CONVERSION DE SAUL

Ac 9, 1-22; Mc 16, 15-18
Conversion de St Paul - (25 janvier 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT


I

l y a trois récits de la conversion de saint Paul dans les Actes des apôtres, deux par lui-même dans le discours qu'il adresse aux juifs de Jérusalem et au roi Agrippa, discours que nous avons lu hier soir aux vigiles et ce matin aux laudes, et le récit qui est fait par le rédacteur des Actes. Dans ce récit d'ailleurs, la différence avec les deux autres, c'est qu'on ausculte un peu plus le rôle d'Ananie, il a des hésitations, il doute, car c'est la première fois qu'apparaît saint Paul. Il a une très mauvaise réputation dans les Actes, puisqu'il était là pour assister les bourreaux d'Etienne, et donc il faut quand même rendre compte de cette hésitation à accepter quelqu'un comme Paul qui est le persécuteur. On voit Ananie qui est favorisé d'une révélation particulière pour que ses doutes soient levés. 

       Ces récits de conversion, c'est à la fois pour conforter le ministère de Paul et en même temps montrer la grandeur de Dieu. Les récits de conversion ne datent pas des Actes des apôtres, ils font encore florès aujourd'hui, je pense à tous ces récits de conversion que nous avons entendu dans tous ces milieux du Renouveau, de ces récits de conversion venus du protestantisme, rappelez-vous "la croix et le poignard". Les récits de conversion font encore partie de ce patrimoine chrétien, ce ne sont pas des révélations particulières, mais on aime ces récits car ils sont tout d'un coup l'irruption de Dieu dans une vie. On aime les entendre parce que dans nos vies, l'irruption fait défaut, souvent, le volcan est éteint. De voir ainsi que cela peut bouillonner et affleurer dans la vie de certaines personnes, cela nous conforte. Comme les récits des martyrs réconfortaient les premiers chrétiens aussi, dans le don de leur vie que faisant ces martyrs. Et ces récits de conversion nous confortent. 

       Une étude qui avait été fait voici quelques années dans une revue, une étude de Henri Bourgeois, sur les nouveaux venus en christianisme, disait que ceux-là rencontraient davantage Dieu que Jésus, en tout premier plan. D'abord, il y avait cette irruption d'un Dieu transcendant, d'un Dieu tout différent, et il constatait à travers l'enquête qu'il avait faite, que dans un deuxième temps, ces nouveaux venus en christianisme rencontraient la figure du Christ. 

      Saint Paul, lui, croit en un Dieu personnel, il ne va pas revenir là-dessus, mais il fait cette rencontre bouleversante avec le Christ. Je pensais au récit de Moïse dans l'Exode, quand il gardait les troupeaux de son beau-père Jéthro, et qui voit cette lumière émanant du buisson ardent, qui brûle sans consumer le buisson, Moïse qui fait l'expérience d'un Dieu qui est proche de son peuple, d'un Dieu qui a entendu la misère de son peuple, et que non seulement Dieu est personnel, mais qu'il agit. Et ensuite, Moïse qui demande : dis-moi quel est ton nom ? Je faisais le parallèle avec le récit de saint Paul, pour y découvrir les différences. Saint Paul fait aussi cette expérience d'une lumière insoutenable, qui est proche de cette gloire et de cette croix, qui est proche à la fois du Thabor et du Golgotha, qui est proche de l'événement de la mort et de la Résurrection, un événement qui brûlera sans se consumer, un buisson, une croix, qui brûlent sans se consumer. Il fait aussi l'expérience que non seulement Dieu est proche de son peuple, mais qu'en persécutant les chrétiens, il touche à Dieu même, d'un Dieu qui a pris notre chair. Et il demande aussi le nom : Je suis Jésus de Nazareth qui te sauve. 

       C'est en cela qu'on peut saisir profondément ce qu'est la conversion. Sans doute que le converti est d'abord saisi par cette immensité, cette transcendance de Dieu. Mais je crois que dans un deuxième temps, il devra forcément faire l'expérience de cette fragilité de Dieu, il devra forcément faire l'expérience de sa misère, de sa faiblesse, ce Paul qui est emmené par la main, aveugle, qui reste sans manger ni boire pendant trois jours. Il devra faire l'expérience de cette dépendance, de cette obéissance de la foi pour être conduit vers l'Église. Et le converti qui découvre Dieu de cette manière-là aura encore à parcourir tout ce chemin de la découverte qu'il est aimé dans sa faiblesse, de la découverte de la faiblesse de Dieu. Un saint François qui fait l'expérience de ce lépreux, un saint Martin qui donne la moitié de son manteau, là on touche quelque chose de très profondément chrétien, dans cette faiblesse-là. 

       Prions pour tous ceux qui tout à coup découvrent Dieu, ouvrent une sorte de fenêtre dans leur vie, puissent aussi aller jusqu'au bout de la conversion, qui passe par la mort et la Résurrection, par la découverte de ce Jésus qui a pris toute notre vie, notre souffrance, pour être conduit ensuite à l'Église et au baptême. 

 

       AMEN