ANNONCIATION A MARIE DE L'INCARNATION DU SEIGNEUR
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1985)
Lundi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Michel MORIN

Ternant : Annonciation
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rères et sœurs, nous célébrons aujourd'hui la première communion. Première communion, communion unique, communion éternelle. Première communion du Fils de Dieu, l'Enfant Bien-Aimé du Père, le Verbe éternel qui goûte, pour la première fois, la chair de l'humanité. Jésus, dans sa divinité, au cœur même de son mystère, goûte et reçoit notre propre chair. Communion de l'amour de Dieu et de l'humanité : c'est cela que nous appelons, nous-mêmes, encore aujourd'hui la première communion. Et à chaque fois que nous recevons l'eucharistie, c'est cela qui se réalise, car même le Fils de Dieu, par obéissance à la volonté du Père, a voulu vivre cette première communion. C'est un mystère, le mystère de l'obéissance, mystère de la présence dans le cœur même du Fils du dessein éternel du Père : tout réconcilier en Lui, du ciel et de la terre. Qui dit réconciliation dit d'abord obéissance, et qui dit obéissance dit don, réception, c'est-à-dire communion.
Cette première communion réalise ce qui, jusqu'à maintenant, était établi dans une sorte de distance, d'éloignement. Dieu était Dieu, Il était au ciel, les hommes étaient sur la terre, divisés entre eux et divisés d'avec le ciel. Et il s'était établi, par le péché, cette distance, cet éloignement, cette séparation qui était de plus en plus profonde, de plus en plus grave pour l'homme. Dieu a voulu, de cette extrême distance, faire une proximité éternelle. Une proximité qui ne soit pas simplement un côte à côte, une approximation, comme quelque chose de parallèle bien que proche, mais Il a voulu en faire une communion. Et cette communion, c'est le Christ Lui-même qui l'a réalisée dans l'obéissance à son Père.
C'est de cette communion unique que nous-mêmes nous participons désormais, dans le mystère de l'Église, à chaque fois que nous recevons la chair du Fils de Dieu, cette chair qui est pour nous pain d'éternité. Car cette première communion entre Dieu et la chair humaine s'est faite dans la personne, dans le mystère de l'obéissance de la vierge Marie. Aujourd'hui encore, c'est dans le mystère et l'obéissance de l'Église, dont la vierge Marie est une figure, un prototype parfait, que se réalise encore cette communion entre Dieu et l'humanité. C'est pour cela qu'en célébrant cette Annonciation nous ne rappelons pas seulement un événement historique qui serait arrivé, seul, à la vierge Marie, nous célébrons un événement éternel, un événement dont nous vivons aujourd'hui encore dans le mystère de l'Église. Car c'est dans l'Église, cette Église sainte, telle qu'Il la contemple depuis toujours et telle qu'Il l'aime, c'est dans cette Église que Dieu donne à son Fils de s'incarner encore, dans ce pain qui devient sa chair par l'action unique de l'Esprit Saint, quand l'Église prononce simplement cette parole d'obéissance, comme la Vierge Marie : "Que Ta volonté soit faite et non la mienne !"
Tout à 1'heure, à l'eucharistie, l'Église appelle l'Esprit Saint et reçoit dans sa chair, la chair du Fils, et c'est à ce moment-là qu'elle invite les chrétiens, les fidèles, à communier à cette chair du Fils, c'est-à-dire à ce que l'Incarnation se continue, se prolonge en nous, pour nous ramener, toujours, vers le mystère de l'unité avec le Père. Mais, et c'est le troisième élément, c'est aussi à l'image de la vierge Marie que l'Église doit donner au monde cette chair du Fils incarné. La vierge Marie l'a reçu dans sa chair et l'a donné à l'Église Le Christ, maintenant, vient dans la chair même de l'Église, de façon réelle, de façon extrêmement présente et agissante, non pas pour que l'Église le garde pour elle comme une sorte de mère captatrice, cette Église reçoit la chair du Fils pour l'offrir au monde. Et il y a dans l'Incarnation, ce mystère de l'appel de tous à l'obéissance, ce mystère de l'appel de tous les hommes à la réconciliation, à la communion avec le Père. Et cela ne peut s'accomplir que dans la communion à la chair du Fils, et cette communion au Fils ne peut s'accomplir que dans l'Église.
Nous célébrons donc, comme le mystère central, comme le pivot de notre foi, ce à partir de quoi tout va désormais se déployer. Nous allons comprendre l'antériorité de l'histoire du salut à partir de l'Incarnation du Fils, nous allons saisir la fin ultime de notre propre destinée, toujours à partir de cette Incarnation à ne faire qu'un avec la chair du Christ pour entrer dans l'obéissance au Père et être réconciliés avec Lui, non pas simplement personnellement, non pas simplement avec l'Église que nous sommes, mais avec tout ce monde, toute cette humanité que le Christ est venu épouser dans sa chair, car en prenant la chair de la vierge Marie, c'est la chair de l'humanité entière qu'Il s'unit.
C'est ceci qui est pour nous cet appel à l'obéissance. A nous d'y répondre maintenant en nous laissant unir, dans le sacrement de l'eucharistie, à cette vie éternelle qu'Il est venu nous apporter, qu'Il est venu nous donner pour aujourd'hui et pour demain. Alors, frères et sœurs, que cette eucharistie, dans le mystère de l'Incarnation du Christ, dans le mystère de la vierge Marie, fille d'Israël, figure de l'Église, annonce de la réconciliation de tous les hommes en Dieu, image de la Jérusalem céleste, que cette eucharistie soit pour nous le rappel incessant de cette infinie tendresse de Dieu qui vient marcher non pas à côté de nous, mais dans notre propre chair, à l'intérieur même de notre propre humanité, pour être sûr que nous soyons vraiment unis à Lui, de façon définitive. Nous prierons aussi pour cette humanité qui ne connaît pas ce mystère, qui n'en vit pas encore, mais qui, peut-être profondément, l'attend, le désire, le souhaite, à travers des cris, des désespoirs, des soucis que nous ne savons peut-être pas toujours lire, parce que nous les prenons simplement à la surface psychologique ou sociologique de leur expression. Mais si Dieu est venu ainsi réaliser cette communion unique et éternelle avec l'humanité, il n'est pas possible qu'un membre de l'humanité, au fond de son cœur, ne l'attende et ne le désire, puisque cette communion est inscrite en lui, par l'Incarnation du Fils dans sa propre chair, dans notre propre chair.
Que notre prière soit donc une prière d'action de grâces pour ce que Dieu a fait pour nous, une prière dans laquelle nous demandions l'obéissance à ce mystère de la communion du Christ en nous et pour nous, puisque c'est à cela, désormais, que nous devons harmoniser notre vie. Ce n'est pas à l'évangile de rejoindre notre vie, cela s'est fait dans l'Incarnation, c'est à notre vie de rejoindre l'évangile et c'est cela que nous avons à faire dans le mystère de l'obéissance à l'Incarnation. Prière aussi pour le monde, pour ce monde sans Dieu, pour ce monde qui meurt de ne pas connaître Dieu, pour ce monde qui pleure de ne pas connaître Dieu parce qu'il est dans cette solitude qui ne peut pas encore être dépassée par cette communion que le Christ veut établir avec chacun et avec l'humanité tout entière.
AMEN