LA FOI DE SAINT PAUL
Ac 9, 1-22
Conversion de St Paul - (25 janvier 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ela fait partie de l'humour de Dieu de choisir un homme de la secte juive qui à l'époque n'était peut-être pas la plus réactionnaire, mais qui était tout de même très conservatrice, pour en faire l'apôtre des nations, pour constituer cet homme comme celui qui proclamerait la Loi nouvelle du salut à ceux qui jusqu'à maintenant, croyait-on, ne devaient pas avoir de privilège particulier pour participer à la promesse.
C'est pourquoi je crois qu'il faut bien comprendre le mot de conversion de saint Paul. Le mot de conversion ne veut pas dire que saint Paul a changé d'avis concernant les promesses de Dieu ou que saint Paul aurait découvert un autre Dieu comme les païens eux-mêmes, les Grecs ou les Romains qui se sont vraiment convertis au Dieu unique et véritable tel qu'Il s'était manifesté à Abraham et ensuite tel qu'Il s'était manifesté en Jésus Christ. Saint Paul ne s'est pas converti au sens où il serait passé de la religion juive à la religion chrétienne. Ceci c'est notre gros bon sens de païens qui nous le fait penser, mais ce n'est pas très exact. La conversion de Saint Paul ne porte pas sur le fait qu'il change de peuple, qu'il change de religion. La conversion de saint Paul, c'est précisément le fait que Dieu lui fait découvrir qu'en réalité, il est appelé à découvrir jusqu'au fond les exigences du salut de Dieu. En fait la conversion de saint Paul, comme nous disons, ce n'est que la découverte de la vérité ultime de ce qu'il croyait déjà, mais qu'il avait arrêté à un moment de l'histoire.
En effet, que croyait saint Paul ? Comme tout bon juif, et à plus forte comme tout bon pharisien, il pensait que, pour qu'il y ait une relation entre les hommes et Dieu, il n'y avait qu'un moyen, c'était la Loi, celle qui avait été donnée à Moïse par le ministère des anges. Par conséquent, s'il regardait les païens de très haut, c'était précisément parce que ces pauvres païens étaient livrés à eux-mêmes et que, au cas où ils auraient cherché à avoir une relation et un contact avec Dieu, ils n'avaient pas ce moyen privilégié d'entrer avec Dieu qui est la Loi. Et pour un bon pharisien, le Credo fondamental, c'est qu'entre les hommes et Dieu il y a la Loi et que c'est l'observance et la vie selon la Loi qui, seule, permet d'entrer dans la vie et la familiarité de Dieu.
Or ce qui s'est passé ce jour-là, sur le chemin de Damas, c'est précisément que la gloire de Dieu, la lumière de Dieu, la nuée, celle qui avait conduit le peuple à travers le désert, celle qui avait investi le Temple au moment où Salomon l'avait dédicacé à Dieu, cette nuée qui était apparue, rayonnante, du Seigneur transfiguré sur le Mont Thabor, voici que maintenant, c'était Paul lui-même qui était saisi dans la nuée. Il restait donc bien dans le peuple élu. Il restait donc bien juif. Il marchait, comme ses pères, dans la nuée. Mais voici que la nuée était sur un curieux chemin, non pas le chemin qui conduit d'Egypte vers la terre promise, mais la nuée était sur le chemin de Damas, le chemin des païens, là même où Paul allait traquer ces membres de la nouvelle voie, comme il les appellera plus tard. Autrement dit, la conversion de saint Paul, c'est le moment où, du fond de la nuée, parle la Parole du Christ : "Je suis Jésus que tu persécutes !" celui-là même qui désormais, dans l'esprit de Paul, s'identifiera à la nuée, au rocher spirituel qui était le Christ. A ce moment-là, Paul comprend que ce qui fait le lien entre tout juif et Dieu Lui-même, ce n'est plus simplement la Loi révélée dans la parole de Moïse, mais c'est le Christ, c'est ce Jésus qu'Il persécute. Voilà ce qui est désormais le lien entre Dieu et les hommes et par conséquent, il n'y a plus besoin de la Loi. On ne peut plus l'imposer comme un moyen obligé pour découvrir Dieu. Et saint Paul le comprend avec d'autant plus de force que cela lui est révélé sur le chemin des païens, lorsque, sans le savoir, il se rend déjà auprès des païens.
Et à partir de ce moment-là est en germe tout ce que saint Paul pourra dire dans les plus grands textes et les plus précieux textes de notre foi. C'est que désormais, ce qui a rétabli la justice, la paix et la vérité entre les hommes et Dieu, c'est précisément le Christ crucifié, Celui que Paul avait persécuté. Il a compris que, désormais, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, ce n'est plus la Loi mais c'est le Christ et que par conséquent le Christ Lui-même peut donner ce moyen privilégié qui est la foi qui sera dans le cœur de chaque homme pour qu'il rencontre, en vérité, son Dieu dans le visage de son Christ, mort et ressuscité.
Il n'y a pas de plus belle conversion que celle-là, car c'est la conversion qui conduit au cœur même de Dieu et cela à l'intérieur même de son projet et de son dessein d'amour qu'Il avait déjà manifesté au peuple juif. Et pour nous c'est un enseignement d'une très grande richesse et d'une très grande profondeur.
Nous le savons bien, comme saint Paul, que nous faisons partie d'un peuple que Dieu s'est choisi et s'est acquis au prix de son sang. Mais la plupart du temps, est-ce que nous savons recentrer l'exigence fondamentale de notre foi sur ce Jésus qui nous envahit de sa gloire et qui nous envoie vers les païens ?
Tel est l'itinéraire de conversion que nous propose saint Paul dans la liturgie de ce jour et telle est la conversion que nous devons reprendre sans cesse, de savoir ce qui fait vraiment le lien entre l'amour du Père et nous, si c'est le Christ ou si ce n'est pas quelque chose que nous avons essayé de caricaturer, de figer, de bloquer, de paralyser à l'intérieur même de cette vie qu'Il fait couler en nous.
AMEN