LE SIGNE

Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

E

 

n ce matin de printemps, quand l'envoyé de Dieu, Gabriel venait à Nazareth porter l'annonce à une jeune fille d'Israël, est-ce que cette jeune fille, Marie, se rendait compte, est-ce qu'elle mesurait la grandeur du mystère qui, en ce jour, s'inaugurait chez elle pour toute l'humanité ?

Sans doute comprit-elle que le Messie tellement attendu, celui qu'avec le reste d'Israël petit et diminué elle attendait, elle espérait, allait enfin être envoyé. Peut-être se souvint-elle de la prophétie d'Isaïe que si souvent elle avait entendue à la synagogue et qu'elle s'était redite à elle même, rentrée chez elle : "Un signe, le voilà : une vierge est enceinte."

Mais comprit-elle la portée du nom de l'enfant que mettrait au monde cette vierge ? Il s'appellera Emmanuel, Dieu avec nous. Comprit-elle la grandeur du nom de ce fils que l'ange lui annonçait ? de ce fils qu'elle allait mettre au monde, Yeshua, Jésus, Yahwé sauve, le "JE SUIS"qui s'était révélé à Moïse et qui venait sauver son peuple ? Comprit-elle la grandeur de ce nom, comprit-elle la grandeur du mystère qui allait commencer en ce jour ? Saisit-elle qu'elle était la nouvelle Ève, la mère des vivants ? qu'elle serait plus mère que toutes les mères de la terre d'hier et de demain elle qui mettrait au monde, en restant pourtant toujours vierge ? Comprit-elle que le salut de l'humanité d'hier, de l'humanité qui l'avait précédée, ou de celle qui la suivrait, ce salut était suspendu à ce "oui" qu'elle dirait ou qu'elle ne dirait pas à la proposition toute gratuite que Dieu lui faisait ?

Car si le mal et le péché sont entrés dans le monde par le "oui" qu'Ève notre mère dit au serpent, au démon qui l'avait séduite, le salut de cette humanité, le salut de ce monde viendrait et serait donné par ce "oui" qu'une fille de cette humanité, que Marie donnerait à la proposition toute gratuite de Dieu.

Est-ce que Marie mesurait, elle toute simple, elle humble servante comme elle se désignerait devant le Seigneur, est-ce qu'elle saisissait la grandeur de ce mystère qui s'inaugurait en ce jour ? Car l'Incarnation, ce n'est rien moins que tout l'ensemble des mystères du salut offert à l'humanité. Dans l'Incarnation est déjà contenue toute la bonne nouvelle qui sera annoncée sur les routes de Judée comme de Galilée. Dans l'Incarnation est déjà contenue la Passion du Christ, de celui qui se fait homme en vérité et qui connaîtra le mal et le désarroi de l'homme. Dans l'Incarnation est déjà contenue la Pâque et l'envoi de l'Esprit à la Pentecôte, et l'Église et les sacrements. Oui, tout est déjà là. Tout est déjà présent, suspendu à l'acquiescement de Marie. L'Incarnation n'est rien d'autre que le premier pas de cette danse mystique dans laquelle nous entrerons au jour de la Pâque du Seigneur.

Dès que cet être très saint commence d'exister, cet être très saint, tissé de la chair et du sang de Marie au souffle de l'Esprit d'amour déjà tout le salut de l'humanité, toute la Rédemption, toute la délivrance du mal, du péché est présente.

Ceux qui, parmi vous ont eu la grâce d'aller à Nazareth ont sans doute été touchés, saisis profondément quant au lieu présumé de l'Annonciation, ils y ont lu ces paroles malheureusement inscrites dans une basilique qui n'est pas très belle : "Hic Verbum caro factum est". Ici, un jour du temps, le Verbe de Dieu, le Fils du Dieu éternel du Dieu d'avant les siècles s'est fait chair. Et dès lors, comme disent les Pères, que Dieu s'est fait homme, l'homme devient Dieu.

Oui, l'Incarnation est le premier de tous ces mystères de notre salut, de tous ces mystères, de tous ces mystères de la vie du Christ, de tous ces mystères de la vie de communion entre Dieu et les hommes, de ces mystères de salut qu'Il viendra vivre chez nous. Et la tradition de notre Église ne s'est pas trompée sur l'importance de ce mystère de l'Incarnation comme premier et source de tous les autres mystères de notre salut.

En effet, depuis le douzième siècle, chaque jour, et trois fois par jour, elle nous fait redire en notre cœur ce dialogue entre l'Ange et Marie, ce dialogue entre Dieu et l'humanité, quand la cloche sonne à nos églises. Et cette tradition aussi, du Rosaire, du chapelet qui nous fait méditer tous les mystères de la vie du Christ, tous les mystères du salut, ces mystères qu'à une époque on appelait les joies. Oui, cette tradition de la prière du Rosaire qui allie la méditation des mystères de la vie du Christ avec ces paroles de l'Ange, inlassablement répétées, inlassablement redites, inlassablement prises, cette tradition a ouvert à beaucoup de générations le livre des évangiles qui, à cette époque restait souvent fermé et inaccessible. Beaucoup de chrétiens d'hier et encore aujourd'hui des jeunes comme des moins jeunes découvrent dans cette prière tous les mystères du salut, tout le mystère d'amour du Dieu qui s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Et certains parmi eux pourraient parler bien mieux de ce mystère, pourraient nous faire découvrir en profondeur tous ces mystères bien mieux que j'essaie de le faire. Mais ce sont des hommes et des femmes de prière, de silence qui, comme la Vierge Marie, repassent inlassablement dans leur cœur les évènements de la vie du Christ Seigneur, qui comme la Vierge Marie, aussi je le crois fortement, encore aujourd'hui, sont ceux qui ouvrent la porte du salut pour notre monde d'aujourd'hui.

 

AMEN