LA LOI, CHEMIN DE SAINTETÉ

Ac 9, 1-22; Mc 16, 15-18
Conversion de St Paul - (25 janvier 1989)
Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Rome : Conversion de saint Paul

 

Q

uand on compare les religions païennes avec le judaïsme, le premier élément qui saute aux yeux est la Loi. Il est un fait qu'il y a un réel progrès entre ce que les païens dans leurs propres religions entretenaient comme relations avec leurs divinités et la façon dont Dieu, dans sa révélation, a permis de se laisser approcher par la Loi.

Qu'est-ce que la Loi sinon la médiation réelle et non pas purement symbolique de pouvoir avec ses actes humains, avec ses gestes et ses sentiments, s'ap­procher de Dieu et d'être capables comme Isaïe lui-même de contempler la sainteté de Dieu ? Et cette Loi est si belle, si profonde et si réelle que le livre du Lé­vitique ira jusqu'à dire : "Soyez saints comme Je suis saint !" c'est-à-dire : "Soyez Dieu comme Je suis Dieu !" Tel est le rôle profond de la Loi que d'attirer les hommes vers Dieu Lui-même.

Et Paul dont nous fêtons aujourd'hui la conversion est celui qui, pétri de cette conviction pro­fonde que la Loi conduit à Dieu, pharisien qu'il était auprès du rabbi Gamaliel, a bien témoigné, par sa vie, qu'il était sûr de cette médiation possible qu'était la Loi et que seule une pratique exacte et rigoureuse de la Loi pouvait permettre d'atteindre cette sainteté de Dieu.

Or voilà que, sur le chemin de Damas, une expérience incroyable va avoir lieu pour lui. C'est l'expérience de l'immédiateté de Dieu. Une lumière se fait voir et Paul tombe à terre. Aucune médiation. Dieu, dans la personne même de Jésus, se révèle di­rectement à Paul. Et Paul fait là l'expérience que la Loi a enfin trouvé ici, non qu'elle soit abolie son ac­complissement et qu'il a, en face de lui, dans la per­sonne de Jésus qu'il persécutait Celui qui accomplit totalement la Loi. Car Jésus, c'est ainsi que Paul nous le décrira dans ses épîtres, est la Loi totale, plénière, celle qui donne totalement accès à Dieu.

Lorsque nous lisons l'évangile, nous consta­tons, au fil des discussions qui opposent Jésus aux pharisiens, comment Jésus pose différemment la po­lémique entre la religion, entre le sabbat, entre la Loi et Dieu, en disant que c'est une question de vie ou de mort. "Est-il permis, oui ou non, de sauver une vie un jour de sabbat ou de la tuer ?" Or, dans ce petit récit, l'enjeu n'est pas simplement la guérison d'une main sèche. Jésus en fait une question de vie ou de mort. Le Christ met le doigt sur une certaine imperfection de la Loi, une certaine impossibilité à aller jusqu'au bout de ce qu'elle devait vouloir pour les hommes.

Dans cette immédiateté de cette rencontre du Christ, Paul découvre que la Loi doit s'effacer, cette loi provisoire, cette loi pédagogique enseignée par Dieu aux juifs doit s'effacer afin de laisser la place à la totale révélation de Dieu, à la Loi totale, le Verbe, Jésus-Christ. C'est ainsi qu'il faut entendre cette conversion de Paul. Non pas comme oubliant ce qu'il avait été, mais accomplissant tout ce long chemin qu'il avait parcouru en tant que juif, pétri réellement de ce que Dieu avait voulu inscrire dans le cœur des hommes pour les conduire "par de douces attaches", par sa Loi.

A l'inverse saint Paul est actuellement pour nous le rappel du judaïsme. Nous ne pouvons pas entendre simplement cette fête de la conversion de Paul dans un seul sens, comme celui du Juif qui dé­couvre enfin son Messie. Par ses nombreuses épîtres, par toutes ses discussions sur le judaïsme, Paul est le rappel de ce qu'est, aujourd'hui même, le judaïsme. Même si pour nous cela reste un mystère que, en grande majorité, le Judaïsme n'a pas reconnu le Messie, il faut penser que les païens non plus ne sont pas tous entrés dans la révélation du Christ. Il est un fait que la présence même du judaïsme actuel nous rappelle qu'il est toujours "un frère aîné" aimé de Dieu et qu'il a été choisi et élu pour cela. Pourquoi Israël n'a-t-il pas suivi Jésus ? Ce mystère appartient au cœur même de Dieu. L'existence d'Israël est pour nous le signe qu'un peuple avait été choisi pour porter la révélation au monde entier. Paul est comme la "passerelle" entre ce judaïsme qui demandait à s'accomplir, qui s'accomplit réellement dans le Christ et tous ceux qui n'ont pas suivi ce Christ et qui restent profondément le peuple élu et choisi par Dieu.

Prions pour nos frères juifs, prions pour leur propre chemin, leur propre fidélité, leur propre foi qui est comme la garantie que Dieu s'est révélé dans l'histoire du monde, car le Christ s'était inscrit dans sa chair, dans ce peuple juif, dans cette loi juive, non pour s'en tenir à ses imperfections ou à ses impasses mais pour l'accomplir. Et nous païens qui, grâce à Paul, avons été touchés, saisis par le Christ, prions pour nos frères aînés dans la foi.

 

 

AMEN