OFFRANDE PURE
1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, saint Polycarpe de Smyrne n'est pas un génie théologique qui a illuminé l'Église particulièrement, mais il joue un rôle très important parce qu'il est un chaînon qui nous rattache de façon immédiate aux origines de l'évangile.
En effet, saint Polycarpe a été le disciple direct de saint Jean l'évangéliste. Quand saint Jean était en Asie Mineure, sans doute à Éphèse, c'était très près de Smyrne, ils se sont rencontrés. D'une certaine manière, Polycarpe a démultiplié la doctrine qu'il avait bu des paroles de saint Jean. Ensuite, il se trouve que saint Irénée avant de devenir évêque de Lyon était né à Smyrne et qu'il a écouté les paroles de Polycarpe, assis à ses pieds, il nous le dit lui-même. Or saint Irénée, lui, a été un des plus grands théologiens de toute l'histoire de l'Église, en particulier pendant la fin de ce deuxième siècle où il était devenu évêque de Lyon. Nous sommes donc en présence de cette continuité dans la foi, continuité dans le regard contemplatif porté sur Dieu, continuité que nous pouvons vivre encore aujourd'hui en lisant l'évangile et les épîtres de saint Jean qui nous ont été transmis par des disciples comme Polycarpe.
Je crois que nous devons rendre grâces à Dieu pour ce saint martyr qui est d'ailleurs un peu le prototype des martyrs de l'Église primitive. Nous connaissons ces martyrs de diverses manières. Il y en a que nous connaissons par le compte-rendu du procès qui les a condamnés, ce qui évidemment, est une garantie d'authenticité de ce qui nous est dit, mais ce compte-rendu étant l'œuvre des persécuteurs, ce n'est pas une source spirituelle immédiate. Il y a d'autres vies de saints martyrs, qui ont été écrites par des disciples beaucoup d'années après la mort de ce martyr, et ils ont cédé à la tentation d'enjoliver et d'ajouter des miracles ainsi que toutes sortes de choses qui ne sont pas réelles.
Mais il y a une troisième sorte d'actes des martyrs qui est l'œuvre de disciples, non pas de disciples lointains de plusieurs années ou même de plusieurs siècles, mais de disciples immédiats. C'est le cas pour saint Polycarpe, le martyre de Polycarpe est l'œuvre de ses disciples qui l'ont écrit peu de temps après son martyre. Ce martyre est un texte admirable et c'est ce qui a fait de lui le prototype du martyr chrétien qui vit de la vie même du Christ et de la mort même du Christ.
"On plaça autour de Polycarpe les matériaux préparés pour le bûcher, et on voulait l'y clouer. Il dit, laissez-moi ainsi. Celui qui me donne la fore de supporter le feu me donnera aussi même sans la protection de vos clous, de rester immobile sur le bûcher. On ne cloua donc pas, mais on lia ses mains derrière le dos, attaché ainsi, il paraissait comme un bélier pris d'un grand troupeau pour le sacrifice, un holocauste agréable préparé pour Dieu. Alors levant les yeux au ciel, Polycarpe dit : Seigneur Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé et béni Jésus-Christ par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, Dieu de toutes les puissances et de toute la création, et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m'avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs à la coupe de ton Christ pour la résurrection de la vie éternelle de l'âme et du corps dans l'incorruptibilité de l'Esprit Saint. C'est pourquoi pour toutes choses, je te loue, je te bénis, je te glorifie, par le grand-prêtre éternel et céleste Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé par qui soit la gloire avec toi, et avec l'Esprit Saint, pour les siècles à venir. Amen". Quand il eût fait monter cet Amen et achevé sa prière, les hommes allumèrent le feu. Une grande flamme brilla et nous vîmes une merveille, nous à qui il fut donné de la voir, et qui a donc été gardée pour annoncer aux autres l'événement. Le feu présenta la forme d'une voûte comme la voile d'un vaisseau gonflé par le vent qui entourait comme d'un rempart le corps du martyr. Il était au milieu non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit ou comme de l'or ou de l'argent brillants dans la fournaise".
Voilà les magnifiques images que les disciples ont trouvé pour parler de la mort de saint Polycarpe, lui qui a voulu aller librement vers la mort pour partager la coupe du Christ, ne voulant même pas qu'on l'attache et restant sur son bûcher comme une offrande pure.
AMEN