COMME UN PAIN EUCHARISTIQUE
1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
N |
ous avons le récit du martyre de saint Polycarpe tel qu'il a été écrit par l'Église de Smyrne et envoyé à toutes les Églises pour qu'elles partagent la joie causée par le fait que leur évêque avait été jugé digne d'être martyr de Dieu. Dans cette lettre, on nous raconte qu'au moment où Polycarpe, "ligoté, les mains ramenées derrière le dos, était préparé pour être offert en sacrifice, pour être brûlé par le feu comme un holocauste agréable à Dieu, il le va les yeux au ciel et dit : "Seigneur tout-puissant, père de ton Enfant bien-aimé et béni, Jésus-Christ, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je Te bénis parce que Tu m'as jugé digne de ce jour et de cette heure, pour que je prenne part dans la troupe des martyrs, à la coupe de ton Christ, en vue de la résurrection du corps et de l'âme, pour la vie éternelle, dans l'immortalité donnée par l'Esprit Saint. Aussi je Te loue pour toute chose, je Te bénis, je Te glorifie par notre grand-prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Enfant bien-aimé, par qui gloire soit à Toi, à Lui et à l'Esprit Saint, maintenant et pour les siècles."
Cette ultime prière de saint Polycarpe est une véritable prière eucharistique très semblable à celle que nous prononcerons tout à l'heure. C'est une prière dans laquelle il rend grâces au Seigneur comme le prêtre rend grâces à Dieu pour le sacrifice du Christ qui est célébré chaque jour sur l'autel. Saint Polycarpe rend grâces de prendre part à la coupe du Christ car son martyre c'est la participation à la coupe eucharistique de Jésus. Il va boire la coupe du Christ comme nous la buvons à l'eucharistie.
Plus loin, le récit du martyre nous dit :"Une grande flamme brilla et nous vîmes une merveille, nous à qui il fut accordé de la voir et qui avions été gardés pour annoncer aux autres ces événements. Le feu présenta comme la forme d'une voûte, comme la voile d'un navire gonflée par le vent. Elle entourait comme d'un rempart le corps du martyr. Et celui-ci était au milieu non comme une chair qui brûle mais comme un pain qui cuit." Saint Polycarpe est comparé au pain eucharistique. Il s'identifie au Seigneur Jésus dans le sacrement de sa coupe et le sacrement du pain qui est son corps. Et de même que le Christ en offrant son corps en sacrifice sur la croix nous a transmis ce corps comme un pain que nous mangeons, voilà que le corps du martyr devient à son tour un pain de participation à la coupe du Christ.
Chaque jour l'eucharistie nous fait participer non seulement à la chair et au sang du Christ, mais à la chair du Christ offerte en sacrifice, au sang versé pour nous. En communiant nous recevons en nous le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Cette chair que nous mangeons c'est la chair qui a été livrée pour nous afin qu'elle nous vivifie, afin que nous vivions par Lui. Et ce sang qu'Il nous a donné c'est le sang qu'Il a versé afin que, par cette offrande, par cette remise que le Christ fait de Lui-même entre les mains de ses bourreaux, nous soyons, nous, remplis de sa force et de sa vie et que nous puissions participer à son sacrifice. Et cela non seulement pour en recevoir les fruits, pour en recevoir la rédemption, pour en recevoir le pardon des péchés, mais pour participer à ce sacrifice en nous donnant nous-même en offrande avec Lui. Et ce que les martyrs réalisent d'une façon particulièrement expresse, d'une façon particulièrement visible, en mourant avec le Christ, nous devons le réaliser nous aussi en vivant avec Lui, en donnant chaque jour notre vie, notre corps, notre sang, notre existence, notre temps en union avec le Christ pour le salut du monde, pour notre propre salut et le salut de nos frères. C'est à cela que nous sommes appelés par cette communion eucharistique qui n'est pas simplement un sacrement quotidien que nous recevrions d'une façon habituelle et presque distraite. En recevant la chair et le sang du Christ offert en sacrifice, nous sommes invités, nous aussi, à nous offrir. Et même si ce n'est pas de la façon extrême dont les martyrs ont uni leur vie et leur mort à celle du Christ, c'est tout de même pour que, jour après jour, nous donnions tout ce que nous sommes afin que, avec le Christ, nous participions au salut du monde.
AMEN