IL A PRIS CHAIR
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Reims : cathédrale Notre-Dame
L'Annonciation
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ans la proclamation du Credo, lorsque nous dirons : "Il a pris chair de la vierge Marie et s'est fait homme," en Église nous nous agenouillerons devant l'autel où le Christ prendra chair, une fois encore, dans le pain de l'eucharistie, pour que, sa présence de chair soit dans la nôtre vivifiante et source de résurrection.
"Il a pris chair de la vierge Marie". Qu'est-ce à dire ? Ce mot "chair" ne s'explique pas uniquement par la chair matérielle, physique, biologique, par cette réalité physiologique de l'homme. Il a pris chair, c'est évident que Fils de Dieu, Il est venu prendre cette chair humaine dans le sein de la Vierge Marie, ce corps d'homme. Mais également, Il est venu prendre chair, c'est-à-dire, Il est venu prendre le cœur de l'homme, l'esprit de l'homme. Il est venu prendre sur Lui, toute cette richesse de la création. Lui, le créateur, il s'est fait une créature. Il est venu prendre tout ce qu'il y a de meilleur dans la chair de l'homme, dans ce qui fait son humanité, dans toute cette épaisseur que, nous-mêmes nous avons tant de mal à connaître. Mais Il est venu prendre aussi notre chair dans ses limites dans ses lourdeurs, dans ses souffrances, dans sa finitude, dans sa mort, se faisant en tout semblable à nous, sauf dans le péché.
Et c'est de la vierge Marie, fille d'Israël, fille d'Abraham, qu'Il est venu tisser ainsi, dans l'humanité, une chair de lumière pour transformer notre chair de misère. C'est dans la vierge Marie qu'Il est venu greffer, pour la première fois, comme une source, un cœur de chair sur notre cœur de pierre. C'est dans la vierge Marie qu'Il est venu inaugurer cette parole du prophète : "Je mettrai en vous mon Esprit ". C'est dans la vierge Marie que le Fils éternel de Dieu, qui vit depuis toujours dans cette communion incessante d'amour, de fidélité et de tendresse, dans la vie trinitaire, c'est dans la vierge Marie qu'Il rejoint cette humanité qui s'était séparée de son Père et de son Créateur.
Au moment de l'Incarnation, cette Incarnation qui dure toujours, même si c'est d'une autre façon, l'extrême distance entre Dieu et les hommes est devenue, pour toujours, une inséparable proximité. Et cela dans la chair de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Fils de Marie.
Fils de Dieu, qui vit avec Lui depuis toujours, dans la perfection de son être, de son amour. Et Jésus, fils de Marie, qui, en elle, prend notre chair, cette chair éloignée de Dieu, cette chair qui a besoin d'être ramenée vers Dieu, puisque c'est pour Lui qu'elle a été créée, qu'elle a été lancée dans l'existence.
"Il a pris chair de la vierge Marie". Ce mystère de l'Incarnation de Dieu dans notre monde ne s'est pas achevé avec la naissance de Jésus ou avec sa mort. Cette incarnation dure toujours, elle dure encore, elle dure maintenant. Lorsque l'Esprit va venir couvrir de son ombre le pain et le vin, signes de l'humanité, signes de tout ce qu'est l'homme, signe du travail, de la vie, de la petitesse de l'homme, l'Esprit va encore venir couvrir de son ombre cette humble réalité de notre vie, pour qu'elle soit transformée, transfigurée, pour qu'elle devienne la chair, le corps et le sang du Seigneur Jésus, et qu'en nous nourrissant de ce pain et de ce vin, nous puissions devenir, nous l'Église, chair de Jésus-Christ, c'est-à-dire, Incarnation de Jésus-Christ pour le monde d'aujourd'hui.
Et nous sommes tentés, parfois, devant la grandeur, l'incompréhensibilité de ce mystère, nous sommes tentés de murmurer dans notre cœur, "Comment cela peut-il se faire ?" Comment Dieu qui est parfait, que nous imaginons trop lointain, comment peut-Il venir ainsi, non pas à côté de l'homme, mais à l'intérieur même de l'homme ? Comment cela peut-il se faire, vu notre péché, vu notre misère, vu le péché et la misère des autres ? Et certains soirs, devant ces difficultés de la foi, devant ces difficultés de croire, d'expliquer ou, tout simplement, de vivre cette foi, devant le doute parfois quant-à la réalisation, aujourd'hui encore, de ce mystère du salut, nous nous surprenons à penser : "Comment cela peut-il se faire ?" Il n'y a pas d'autre réponse que celle de l'ange : "L'Esprit viendra !"
Qu'en cette eucharistie, au jour où nous célébrons cette annonciation historique et trans-historique de la venue du Christ dans notre chair, que cela nous enracine dans la chair même du Christ, présent dans le monde d'aujourd'hui. Et lorsque le doute nous touche, lorsque le désespoir ronge notre cœur, reprenons ces paroles immémoriales de l'Église : "Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort !"
AMEN