L’AMOUREUX DE LA VÉRITÉ

Sg 7, 7-14+25-30 ; Mt 5, 13-16
St Thomas d'Aquin - (28 janvier 2006)
Samedi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, si nous voulions résumer d’un mot la vie, la pensée, l’œuvre de saint Thomas d’Aquin, peut-être le mot le meilleur serait celui de vérité, qui est d’ailleurs le maître mot de l’ordre des Prêcheurs, dont saint Thomas d’Aquin est l’un des membres les plus éminents.

La recherche passionnée de la vérité. Vérité ne veut pas dire : un certain nombre d’affirmations péremptoires que l’on assène aux autres. La vérité, c’est la recherche passionnée de la réalité profonde de toute chose. Chercher la vérité, c’est chercher le secret intime de tous les êtres qui nous entourent, ce n’est pas transformer le monde en une vision subjective à partir de nos préférences, de nos goûts, ou de nos sentiments, mais c’est se mettre à l’école du monde, de l’univers, de toute chose, de chacun des êtres qui nous entourent.

La vérité, c’est d’abord écouter l’autre, écouter cette parole qui jaillit du cœur de l’autre, parole souvent silencieuse, mais qui est un message qui s’adresse à nous pour que s’agrandisse notre vision, pour qu’au-delà des impressions, nous allions jusqu’au cœur profond des êtres. Certes, nous sommes souvent trompés par l’expérience que nous avons des êtres, et Descartes a eu beau jeu de multiplier les erreurs de notre expérience, de débusquer toutes les fois où nous croyons saisir et nous ne saisissons qu’un leurre. Mais, qu’il y ait erreur possible, qu’il y ait fragilité dans notre manière de percevoir les êtres ne supprime pas pour autant, l’absolue nécessité d’arriver à ce regard pur sur toute chose. Cela supposera évidemment une critique de nos impressions, cela supposera une interprétation, un approfondissement, mais nous ne pouvons pas pour autant renoncer à la vérité de ce regard, sans quoi, l’univers ne serait plus ce qu’il est, mais le simple reflet de nos désirs, de nos fantasmes. Toutes nos chimères que nous construirions ainsi ne seraient qu’une dérisoire caricature de la réalité.

Il n’y a de salut qu’à découvrir la réalité profonde de chaque être, de chaque chose, et c’est cette réalité profonde des êtres qui nous conduit d’abord hors de nous-même, hors de cette complaisance subjective en ce que nous imaginons, croyons, souhaitons, voudrions, qui nous conduit hors de nous-même et par là même, nous conduit jusqu’à Dieu, source de tout être, de toute vérité des êtres.

Cette recherche passionnée de la vérité, même si elle est difficile, est essentielle car, même l’amour ne peut avoir de sens que s’il s’enracine dans la vérité. Aimer un autre qui ne serait qu’une image de nous-même, aimer un autre que nous fabriquerions selon nos désirs et selon nos idées, ce serait nous fourvoyer, ce serait errer dans un paysage sans issue, ce serait nous enfermer dans l’illusion, et par conséquent, dans le malheur. Il n’y a d’amour vrai que dans les êtres vrais, et c’est dans la mesure où nous nous mettons à l’école de chacun des êtres qui nous entourent, que nous pouvons réellement les aimer, et non pas aimer seulement les images de notre propre désir.

Que le Seigneur qui est la vérité, parce qu’Il est la source profonde de l’être et de toute chose, que le Seigneur maintienne dans nos cœurs et dans le cœur des hommes de notre temps, qui sont toujours parcourus pas le doute et la contestation, que le Seigneur maintienne dans notre cœur et dans le cœur des hommes, ce désir profond de la vérité qui nous décentre de nous-même et nous met à l’école du réel.

 

AMEN