VIE MONASTIQUE ET ASCÈSE

Ep 6, 10-18 ; Mt 19, 16-21
St Antoine, ermite - (17 janvier 2008)
Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, saint Antoine d'Égypte est considéré comme le père des moines et dans sa vie qu'a écrit saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, le grand défenseur de la foi trinitaire contre Arius et les autres hérétiques de ce temps, il nous raconte que saint Antoine a entendu un jour au cours la liturgie la page d'évangile que nous venons d'entendre, cet appel du Christ adressé au jeune riche, s'il veut être parfait, un appel à tout quitter, à tout laisser pour venir et suivre Jésus : "Viens, suis-moi". C'est le sens premier de la vie monastique qui est une vie pour Dieu seul. Monastique vient du grec "monos" qui veut dire seul, c'est tout abandonner pour consacrer sa vie à Dieu seul. Tel est l'appel entendu par saint Antoine qu'il a traduit par la vie monastique et que beaucoup de moines ont suivi à sa suite.

Saint Antoine a conçu la suite de Jésus en étant seul, en vivant dans la solitude. Au premier sens, suivre Jésus dans la vie monastique veut dire suivre Dieu seul, mais on peut l'entendre aussi comme l'a fait saint Antoine, suivre seul le Dieu qui est seul. C'est pourquoi il est parti au désert, c'est ce qu'on appelle la vie érémitique pour vire dans la solitude du désert, tout seul, dans une cabane, même si ce désert en Égypte n'était pas très loin des villes, il n'empêche que les moines autour de saint Antoine ont vécu dans la solitude la plus absolue au cœur du désert.

Plus tard, on pensera qu'on peut aussi Dieu seul dans la vie communautaire, c'est ce que saint Benoît fera en Occident. Tel est le premier aspect de la vie monastique tel que l'entendait saint Antoine.

Un autre aspect tout autant aussi, c'est que dans ce désert où l'on se trouve seul, on est affronté à Satan. C'est une conception ascétique de la vie monastique, comme une lutte perpétuelle contre le mal, contre l'esprit du mal, et c'est pourquoi nous lisions comme première lecture ce passage de la lettre de saint Paul aux Éphésiens dans laquelle il dit que ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre des Principautés, des puissances, les anges régisseurs de ce monde des ténèbres, les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C'est contre Satan lui-même que nous avons à lutter, en tout cas, c'est ce qu'a vécu saint Antoine dans son désert. C'est pour cela que la vie monastique est conçue aussi comme une lutte perpétuelle contre le mal et d'abord contre le mal qui rôde au fond de notre cœur.

C'est la raison pour laquelle nous avons chanté au début de cette messe une antienne qui dit que le Seigneur a brisé la tête du dragon. Le psaume 73 d'où est tirée cette antienne nous dit en effet : "Toi Seigneur par ta puissance, tu as fendu l'eau des mers, toi qui as brisé les têtes du dragon au fond des eaux, toi qui as fracassé les têtes de Léviathan et l'a donné en nourriture aux monstres de la mer". Pour bien comprendre ce passage et l'application qui en a été fait au baptême du Christ, il faut savoir que pour les israélites la structure du mode n'est pas exactement celle que nous nous représentons. Pour nous il y a le ciel qui est la demeure de Dieu, entouré des anges, il y a la terre qui est la demeure des hommes, puis il y a les enfers, les régions souterraines de la terre qui sont le lieu des démons. Pour les juifs, il y a une nuance, c'est le ciel qui est la demeure de Dieu, la terre qui est la demeure des hommes mais c'est la mer qui est la demeure des monstres. Les juifs n'étaient pas très marins de tempérament, et ils avaient une peur bleue de la mer et de ses tempêtes, de ses raz-de-marée, c'est pourquoi ils voyaient présent au fond de la mer, Léviathan, probablement une personnification du crocodile, puis le dragon au fond des eaux, enfin là où vont se nicher tous les esprits du mal.

Dans les récits du baptême du Christ, il y a dans une des versions que nous avons dans l'évangile de saint Matthieu, au moment où Jésus descend dans le Jourdain, un feu éclate dans les eaux du fleuve, c'est la sainteté de Jésus qui consume les puissances du mal qui sont dans les eaux. Il purifie ainsi les eaux du Jourdain pour qu'elles puissent sous la forme du baptême, donner la vie. Que ce soit le désert, que ce soit le fond de la mer, il y a ce danger perpétuel d'être menacé par les puissances du mal, par des forces du mal, qui ne nous laissent pas en paix, et qui sans cesse, essaient de nous tenter pour nous détourner de la recherche de Dieu seul qui est l'objet même non seulement de la vie monastique, mais au fond, de toute vie chrétienne, de la vie baptismale de chacun d'entre nous.

Que saint Antoine nous apprenne à vivre notre baptême et à le vivre aussi dans la résistance aux tentations, à toutes ces tentations de violence, de haine, de détournement de Dieu ou de nos frères qui sans cesse sont à notre porte, pour que nous puissions comme à notre baptême, renoncer au péché, renoncer à toutes les tentations qui conduisent au péché, renoncer à Satan qui est l'esprit du mal et l'auteur du péché.

 

AMEN