MARIE MÈRE DE DIEU
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1988)
Vendredi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Guy BEDOUELLE o.p.
|
D |
epuis son enfance, l'Église vénère la mère de Dieu. Depuis les tout-premiers siècles l'iconographie, par exemple dans les catacombes, et la poésie célèbrent celle qui devient, aujourd'hui, la mère de son Sauveur. Et depuis presque deux millénaires les chrétiens chantent, prient avec une multitude de mots qui se résument finalement en une seule expression, un seul mot même en grec, Marie est la Theotokos, elle est la mère de Dieu. Le pape, aujourd'hui, en communion avec l'Église d'orient, en hommage aussi aux Églises d'orient, va réciter solennellement l'hymne acathiste, ces longues litanies qu'on récite debout pour célébrer la mère de Dieu. L'Église latine connaît ces litanies que nous avons un peu réduites avec l'histoire, qui étaient plus généreuses, plus abondantes et qui ne cessaient de trouver dans la Bible et dans sa piété, sa ferveur, tous les noms qui se résument en un seul : Marie est la mère de Dieu.
Et en ce jour, où commence cette maternité divine, nous nous souvenons de toutes ces représentations multiples de ce colloque, de cet entretien, de ce dialogue entre l'ange et Marie où se tient contenu le monde et son salut. Et moi qui suis de passage à Aix, je n'irai pas vous apprendre, mais peut-être simplement vous rappeler, que l'église de la Madeleine contient une magnifique représentation du quinzième siècle de cette Annonciation. Et que plus encore, il y a la révélation du mystère même de l'Annonciation dans le fleuron de la cathédrale Saint-Sauveur qui est le buisson ardent.
Et en effet, dans la liturgie, à vêpres, à vigiles, nous avons dit que Marie est bien ce buisson ardent qu'a vu Moïse. Bien sûr la représentation de Nicolas Froment nous montre la vierge en gloire dans ce buisson qui présente l'Enfant qu'elle tient sur ses genoux, à l'intérieur même du buisson. Mais vous vous souvenez certainement que, en bas du tableau, il y a de façon très étonnante, une véritable annonciation. L'ange annonce à Moïse le "secret du Père", c'est-à-dire que ce buisson ardent c'est cette Vierge qui va enfanter le sauveur du monde, cette créature qui va contenir le créateur. Et si vous êtes vraiment attentifs à regarder ce tableau, vous verrez que l'Enfant-Jésus tient une sorte de miroir. Et dans ce miroir minuscule il y a, reproduits, la mère avec l'Enfant, que l'Enfant Jésus tient au spectateur, car dans ce buisson ardent se révèle le nom de Dieu. Vous savez bien que, dans l'Exode, l'épisode de ce buisson ardent précède immédiatement la révélation du nom de Dieu :"Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob." Mais plus encore, Il est le Dieu qui est amour.
Et c'est exactement le sens du mystère que nous célébrons aujourd'hui. Dieu a tellement aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils unique. Et la vierge Marie offre au monde le Sauveur. Dieu est amour. Nous célébrons l'Annonciation de l'amour. Mais nous le savons bien il y a presque autant de formes de cet amour que de personnes, que de rencontres, que de relations, et que cet amour dont nous faisons si grand cas, nous aurions bien intérêt à lui donner des noms très simples, très humbles, car nous le rencontrons ou nous le refusons à chaque minute de notre vie. Or la vierge Marie qui est le buisson ardent nous apprend, en effet, que cet amour est ce qui donne l'incandescence à notre vie chrétienne, qui fait que désormais, toute réalité peut être habitée par cet amour de Dieu qui ne vient pas de nous, que nous recevons, mais que nous avons à mettre en œuvre, à tendre comme l'Enfant Jésus qui tient l'image de la mère et du Fils.
Il est un nom de l'amour qui se trouve dans les béatitudes et que la vierge Marie, en ce jour, nous apprend. C'est la pureté du cœur, cette pureté du cœur qui est assez mystérieuse, qu'on ne trouve pas en soi mais par grâce; cette pureté du cœur qui fait voir toute chose selon l'amour, cette pureté du cœur qui est la qualité même de Marie, toute faite d'humilité, de respect de Dieu, d'ouverture à ce que Dieu veut, de reconnaissance que nous sommes faits "pour Dieu", par Dieu. Aux purs de cœur Jésus propose la vie éternelle. "Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu." C'est cette révélation même de l'Annonciation où Dieu peut être vu, peut être touché, peut être entendu en son Fils Jésus-Christ.
Que la Marie protège en nous ce désir de reconnaître dans son Fils et dans chacun de ceux qui sont a l'image de son Fils, le Salut, ce buisson ardent qui vit pour notre salut, pour nous, pour le monde.
AMEN