LE DON ET L'OFFRANDE DE SOI
1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
L |
e martyre de saint Polycarpe de Smyrne est relaté dans la lettre de l'Église de Smyrne, et cette lettre se termine par cette petite phrase, au moment où Polycarpe brûle sur le bûcher : "Nous sentions un parfum pareil à celui d'une exhalaison d'encens ou d'un autre aromate précieux". Je ne sais pas si c'est déjà l'odeur du carême qui se fait sentir dans mon esprit, mais j'aurais voulu attirer votre attention sur le martyre de Polycarpe par rapport à deux points qui peuvent peut-être nous faire réfléchir déjà sur le carême, et qui sont le don et l'offrande de soi.
Tout d'abord, le texte nous raconte que "Polycarpe, alors que le bûcher était prêt, enleva lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture puis, il voulut se déchausser lui-même". Ce simple fait de vouloir enlever par lui-même ses habits, dans l'antiquité, cela nous rappelle que les sportifs de cette époque pratiquaient le sport nus. De la même manière, Polycarpe de Smyrne, malgré ses quatre-vingt six ans d'âge, indique par ce signe même, sa volonté de lutter. La volonté de lutter, la volonté non pas de se laisser faire, mais d'avoir prise sur ce qu'il n'a pas choisi. Première indication sur notre vie, sur le sens du carême : comment être confronté à une situation que nous n'avons pas toujours choisie ? La vie chrétienne est une vie de lutte, une vie où nous allons, non pas subir la Passion, mais la prendre à bras le corps.
La deuxième chose dans ce texte, c'est la très belle prière prononcée par Polycarpe au moment où on lui lie les mains derrière le dos. "Seigneur Dieu Père tout-puissant et Père de ton enfant Bien-Aimé Jésus-Christ par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, des anges, des puissances, de toute la création, de toute la race des justes, je te bénis parce que tu m'as jugé digne de ce jour et de cette heure pour que je prenne part dans la troupe des martyrs à la coupe de ton Christ". C'est d'ailleurs cette même phrase qui était dans l'oraison du début de l'eucharistie.
Je crois que dans cette prière, de la manière dont Polycarpe dit qu'il va prendre part à la coupe du Christ, devrait nous rappeler d'une manière plus aiguë que quand nous venons, comme on le dit "à la messe", on ne vient pas uniquement recevoir le Corps du Christ, comme si ce Corps du Christ était extérieur à moi-même, extérieur à ma vie, mais au contraire, la messe, l'eucharistie est le lieu même où je fais partie de cette offrande. Peut-être que le pain et le vin ne soient plus offerts par la communauté paroissiale en tant que telle, nous fait oublier que ce qui est en jeu au cœur de la messe, c'est l'offrande de ce qu'est l'humanité, et de ce que cette humanité fabrique. Quand le prêtre vient à l'autel, il offre le pain qui est le fruit de la terre, le fruit du travail des hommes. Quand il offre le vin, il rappelle que le vin est le fruit de la vigne et du travail des hommes.
Ainsi, quand nous venons communier, nous ne faisons pas uniquement que recevoir quelque chose d'extérieur à nous-même, comme une pièce rapportée, mais au contraire, l'eucharistie est le lieu même où notre vie, où ce que nous sommes est brûlé au feu de la charité, au feu du don de Dieu. C'est une transformation non seulement du pain et du vin en le Corps et le Sang du Christ, mais c'est notre propre transformation.
Frères et sœurs, à l'exemple de Polycarpe de Smyrne, évêque, qui a participé entièrement à l'eucharistie, demandons au Seigneur de nous laisser complètement transformer afin que notre vie brûlée au feu de la charité, exhale, à l'exemple de saint Polycarpe, la charité et la bonté de Dieu.
AMEN