UNE LUMIÈRE DANS LA NUIT
Ba 5, 1-9 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 2008)
Vendredi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Lumières sur notre route … - Ambialet
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rères et sœurs, on a peut-être parfois critiqué une sorte de réduction aux choses naturelles du culte chrétien. On a mis Noël comme fête de la lumière au moment du solstice d'hiver, la même chose pour sainte Lucie. On ne connaît pas la date de son martyre, mais on l'a mise quelques jours avant Noël à cause de nom Lucie et c'est à cause de la brièveté des jours au mois de décembre que se sont répandus le culte de Noël qu'on appelait le soleil invaincu, ainsi que le culte de sainte Lucie qui est entré dans toutes les chaumières.
Le mépris moderne de la lumière vient de la technique. La dimension de la lumière ne correspond plus à une dimension de notre vie, c'est un outil. Mais il faut comprendre ce qu'a été la vie de l'humanité jusqu'à l'invention de l'électricité surtout sa mise en application. En fait, l'homme vivait physiquement, physiologiquement plus encore qu'aujourd'hui, le problème de l'alternance du jour et de la nuit qui était le rythme fondamental de l'esprit et du corps humain. Donc, ces hommes qui prenaient cela comme une sorte de rythme normal de leur existence, à certains moments qu'il y ait dans leur vie de chrétien des signes qui leur rappelle tout simplement la beauté de la lumière, pour eux, c'était très important. Il ne s'agit pas d'une perception poétique, mais c'est d'abord le geste de l'homme qui se fie à la lumière parce que quand on y voit clair, on sait où l'on va, on n'est pas inhibé dans son action. Pourquoi les ténèbres sont-elles devenues le symbole du mal, du péché ? c'est parce que c'est l'inhibition dans l'action, l'élan et le mouvement. Quand les siciliens ont compris que sainte Lucie qui avait résisté à la persécution de Dioclétien, portait un nom de lumière, ils ont perçu que cette petite jeune fille symbolisait la résistance aux ténèbres que représentait la sinistre époque de la persécution de Dioclétien. Ils en ont fait un flambeau, un signe manifeste de la beauté et de la grandeur de cette fille qui avait réussi à être la lumière de ses frères.
Lucie a permis de découvrir qu'il y avait dans l'humain quelque chose qui pouvait être flambeau, repère qui éclairait la vie des communautés. Le culte des martyrs n'est pas un culte de l'héroïsme à l'état brut, c'est-à-dire brutalité contre brutalité, entêtement spirituel contre la violence du glaive et de l'empereur. C'est au contraire le moment où l'on voit dans le corps d'un être blessé quelque chose qui fait resplendir comme une aurore, une lumière qui manifeste l'aurore de la résurrection.
Ces références si simples à la nature des choses font vraiment partie de la liturgie. Ici, si nous tenons tellement au rite du lucernaire, c'est pour cette raison-là. Ce n'est pas pour trouver une jolie introduction aux vêpres avec un rite très beau et très simple. Non, c'est parce que chaque soir, cela nous rappelle que lorsque nous entrons dans la nuit, il y a quelque chose de la lumière du Christ qui reste dans notre cœur, dans notre vie, dans notre marche vers Dieu.
Frères et sœurs, que par l'intercession de sainte Lucie, le Christ nous aide à retrouver ce sens et cette symbolique de la lumière. Même si on la manipule très bien avec nos outillages techniques, la lumière éblouit encore nos yeux. Regardez un enfant qui s'émerveille devant une crèche ou un sapin de Noël, pour eux, cette lumière est un véritable miracle, une véritable fête. Dans la prière, et dans les prières consacrées à la lumière, ou aux saints martyrs comme lumières, nous devrions pouvoir retrouver sinon dans les yeux de notre chair qui en ont tellement vu, mais au moins dans les yeux de notre cœur, que nous retrouvions cette vivacité, cette simplicité et cette vitalité de la flamme du Christ de son amour et de son Esprit.
AMEN