C'EST MOI ! N'AYEZ PAS PEUR !

He 11, 1-8; Mc 6, 46-56
Ste Bernadette de Lourdes - (18 février 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

M

ême si l'Église, parfois comme la barque, est secouée par le vent de tempête et que les apôtres soudés les uns aux autres par la peur ou la stupeur, comme le sont parfois les chrétiens dans l'Église ou l'ont été dans l'Histoire de l'Église, en face le Christ est vainqueur puisqu'Il marche sur les eaux. En tant que Créateur Il rappelle qu'Il est Sei­gneur et qu'Il vient vers eux.

Nous fêtons aujourd'hui Bernadette Soubi­rous, celle qui a été déclarée bonne à rien et celle à qui l'on confie l'emploi de la prière, celle qui rejoint cette immense communion, cette immense assemblée soudés les uns aux autres eux aussi, dans ce souci de prier constamment et incessamment pour les autres membres de l'Église. En face des apôtres soudés par la peur, serrés les uns contre les autres par la stupeur, en face de cette solidarité étrange qui nous relie les uns aux autres qui est que nous péchons tous, que nous sommes tous touchés par ce même péché des origines, et que nous continuons aujourd'hui à pécher, (c'est là notre vocation commune de savoir que nous sommes tous ensemble des pécheurs), en face donc de cette solidarité, il y a une autre solidarité plus pro­fonde, plus efficace qui est l'unité même de l'Église. Et lorsque nous fêtons une sainte comme Bernadette, nous faisons appel à cette prière, à ce souci qu'ont nos amis au paradis, sachant qu'eux sont arrivés, de prier pour nous et ainsi de nous sauver.

C'est là la réalité vivante d'une Église qui n'est pas le pur emboîtement l'un dans l'autre de tous les membres, mais tout au contraire une unité vivante de gens qui héritent les uns des autres des bienfaits que nous recevons de Dieu. Ainsi lorsque vous recevez une grâce de Dieu, nous en profitons tous, au même titre que nous "profitons" aussi de vos péchés, dans le sens que nous tombons avec vous. Et c'est là le signe de l'efficacité, mais qu'elle soit négative ou positive, de cette communion qui réside et règne entre nous.

Fêter une sainte c'est donc nous rappeler à notre responsabilité de l'unité même de l'Église et de cette communion qui doit régner entre nous, c'est-à-dire que nous devons prendre conscience que nous sommes responsables les uns des autres, non seule­ment dans la prière, mais chacun de nos actes, s'il est mauvais, entraîne l'autre et le prochain à tomber lui aussi. Au même titre que les prières des saints peu­vent nous soulever et nous sauver, au même titre, nos péchés pèsent assez lourd dans la balance. Non seu­lement ils nous ont "abîmé", mais ils abîment l'en­semble de l'Église.

Frères et sœurs, combien de fois entendons-nous des critiques difficiles et dures pour l'Église qui, je crois, abîment profondément cette communion des Saints, abîment cette unité car l'unité de l'Église est comme le présage de l'unité qui rassemblera un jour tous les hommes, et nous ne pouvons pas l'abîmer, l'entacher, la soupçonner. Elle est plus profonde. Non seulement elle dépend de nous, mais nous dépendons d'elle, notre propre salut dépend de celui de l'Église. Ainsi lorsque, dans l'Église catholique, nous prions incessamment ces saints, c'est que nous faisons appel à ce treillis de prière les uns pour les autres, à cette responsabilité commune de nous sauver, parce que le Christ veut une humanité sauvée.

Les apôtres soudés par la peur dans la barque secouée par le vent, sont devenus un jour ceux qui ont reçu l'Esprit, sont devenus soudés par l'Esprit une Église. Ainsi sommes-nous aujourd'hui cette même Église unique, unifiée dans l'Esprit, solide. Et il dé­pend de nous qu'elle continue à être une, sainte, parce que Dieu nous aime et nous a appelés à être sauvés.

 

AMEN