L'ANCÊTRE DU CHRIST
1 Jn 2, 3-11+15-17 ; Mt 2, 19-23
St David - (29 décembre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Walcourt : Le roi David
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rères et sœurs, l'octave de Noël que nous célébrons, a commencé les trois jours derniers par la célébration de trois fêtes. D'abord celle de saint Etienne, le premier des martyrs de l'Église, celle de saint Jean le disciple bien-aimé, puis celle des saints Innocents, les plus proches compagnons du Christ en sa naissance. C'était une certaine manière d'entourer cette naissance du Christ par une réunion de ses amis les plus intimes, de ses plus proches, de telle sorte que cette naissance de Jésus soit comme orchestrée dans toutes ses dimensions, celle de l'apostolat et celle du martyre.
Aujourd'hui, nous comme toujours dans l'octave de Noël, vous n'y avez peut-être pas prêté attention, mais vous l'entendrez tout à l'heure, il y a une toute petite mémoire qui nous est offerte entre parenthèse, c'est celle du saint Roi David. Nous pouvons regretter que dans la liturgie romaine il ne s'agisse que d'une toute petite mémoire entre parenthèses, et que nous ne célébrions pas comme les orientaux, les patriarches, les prophètes et les rois de l'Ancien Testament, avec autant de solennité que les saints du Nouveau Testament, toutefois, cette présence du Roi David si près du berceau de Jésus est extrêmement importante, très bienvenue, je crois et pleine d'enseignement pour nous aussi. Le Roi David, la liturgie ne s'est pas privée de le mentionner, par exemple au deuxième dimanche de l'Avent, dans l'office des ancêtres du Christ, et encore la nuit même de Noël, dans la généalogie de Jésus, car si Jésus a pris chair dans notre humanité, c'et en se faisant fils d'Abraham, et fils de David.
C'est cet enracinement de Jésus dans la descendance d'Abraham, c'est-à-dire le peuple d'Israël, et plus particulièrement de David, dont Il est le successeur, le roi-Messie, c'est cet enracinement de Jésus dans la lignée du peuple de l'Ancien Testament qui accomplit la vérité de son Incarnation, Il s'insère réellement dans notre histoire et plus particulièrement dans cette histoire sainte. David, comme Abraham sont les témoins d'un événement tout à fait décisif, qui sous-tend tout l'Ancien Testament, et qu'on appelle la promesse. Déjà à Adam, après le péché originel, Dieu avait promis que sa descendance écraserait un jour la tête du serpent. A Abraham, Dieu a promis que sa descendance serait aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer. A David, Dieu a promis que sa descendance, sa maison, c'est-à-dire sa lignée, régnerait non pas seulement selon les vicissitudes de l'histoire comme cela s'est réalisé dans les génération des rois de Juda et d'Israël, mais régnerait à jamais, d'un règne éternel, qui tout en s'enracinant dans l'histoire, en prenant chair dans l'histoire, fait en quelque sorte éclater celle-là au-delà des limites du temps pour aller jusqu'à l'éternité. C'est en Jésus que se réalise cette royauté parfaite promise à David, le rois selon le cœur de Dieu. Jésus est le nouveau David, qui accomplit pleinement la promesse, Il est le roi en qui se rassemblent toutes les promesses de Dieu, et tous les personnages de l'Ancien Testament, et à travers eux nous pourrions dire tous les personnages de l'histoire des hommes, sont comme tendus vers cette réalisation, et c'est cela la promesse. La promesse c'est un courant qui aspire toute l'histoire vers son accomplissement qui est Jésus. Toute l'histoire qui a précédé est tendue vers cette venue de Jésus, et toute l'histoire qui suit, celle que nous vivons maintenant n'est que le déploiement de cette présence de Jésus qui deviendra plénière, totale, manifeste, quand Il viendra à nouveau pour rassembler toutes choses et les remettre entre les mains de son Père, afin que l'univers, la création, l'Église, deviennent pleinement le Royaume.
Même si la liturgie d'aujourd'hui ne parle pas explicitement du Roi David, elle est en communion avec ce personnage et sa signification. En effet, nous l'avons lu tout à l'heure, l'évangile qui nous est proposé aujourd'hui prend la suite immédiate de l'évangile d'hier, et nous montre Jésus en Egypte, Jésus qui a fui en Egypte à cause du Roi Hérode et du massacre des innocents, et maintenant Jésus qui revient d'Egypte. Ce texte qui est propre à saint Matthieu et à la tradition qu'il représente, a d'abord une signification symbolique, Jésus remet ses pas dans les pas d'Israël qui lui aussi avait été exilé en Egypte, au temps du patriarche Joseph, qui est revenu d'Égypte à travers la Mer Rouge, à travers le désert et le Jourdain, sous la conduite de Moïse puis de Josué. Ainsi, ce que cet évangile nous dit, c'est la même chose que la mémoire du Roi David, c'est nous dire que Jésus vient pour récapituler en Lui toute l'histoire d'Israël, de même qu'il récapitule la promesse à Abraham et la promesse à David, de même il récapitule cet Exode du peuple exilé en Egypte et qui, tiré de là par la volonté de Dieu, vient dans la Terre Promise. Cet Exode qui préfigure l'exode du peuple chrétien, qui de cette terre, de cette histoire, de cet univers, marche à travers le désert de nos épreuves vers la Terre Promise qui est le Royaume, et ceci sous la conduite du nouveau Moïse, du nouveau Josué, qui est Jésus Lui-même.
Ce que l'évangile de saint Matthieu, comme la mémoire de saint David, veulent nous dire, c'est que Jésus rassemble en Lui toute l'histoire passée et à venir aussi, pour la conduire à son accomplissement, au Royaume dont Il est l'initiateur, la Porte, la réalité la plus profonde, car qu'est-ce que le Royaume, sinon notre rassemblement en Jésus pour qu'Il soit tout en tous.
Frères et sœurs, que cette fête de Noël, rassemblant ainsi toute l'histoire de l'humanité et toute notre histoire, nous ouvre à ce Royaume vers lequel nous marchons et dans lequel Dieu nous attend et pour lequel Dieu nous a créés.
AMEN