MARTYRE ET EUCHARISTIE
1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, être disciple, c’est faire partie du Christ. Saint Paul ne cesse de nous le dire, nous sommes les membres de son corps et saint Jean ne nous dit pas autre chose dans ce passage de l’évangile nous sommes les sarments de cette vigne qui est le Christ, et de même que le sang du corps circule dans tous les membres, de la même manière la sève circule dans toutes les branches et dans les sarments.
Le martyre de saint Polycarpe dont nous avons le récit, et qui est un des joyaux des textes de l’Église ancienne, développe ce mystère tel que Polycarpe lui-même l’a vécu. Voici brièvement quelques passages de ce récit du martyre de Polycarpe : "Les mains derrière le dos et attachées, il paraissait comme un bélier de choix, pris du grand troupeau pour le sacrifice, comme un holocauste agréable préparé pour Dieu". Dès le départ, Polycarpe, qui va être martyrisé, nous est présenté comme le sacrifice. Il est offert en sacrifice. "Levant alors les yeux au ciel il dit : Seigneur Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé et béni, Jésus-Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, toi le Dieu des anges, des puissances, de toute la création et de toute la race des hommes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ pour la résurrection de la vie éternelle, de l’âme et du corps, dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint".
Cette prière de Polycarpe, magnifique est une action de grâces, une eucharistie. Il s’exprime comme le célébrant au cours de la prière eucharistique, se tournant vers Dieu pour rendre grâces. Et l’action de grâces de Polycarpe, c’est qu’il participe à la coupe du Christ, la coupe de l’eucharistie, le calice que le Christ a bu sur la croix.
"Avec tous tes martyrs, puissé-je être admis aujourd’hui en ta présence, comme un sacrifice gras et agréable, comme tu l’avais préparé et manifesté d’avance, comme tu l’as réalisé, Dieu sans mensonge et véritable". Il ne se contente pas de participer à la coupe du Christ, comme nous le ferons tout à l’heure par la communion, mais il devient le sacrifice même de Jésus-Christ, et nous aussi, en buvant la coupe eucharistique, nous deviendrons participants de ce sacrifice de Jésus qui nous prend en quelque sorte en lui et qui nous saisit. "C’est pourquoi, pour toutes choses, je te loue, je te bénis, je te glorifie par le grand prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui soit la gloire, à toi avec lui et l’Esprit saint maintenant et dans les siècles à venir, Amen".
Voilà la prière de Polycarpe quand il est attaché au poteau où il va être brûlé. "Quand il eût fait monter cet "amen" et achevé son action de grâces, son eucharistie, les hommes du feu allumèrent le feu. Une grande flamme brilla et nous vîmes une merveille, nous à qui il fut donné de la voir, nous qui avions été gardés pour annoncer aux autres ces événements. Le feu présenta la forme d’une voûte comme la voile d’un vaisseau gonflée par le vent, ce vent qui est celui de l’Esprit Saint, qui entourait comme d’un rempart le corps du martyr. Lui était au milieu non comme une chair qui brûle mais comme un pain qui cuit." Ceux qui ont assisté au martyre de Polycarpe ont compris la signification eucharistique de ce martyr, non seulement comme il le disait dans son action de grâces, il prend part à la coupe du Christ, non seulement, il devient le sacrifice du Christ, mais encore, son propre corps devient le pain eucharistique, le corps du Christ.
Tel est le mystère du martyre, tel est le mystère de toute mort chrétienne, vécue en profondeur comme un don. Devenir le Christ. Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi disait saint Paul, Polycarpe pourrait dire, ce n’est pas moi qui meurt, c’est le Christ qui meurt en moi. C’est le Christ qui s’offre à travers l’offrande que les martyrs ont fait de leur vie, c’est le Christ qui offre son sacrifice à travers toute l’offrande que nous pouvons faire jour après jour de notre vie au Seigneur et à nos frères.
En prenant part à cette coupe, en buvant à cette coupe, en recevant et en mangeant ce pain, comme Polycarpe, nous devenons le pain, nous devenons la coupe, nous devenons le sacrifice du Christ, nous devenons corps du Christ, nous devenons sang du Christ, nous sommes entièrement de l’intérieur, transformés en cette offrande du Christ pour l’amour du Père, et pour l’amour de tous les hommes.
AMEN