LE MARTYRE, CONFIGURATION AU CHRIST
1 Jn 3, 10-16; Jn 15, 1-8
St Polycarpe - (23 février 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e mystère de notre vie chrétienne, c'est que le Christ demeure en nous et que nous demeurons en Lui, de telle sorte que nous faisons tellement corps avec Lui que nous devenons les membres de son propre corps, les sarments de ce cep qu'Il est Lui-même, faisant avec Lui une unique vigne. Sa vie se répand en notre propre corps comme la sève de la vigne dans les sarments. Et c'est le mystère du martyre car ces hommes qui, à travers l'histoire du christianisme ont donné leur vie pour la foi au Christ Jésus ne l'ont pas fait en vertu de leur propre courage, mais parce que, véritablement, c'était le Christ qui, en eux, souffrait, mourait, était offert. C'est le sens profond du martyre c'est le sens profond de l'offrande de Polycarpe.
Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, avait quatre-vingt seize ans quand il a été offert en holocauste. Et voici le récit que nous donnent ses disciples. "Quand le bûcher fut prêt, il déposa lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture et voulut se déchausser lui-même. Aussitôt on plaça autour de lui les matériaux préparés pour le bûcher, et comme on allait le clouer, il dit : Laissez-moi ainsi. Celui qui me donne la force de supporter le feu me donnera aussi, sans l'aide de vos clous, de rester immobile sur le bûcher. On ne le cloua donc pas, mais on lui attacha les mais derrière le dos et il semblait comme un bélier de choix, pris dans le grand troupeau pour le sacrifice, un holocauste agréable préparé pour Dieu."
Et voici l'admirable prière eucharistique que prononce Polycarpe au moment où il va être offert en sacrifice, identifiant ainsi son martyre à l'eucharistie même qu'il avait si souvent célébrée au milieu de son peuple et qui est le sacrifice de Jésus, dans sa Pâque : "Levant les yeux au ciel Polycarpe dit : "Seigneur, Dieu Tout-puissant, Père de ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton Nom, Dieu des anges, des puissances, Dieu de toute la création et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m'avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne de prendre place au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection de la vie éternelle de l'âme et du corps dans l'incorruptibilité de l'Esprit Saint. Avec tes martyrs, puissé-je être admis aujourd'hui en ta présence comme un sacrifice agréable, comme Tu l'avais préparé et manifesté d'avance et comme tu l'as réalisé, Dieu le Béni. Et c'est pourquoi, pour toutes choses, je Te bénis, je Te loue, je Te glorifie par le Grand Prêtre éternel et céleste Jésus, ton Enfant bien-aimé, par qui soit la gloire à Toi, avec Lui et l'Esprit Saint, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen". Quand il eut fait monter cet Amen et achevé sa prière, les hommes allumèrent le feu. Une grande flamme brilla et nous vîmes une merveille, nous à qui il fut donné de la voir, nous qui avions été gardés pour annoncer aux autres ces évènements. Le feu présenta la forme d'une voûte comme la voile d'un vaisseau gonflée par le vent qui entourait comme d'un rempart le corps du martyr et il était au milieu, non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit ou comme de l'or ou de l'argent brillant dans la fournaise. "
Et, en terminant leur récit, les témoins nous précisent : "Le bienheureux Polycarpe a rendu témoignage au début du mois, le deuxième jour, le septième jour avant les calendes de mars, c'est donc aujourd'hui même, un jour de sabbat, à la huitième heure, c'est-à-dire deux heures de l'après-midi dans la façon de compter de l'époque. Il avait été arrêté par Hérode, sous le pontificat de Philippe de Thralle sous le proconsulat de Stacius Quadratus, mais sous le règne éternel de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire, l'honneur, la grandeur, le trône éternel de génération en génération."
Frères et sœurs, quand on célèbre l'eucharistie, l'Église place dans une cavité creusée dans l'autel comme un tombeau, les restes de martyrs. C'est pour exprimer ce que nous venons d'entendre de la bouche même de Polycarpe que le sacrifice du Christ se continue, identique à lui-même, dans le sacrifice de ses membres, dans l'holocauste de ses martyrs. Quand, tout à l'heure, nous allons offrir ce pain et ce vin qui deviennent le corps et le sang du Christ, c'est l'Église tout entière que nous offrons, car elle est le corps du Christ. Les martyrs sont la pointe avancée de ce corps du Christ dans l'identification avec le Seigneur, par une même mort et une même résurrection.
AMEN