LA FORCE DES ORIGINES

1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

e Polycarpe de Smyrne nous avons un récit dont on a souvent parlé, celui de son martyre qui est une très belle page de ces temps de l'Église et de la manière dont le martyre a tout de suite été conçu, comme la véritable naissance à la vie de Dieu. Il y a aussi une lettre de Polycarpe de Smyrne qui nous reste, elle est adressée aux Philippiens. Il fait partie de ces nombreux évêques qui écrivaient à telle ou telle Église, ce qui montre d'ailleurs un lien im­portant continu et régulier avec toutes les Églises et notamment celle d'Asie Mineure. A l'époque où vit Polycarpe, il faut concevoir le Bassin Méditerranéen comme le lieu par excellence de la communication entre les Églises. C'est l'autoroute que cette Méditer­ranée, et on va très facilement d'une Église à l'autre, vers tous ces pays qui entourent la Méditerranée. Il y a une faculté de communication, parce qu'il y a aussi derrière cela une grande faculté de communion qu'il serait bon pour nous de retrouver.

Il nous reste donc cette Lettre aux Philip­piens. Je vous en lis quelques extraits. Le premier extrait concerne la lettre de saint Polycarpe qui écrit à l'Église qui est à Philippes et il dit ceci :" J'ai pris grande part à votre joie en Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand vous avez reçu les images de la vérita­ble charité, et que vous avez escorté comme il vous convenait de le faire ceux qui étaient enchaînés, de ces liens dignes des saint qui sont les diadème de ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu et Notre Seigneur. Je me réjouis de ce que la racine vigou­reuse de votre foi dont on parle depuis les temps an­ciens subsiste jusqu'à maintenant et porte des fruits en Notre-Seigneur Jésus-Christ". Le propos de la lettre de Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, c'est de leur adresser une lettre qu'il a lui-même reçue de saint Ignace d'Antioche, ce célèbre évêque et martyr qui a écrit également à de nombreuses églises d'Asie Mineure. On retrouve dans la lettre de saint Poly­carpe un peu les mêmes propos que ceux que l'on trouve dans les lettres de saint Paul. Il y a une même structure, les mêmes catégories de pensée. D'ailleurs il écrit également, et vous allez reconnaître pourquoi nous avons lu entre autres l'Épître de saint Jean, mais aussi avoir en tête ce qu'on lit de saint Paul qu'il cite lui-même lorsqu'il dit : "Ceignez vos reins et servez Dieu dans la crainte et la vérité, laissant de côté les bavardages vides et l'erreur de la foule, croyant en celui qui a ressuscité Notre-Seigneur Jésus-Christ d'entre les morts et lui a donné la gloire et un trône à sa droite, à Lui tout est soumis au ciel et sur la terre. A Lui obéit tout ce qui respire, Il viendra juger les vivants et les morts et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de croire en Lui. Celui qui l'a ressuscité d'entre les morts, nous ressuscitera aussi si nous faisons sa volonté et si nous marchons selon ses commandements, et si nous aimons ce qu'Il a aimé, nous abstenant de toute injustice, cupidité, amour de l'argent, médisance, faux témoignage, ne rendant pas mal pour mal, injure pour injure, coup pour coup, malédiction pour malédiction. Nous sou­venant des enseignements du Seigneur qui dit : Ne jugez pas pour ne pas être jugés, pardonnez et l'on vous pardonnera, faites miséricorde, pour recevoir miséricorde. La mesure avec laquelle vous mesurez servira aussi pour vous, et bienheureux les pauvres et ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux. Ce n'est pas de moi-mê­mes frères, que je vous écris ceci sur la justice, mais c'est parce que vous m'y avez invités les premiers, car ni moi, ni un autre tels que moi ne pouvons approcher de la sagesse du bienheureux et glorieux Paul, qui étant parmi vous, parlant face à face aux hommes d'alors, enseigna avec exactitude et avec force, la parole de vérité, et après votre départ vous écrivit une lettre. Si vous l'étudiez attentivement, vous pourrez vous élever dans la foi qui vous a été donnée".

Je suis particulièrement très sensible à ce type d'écrits, parce que je ne sais pas si vous le ressentez, ils ont la saveur de l'évangile. Cela a la saveur de ces tous premiers écrits, et cette lettre de Polycarpe de Smyrne ne dénoterait pas du tout si elle était dans le corpus des écrits du Nouveau Testament, à l'égal de Paul écrivant aux Philippiens, aux Corinthiens, aux Galates, etc... Autant dire qu'à travers saint Polycarpe de Smyrne, qui a certainement connu l'apôtre saint Jean, a correspondu avec saint Ignace d'Antioche, et dont saint Irénée de Lyon est un des disciples, nous avons là la figure d'un de ces hommes travaillé direc­tement par l'évangile, qui l'a presque touché cet évan­gile, de manière matérielle, puisqu'il a vu les apôtres, et qu'il a transmis lui-même ce qu'il avait reçu. Et il le transmet à la manière dont les apôtres mêmes l'ont reçu et vécu. Ce n'est pas simplement une idée, on le voit bien, c'est une histoire, c'est un homme, c'est une pâte humaine qui est atteinte par la Parole de Dieu, et cette saveur-là, nous pouvons nous en rendre compte, elle peut nous toucher directement. En somme, il est plus près ce saint de Jésus, que certains autres saints dans le temps qui sont plus proches de nous, mais même s'il est très loin dans le temps je trouve qu'il n'y a pas de distance, il y a même une distance moins grande. Il y a d'ailleurs des écrits de saints plus diffi­ciles à lire alors qu'ils sont plus récents dans l'histoire de l'Église que quelqu'un comme saint Polycarpe de Smyrne, parce que tout de suite, on se retrouve avec les plus belles pages du Nouveau Testament, comme pour saint Ignace d'Antioche.

Pour nous, au niveau spirituel il y a toujours un intérêt à replonger aux origines, à la source, et plutôt que de faire son beurre, je ne dis pas que c'est mauvais, avec des livres dits de spiritualité, qui fina­lement tombent un petit peu dans l'eau de rose, il nous faudrait retrouver le sang des martyrs, c'est autre chose que l'eau de rose, ce sang des grands pasteurs qui ont su témoigner de par leur vie et de par leurs écrits de l'incidence de l'évangile dans l'histoire d'un homme. Que cette incidence de l'évangile dans l'his­toire de Polycarpe de Smyrne soit aussi, et c'est le vœu que je fais pour chacun de nous, ce qui nous permet véritablement d'être aujourd'hui encore des livres ouverts de l'évangile pour le monde d'aujour­d'hui.

 

 

AMEN