un jour. La Résurrection, c'est la célébration du Royaume de Dieu, au sens où s'accomplit définitive­ment la rencontre de l'homme et de Dieu Et c'est pour cela qu'on ne peut pas raconter le Résurrection, que tous les récits de la Résurrection sont comme balbu­tiants, car vu l'enjeu de ce qu'il faut dire, on raconte simplement quelques souvenirs des apôtres. Mais la réalité même, ce qui s'est accompli, qui pourrait le raconter ?

Or il en est de même pour l'Incarnation. Vous connaissez ce verset de psaume que les Pères appliquaient volontiers : "Sa génération, qui la racontera ?" Qui pourrait dire comment Dieu, le Fils de Dieu est entré dans l'existence humaine ? C'est exactement la réponse au mystère de la Résurrection. Comment Jésus est-il entré dans le mystère du Père ? Comment a-t-il fait entrer son humanité dans le mystère trinitaire ? C'est aussi mystérieux que la manière dont l'un de la Trinité est entré dans notre humanité. Et l'on comprend très bien pourquoi les Pères de l'Église ont souvent développé cette analogie entre le sein de Marie, le lieu de surgissement secret de la vie de Jésus, Verbe de Dieu, et le tombeau, lieu de surgissement de l'humanité du Christ dans la gloire trinitaire. Dans les deux cas, nous sommes affrontés au même mystère. Comment se fait-il que Dieu ait pu venir à notre rencontre ?

Tout se résume dans ces quelques mots de l'épître aux Hébreux : "Tu n'as voulu ni holocauste ni sacrifice, alors j'ai dit : "Voici ! Je viens !" Qu'est-ce que l'Incarnation ? Qu'est-ce que la Résurrection ? C'est le Fils qui dit au Père, selon deux modalités différentes, celle de la naissance, celle de l'entrée dans la gloire, c'est le Fils qui dit au Père : "Voici ! Je viens !" Le mystère de l'Incarnation est un mystère de venue parmi les hommes, mais venue selon la volonté du Père : "Je viens pour faire Ta volonté !" Et le mystère de la Résurrection est le mystère de la venue du Fils de l'Homme sur les nuées du ciel : "Voici, je viens pour accomplir ton dessein de rassembler toute l'humanité dans le Royaume !" C'est toujours le mys­tère de la venue de Dieu, il n'y en a pas d'autre. L'In­carnation est le mystère de cette entrée, aussi mysté­rieuse que ne l'est la sortie, de la personne éternelle du Fils de Dieu dans le mystère de notre humanité.

Pour nous, cela a une extrême importance car, si nous croyons vraiment que Jésus est le Fils de Dieu, notre vie est à la fois le lieu de l'incarnation et de la résurrection. Lorsque nous sommes baptisés, c'est le mystère de la venue en nous du Fils de Dieu Sauveur. Lorsque, jour après jour, nous vivons ce mystère de notre avancée vers la vie éternelle, lorsque nous disons : "Viens ! Seigneur Jésus ! Que ce monde passe ! Que vienne Ta grâce !" lorsque nous prions pour entrer vraiment dans le Royaume, en attendant notre mort pour rencontrer le Fils de Dieu, pour ren­contrer le Père, nous célébrons le mystère de la Résur­rection, de Jésus qui, en nous, par l'Esprit Saint, dit : "Viens !" Ainsi chacun de nous peut, en toute vérité, parce que le Christ est en lui, dire : "Voici, je viens !" Mais nous ne le disons pas comme nous-même nous approchant de Dieu, mais parce que, en nous, Jésus dit : "Je viens !" C'est cela notre existence de chrétien. Le Christ s'est tellement identifié à nous et nous a tellement identifiés à Lui que lorsque nous disons "Je viens !" c'est le mystère de Jésus qui s'accomplit. Il vient vers le Père à travers chacun d'entre nous.

Que nous fêtions Pâques ou que nous fêtions l'Incarnation, nous fêtons toujours le même mystère. Et vous comprenez pourquoi les premiers chrétiens n'avaient pas peur des tremblements de terre, ils at­tendaient la venue du Seigneur et que ce soit avec un tremblement de terre ou sur les nuées du ciel, cela n'avait pas d'importance. Le mystère essentiel c'est que Jésus va au Père à travers nous. Par l'intercession de Marie qui a dit : "Qu'il me soit fait selon ta pa­role que nous puissions dire nous aussi "Voici, je viens" et qu'en le disant nous sachions que c'est en nous le cri de l'Esprit de Jésus qui crie vers le Père pour que s'accomplisse définitivement et pleinement la rencontre de Dieu avec tous les hommes.

 

AMEN