DYNAMIQUE CHRÉTIENNE

Ep 6, 10-18 ; Mt 19, 16-21
St Antoine, ermite - (17 janvier 1990)
Mercredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e passage a mis en mouvement Antoine, avant qu'il ne devienne saint Antoine, et l'a poussé au désert. Cette même parole de saint Matthieu comporte deux parties.

La première concerne le rapport de la Loi qui demandait de conformer son agir à un ensemble de préceptes, dont le dernier, ajouté par l'évangile, cou­vre, dans son sens, les autres préceptes. Il s'agit de l'amour du prochain. Or le jeune homme affirme avoir observé ces commandements et il demande au Sei­gneur ce qui lui manque. Et là vient la deuxième par­tie de ce passage où il est question d'aller, de vendre, bref d'être et non de faire.

C'est là toute la différence sur laquelle repose toute la dynamique chrétienne. On pourrait se contenter de se poser la question de la conformité de sa vie chrétienne quant-à un certain nombre de pré­ceptes ou de lois aussi belles, aussi profondes et inté­rieures soient-elles. Mais ce que le Seigneur demande plus encore que cette conformité d'attitude c'est : "Si tu veux être parfait", c'est-à-dire "si tu veux être saint comme mon Père est saint", passage du Lévitique que Jésus reprend à son propre compte, la question n'est plus de faire, mais d'être. Si tu dois te dépouiller, c'est justement pour que ton être soit plus pur et que tu sois plus en accord avec le Seigneur.

D'ailleurs, que doit-on faire dans un désert ? Rien, sinon être. Et le grand apprentissage de la vie monastique n'est pas tant de faire ou de se défaire que d'apprendre à être en défaisant tout ce qui nous empê­che réellement d'être. Par ce passage de Matthieu, le Seigneur nous demande de nous poser la question de ce qui, non pas seulement sur le plan matériel, nous empêche réellement d'être en Lui. Quand Il demande au jeune homme de vendre tout ce qu'il a, c'est juste­ment pour passer d'un mode d'avoir à un mode d'être. Et le jeune homme qui part contristé c'est qu'il n'est pas encore prêt à passer de ce mode de faire ou d'avoir à ce mode plus profond qui est la façon dont le Seigneur pourrait le saisir à l'intérieur, dont il pourrait s'abandonner à une autre volonté, non pas celle qu'il aurait imaginée lui-même, même dans la perfection qu'il voudrait atteindre, mais en abandonnant même l'idée de

C'est là que nous avons le saut, le passage à effectuer dans notre propre vie. Et nous savons que, par la mort, nous passerons justement de ce mode d'avoir ou de faire à un mode d'être. Notre propre comportement dans l'épreuve face à la mort ou dans la maladie nous prouve à quel point nous sommes fai­bles dans ce domaine-là et que nous ne savons pas très bien "tenir" dans l'être. saint Antoine a dû prodi­gieusement s'ennuyer dans le désert, mais il y a appris à être avec le Seigneur ou à n'être qu'avec le Seigneur. Demandons-lui que notre propre être se trouve mo­delé, affiné, conformé à celui du Seigneur pour que ce soit Lui qui compte dans notre vie et non pas notre propre programme ou notre propre projet pour le re­joindre.

 

 

AMEN