BERNADETTE, CE N'EST QUE CELA !
Jc 4, 13 - 5, 6 ; Mc 12, 1-12
Ste Bernadette de Lourdes - (18 février 1982)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Image de "dévotion"
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eux qui écoutaient Jésus avaient bien compris que c'était pour eux qu'Il parlait, que cette parabole était bien vraie, que c'était là toute l'histoire du salut de Dieu avec son peuple, le peuple choisi. La vigne qu'Il avait plantée, toute la création bien sûr, mais aussi, au centre de cette création, Israël. "La vigne du Seigneur Sabaoth chante le prophète, c'est la maison d'Israël". Et Dieu avait envoyé ses prophètes puis son Fils, Jésus-Christ qui, Lui aussi, a été tué. Et nous savons bien que cela continue encore, que si c'est l'histoire d'Israël c'est encore notre histoire. Nous participons à cette humanité qui, aujourd'hui, continue de tuer les prophètes qu'ils s'appellent Monseigneur Romero ou tous nos frères polonais, qui continue à les faire taire, à les bâillonner, à les battre et à tuer ceux qui viennent pour le bien de la vigne, ceux qui veulent cultiver cette vigne pour son bien, pour son bonheur et pour en donner les fruits à Celui qui en est le maître véritable. Car, vous l'avez remarqué, ce qui pousse les vignerons à tuer ceux qui leur sont envoyés par le maître de la vigne, c'est qu'ils sentent que l'héritage leur échappe et que le Fils est l'héritier en droit et que s'Il vient, alors les fruits de la vigne ne seront pas pour eux. Et c'est toujours la même histoire qui continue. Nous voulons garder pour nous les fruits de ce que nous cultivons alors qu'ils ne nous appartiennent pas. Nous ne comprenons pas que notre plus grand bonheur, que notre plus belle vocation, c'est de les rendre, de les offrir à Celui qui nous les a donnés.
Dans l'épître que nous avons lu, saint Jacques parle avec bien raison pour dénoncer la richesse sous toutes ses formes. Et je ne sais pas si vous avez remarqué la fin du passage où saint Jacques s'insurge contre ceux qui thésaurisent : "Vous avez condamné, vous avez tué le juste ; il ne vous a pas résisté." Le juste, le Christ, nous continuons, parce que nous sommes des riches, parce que nous voulons tout garder, nous continuons à le tuer, à le faire disparaître, comme nous faisons disparaître ces prophètes.
Sainte Bernadette que nous fêtons aujourd'hui, elle a été "la pauvresse" devant Dieu et devant la Vierge. Pauvre par tout ce qu'elle était, son milieu familial, son manque de culture, sa maladie. Et c'est peut-être pour cela qu'elle a été capable d'accueillir, non plus un prophète envoyé pour préparer le Royaume, mais la vierge Marie qui, maintenant que le Royaume est venu parmi nous et que le Christ a été tué et qu'Il est ressuscité, qu'Il est devenu la pierre d'angle de l'Église, est la pierre d'angle de ce nouveau Royaume. La Vierge, de temps en temps, vient visiter notre terre pour nous rappeler l'importance de ce Royaume. Et c'est toujours à des petits, à des pauvres, à des malades qu'elle s'adresse. Eux seuls sont capables de recevoir le message. Nous bien souvent trop riches, pour tant de raisons, nous refusons ce message.
Dans le Courrier Français du 23 septembre 1858, juste après les premières apparitions, alors que tous les journaux parlaient de ce qui se passait à Lourdes, et que l'on avait vu affluer pour la dernière apparition huit mille personnes, on lit ceci : "Quand on veut donner de l'argent à Bernadette, elle dit : pas d'argent. Elle sait détecter avec une sorte de radar le geste discret de ceux qui lui glissent une pièce dans sa poche. Elle rejette la pièce en disant : ça me brûle. " Et le journaliste ajoute "Elle ne savait pas qu'elle parlait comme l'apôtre saint Jacques : "Riches, pleurez sur votre argent, c'est un feu que vous avez thésaurisé."
Que Bernadette, celle qui a su accueillir la dame du ciel venue lui rappeler ce qu'est notre vocation de chrétiens, venant nous rappeler que le Royaume est venu, que Jésus-Christ est la pierre d'angle et que c'est vers Lui qu'Il faut aller, que Bernadette nous aide à être autant de pauvres pour accueillir tous les signes du ciel, pour accueillir encore les prophètes que le Seigneur nous envoie.
AMEN