ANNONCE DE L'INCARNATION DU SEIGNEUR
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1982)
Jeudi de la quatrième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Walcourt : Annonciation
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ne certaine tradition, une certaine forme de sensibilité chrétienne qui insiste toujours sur l'aspect visible et représentable des choses et des évènements a petit à petit façonné notre cœur, de telle sorte que lorsque nous pensons à l'Annonciation nous croyons bien volontiers qu'il s'agit d'une fête de la vierge Marie. En réalité, ce n'est pas ainsi que la tradition authentique l'a toujours conçu. En fait, il s'agit d'abord d'une fête du Seigneur, c'est la fête de l'Incarnation du Seigneur. Nous célébrons ce moment où le Seigneur, le Fils éternel de Dieu a pris chair dans le sein de la vierge Marie. C'est très important. C'est pourquoi je voudrais attirer votre méditation, votre regard sur deux aspects de cette fête.
Le premier, c'est l'aspect central et essentiel. Aujourd'hui, quand nous fêtons l'annonce de l'Incarnation du Seigneur à Marie, nous célébrons le fait que, désormais, Dieu vient pour nous sauver, Dieu est là, au milieu de son peuple, Dieu prend chair dans le sein de la vierge Marie d'une manière absolument inouïe, telle que personne au monde ne pouvait le pressentir. Le Fils de Dieu, pour nous sauver, se fait vraiment l'un de nous, chair de notre chair, os de nos os, Lui qui nous avait donné la vie, voici qu'aujourd'hui Il accepte de recevoir, de nous, de la lignée de David, de la lignée d'Abraham, par la vierge Marie, Il accepte Lui-même de recevoir cette vie humaine qu'Il avait façonnée. C'est pour nous le cœur même de notre foi. Si nous sommes croyants, c'est parce que nous croyons vraiment que le Fils éternel de Dieu a pris une condition humaine réelle. Il n'a pas fait semblant de s'incarner. Il est vraiment homme, de notre chair, de notre sang. C'est cela qui explique la grandeur de la foi de Marie.
Car cette foi qui commence à se développer, à s'approfondir dans son cœur, aujourd'hui, au jour de l'Annonciation : "Qu'il me soit fait selon ta parole !", cette foi n'est pas une sorte d'obéissance aveugle et disciplinée, c'est d'abord ce regard de la Vierge Marie qui reconnaît la merveille du salut que Dieu veut opérer en elle et à laquelle Il veut qu'elle soit associée. La profondeur et la grandeur de la foi de Marie, c'est précisément, qu'à partir de ce moment-là, tout son regard est tourné vers le Seigneur, dans l'intimité même de sa chair. Si nous célébrons et magnifions aujourd'hui la réponse de Marie, c'est parce que, à partir de ce jour, tout son être est attaché, relié à l'être de son Fils. En vérité, aujourd'hui, c'est elle qui transmet la vie à Celui qui est son créateur. En vérité, aujourd'hui, c'est elle qui est la mère de Celui dont, en réalité, elle n'est que l'humble servante. En vérité, aujourd'hui, elle reconnaît qu'elle n'est rien devant Celui à qui elle donne sa propre chair et sa propre vie, par l'obéissance même de sa foi.
Voilà pourquoi aujourd'hui, nous qui vivons en ce vingtième siècle, nous devons à la foi reconnaître cette réalité de la présence de Dieu au milieu de son corps qui est l'Église. Nous qui, aujourd'hui, sommes l'Église, nous qui sommes les fils de Dieu, nous qui ayons été sauvés par la grâce de Dieu et qui sommes ce corps du Christ qui est l'Église, nous ne cessons de porter dans notre cœur, dans notre vie, dans tout notre être, dans tous nos actes, cette présence réelle de Dieu au milieu de son peuple et au milieu de ce monde. Et c'est pour cela que tout notre regard de croyant ne doit pas être porté sur nous-mêmes d'abord, mais sur cette réalité mystérieuse sur ce germe de vie, cette grâce qui nous est faite jour après jour, cette présence de Dieu qui est tout et qui fait de nous ses serviteurs, qui fait de nous ses amis, qui fait de nous ceux qui le portent, qui l'annoncent à tous ceux qui ont soif de connaître la vérité du salut.
Frères et sœurs, au cours de cette eucharistie, supplions le Seigneur de nous donner une foi authentique en son Incarnation Dieu a pris chair dans le sein de la vierge Marie pour réaliser entre Lui, le Fils éternel de Dieu, et notre chair humaine, une union plus forte, plus puissante que toutes les formes d'union que nous pouvions imaginer et désirer. Et que nous-mêmes, dans notre existence, dans notre vie, nous ayons les yeux sans cesse tournés sur cette réalité de la présence et de la proximité de Dieu dans notre cœur, dans le cœur de nos frères, et dans le cœur de tous les hommes.
AMEN