QU'EST-CE QU'UN MOINE ?
Ep 6, 10-18 ; Mt 19, 16-21
St Antoine, ermite - (17 janvier 2009)
Samedi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Chaource : Antoine du désert
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i tu veux être parfait, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres, puis viens, suis-moi". C'est en entendant cette parole au cours d'une célébration liturgique que saint Antoine qui avait alors vingt ans décida de tout donner et de partir seul à la recherche de Dieu. Il a vécu dans le désert près de cent ans, il est mort, vous le voyez, très âgé. Antoine a été imité par beaucoup d'autres chrétiens qui se sont rendus dans le désert pour mener cette vie érémitique, la vie dans la solitude à la recherche du Dieu qui est notre seul bien. "Lui seul est bon", comme le disait Jésus au jeune homme de l'évangile.
L'érémitisme est donc de choisir de vivre tout seul pour être à la recherche du Dieu qui est notre seul bien. Pourtant, cette vie érémitique, plus généralement la vie monastique dont c'est la forme la plus aigue, ne nous met pas à part les uns des autres, elle ne nous retire pas de la condition commune des chrétiens. En effet, qu'est-ce que le moine à la manière de saint Antoine, sinon quelqu'un qui renonce à tous ses biens, qui les vend pour donner l'argent aux pauvres, quelqu'un qui renonce à toute fréquentation humaine pour vivre seul dans le désert, quelqu'un qui met toute la signification de sa vie à suivre les commandements du Christ, à mettre ses pas dans les pas du Christ. Or, comme on l'a très justement remarqué, chacun d'entre nous, moine ou pas, ascète ou pas, nous sommes appelés au moins au jour de notre mort à nous trouver dans la situation de ce moine qui renonce à tous ses biens, qui se retrouve seul et qui n'a plus d'autre horizon que Dieu dans les pas duquel il met ses propres pas.
En effet, au moins au moment de notre mort, nous mourons nu, dépouillé de tous nos biens, nous mourons seul, traversant ce nomansland qui sépare ce monde de l'autre et nous vivons à la recherche du Dieu unique le suivant à travers la mort pour le rejoindre dans la béatitude éternelle. Tout chrétien, qu'il soit moine ou non, au moment de sa mort, est confronté à cette vocation absolue où il n'y a plus que Dieu seul. On peut donc dire que saint Antoine et les moines ont seulement anticipé cet instant de leur mort en en faisant le cadre de toute leur vie, et ainsi en préparant leur cœur à ce détachement absolu qui se produit nécessairement au moment de notre mort. Nous devons donc regarder les moines comme des gens qui marchent en avant du peuple de Dieu, non pas des gens à part qui seraient sortis du peuple de Dieu, mais des gens qui anticipent sur le dépouillement de la mort dès le début de leur vie.
Nous sommes tous appelés à ce mystère du renoncement à tous les biens de ce monde, à toutes les relations que nous établissons les uns avec les autres, du renoncement aussi à notre propre liberté pour mettre nos pas seulement dans les pas de Dieu. Nous sommes tous appelés à ce renoncement qui nous ouvrira à ces biens que l'œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu, ces biens inconnus que Dieu prépare dans son Royaume pour tous ceux qu'il aime.
En ce jour, demandons à saint Antoine de nous aider à nous préparer à cette adhésion de tout notre être à Dieu afin que nous puissions entrer dans sa vie.
AMEN