BASES DE NOTRE FOI
Ac 9, 1-22; Mc 16, 15-18
Conversion de St Paul - (25 janvier 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, ce récit de la conversion de saint Paul, est tout à fait remarquable à plus d'un égard. Je voudrais y réfléchir quelques instants avec vous sous un aspect particulier. Il me semble que cet épisode de la conversion de Paul, contient en germe deux thèmes qui sont tout à fait fondamentaux dans la prédication de saint Paul, dans ce qu'il ne cessera de déployer tout au long de sa vie, et qui restent des bases fondamentales de notre foi.
Tout d'abord, cet élément de la conversion de Paul : cette lumière fulgurante qui envahit tout à coup la personne de Paul, à l'intérieur comme à l'extérieur et qui le jette à terre, avec cette violence, cette immédiateté inattendue que nous voyons si bien rendue sur le célèbre tableau du Caravage que l'on peut voir à Rome. Cette lumière prend possession de Paul sans que rien ne permette de la prévoir, de la pressentir.
Paul, nous dit le texte, ne respirait toujours que menace et carnage à l'égard des disciples du Seigneur . sa foi juive, sa foi de pharisien s'était muée en haine implacable dans son cœur, et il partait avec un pouvoir (il était inhabituel que de tels pouvoirs soient donnés à quelqu'un qui n'était ni grand prêtre, ni membre du Sanhédrin, mais il les avait réclamés, presque extorqués). Saint Paul donc, au sommet de cette haine envers les chrétiens et le Nazaréen, est, tout à coup, brisé, écrasé, jeté à terre. Il est transformé de fond en comble en un instant.
Il a expérimenté en lui l'absolue gratuité du don de Dieu. Le don de Dieu ne se prépare pas par je ne sais quelle évolution psychologique ou spirituelle, le don de Dieu ne vient pas en réponse à un long cheminement intérieur que nous aurions patiemment parcouru, le don de Dieu n'est pas la récompense des mérites que nous avons acquis. Il nous saisit d'un seul coup, brutalement, et saint Paul ne cessera de le dire : l'amour de Dieu est gratuit. L'amour de Die ne vient pas de ce que nous avons fait ceci ou cela, mais il s'agit de ce don que "l'œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu, qui n'est pas monté au cœur de l'homme". Il s'agit de ce don que Dieu prépare pour ceux qu'il aime.
Cette absolue gratuité du don de Dieu s'oppose à tout ce que Paul avait cru jusque-là. Lui, en pharisien zélé, était un sectateur de la loi, c'est-à-dire de l'accomplissement des préceptes, c'est-à-dire d'une morale minutieuse où l'on s'efforce, dans les moindres détails, de faire coïncider ses actes avec les commandements. Voilà que cette loi avec ses préceptes, ses ordonnances, voilà que cette observance minutieuse est balayée, elle ne sert plus à rien. Une seule chose compte : l'amour triomphant de Dieu, l'amour gratuit de Dieu qui nous saisit. Et saint Paul savait, par cette expérience fondamentale de sa vie, qu'il avait été gratuitement choisi pour rien.
Cet appel fondamental de notre foi, non pas que nous n'ayons qu'à vivre n'importe comment pour que l'amour de Dieu se réalise en nous, nous donne de croire qu'il n'y a aucune espèce de commune mesure entre le don d'amour de Dieu et ce que nous avons fait de meilleur. Dieu n'est pas là pour récompenser nos bonnes actions, il est là pour nous submerger par le flot immense, par la lumière fulgurante de son amour.
Et puis, il y a ce deuxième fait, central dans ce récit de la conversion de Paul, c'est la parole de Jésus : "Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?" Paul persécutait les chrétiens, il persécutait l'église naissante, il persécutait les disciples de Jésus. Jésus Lui dit : pourquoi me persécutes-tu ? A travers les disciples, à travers ceux qui croient, à travers cette église c'est moi que tu persécutes ! Entre l'Église et moi, dit Jésus, il y a identification. Et, c'est un autre des thèmes, constant dans la prédication de Paul, que ce mystère de l'Église. Cette Église n'est pas simplement un peuple élu, choisi, elle n'est pas simplement un peuple préféré, mais elle est le peuple de tous les préférés de Dieu, s'étendant jusqu'aux limites de la terre. Les païens comme les juifs, tous, forment le corps du Christ. Non pas une société qui se rattache au Christ, non pas des compagnons de Jésus-Christ, non pas des gens qui imitent le Christ et veulent lui ressembler, non pas des sectateurs d'une doctrine, mais le corps même de Jésus, les membres du corps du Christ. Nous sommes le Christ, l'Église est le Christ. Ces hommes de toutes races, de toutes langues rassemblés. Et Paul ira prêcher jusqu'aux extrémités du monde : aux païens comme aux juifs je me dois aux grecs comme aux barbares, ne cessera-t-il de dire.
Paul a compris, ce jour-là, qu'entre le Christ et les hommes qu'il appelle à lui, il y avait une identité. C'est le Christ lui-même, en quelque sorte, qui se multiplie. Il se démultiplie à travers cette humanité rachetée qu'il associe, c'est trop peu dire, qu'il intègre à sa propre personne, à son propre corps, et il en fait le prolongement même de son incarnation.
Cette Église c'est Jésus présent dans le monde. Cette Église c'est Jésus continué dans le monde. Cette Église c'est Jésus en marche vers lui-même. Cette Église c'est le corps en marche vers la tête. Cette Église c'est l'Église qui devient peu à peu royaume, c'est-à-dire entrée, pénétration dans le mystère de la Trinité de Dieu. C'est la divinisation de l'humanité. Voilà ce que Paul a découvert en éclair dès le moment de sa conversion.
Frères et sœurs, nous sommes les héritiers de cette foi de Paul. Nous savons que l'amour de Dieu est parfaitement gratuit et nous savons que cet amour va jusqu'au tréfonds de nous-mêmes, pour faire de nous d'autres Christ, pour faire de nous, tous ensemble, le corps même du Christ. Soyons fidèles à cette intuition qui est l'intuition même du cœur de Dieu qui s'est communiqué à Paul le jour de sa conversion, et qu'il a répandue jusqu'aux extrémités de la terre, c'est-à-dire jusqu'à nous.
AMEN