DIEU LUMIÈRE

Ba 4, 30-37; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 2008)
Samedi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, c'est donc en l'honneur de la fête de sainte Lucie que ce petit passage de l'évangile de Jean a été choisi. Vous le savez, le succès de cette fête de cette martyre du sud de l'Italie dont la renommée s'est étendue avec l'extension du christianisme, a rencontré un succès tout à fait particulier vers le nord, et même le grand nord, puisque aujourd'hui encore, le souvenir de sainte Lucie y est fêté. S'appelant Lux, Lucia, lumière, elle portait un nom baptismal qui rappelait la dimension du Christ comme lumière. D'autre part, comme plus on avançait vers le nord, plus dans la mentalité de l'époque, le retour des jours de lumière était problématique, c'était une raison de plus de fêter sainte Lucie avec beaucoup d'ardeur en demandant qu'au plus creux de l'hiver (nous sommes dans les jours les plus courts), et là-haut, ce n'est rien de le dire puisqu'il n'y a même plus de jour, que Dieu nous fasse la grâce de revoir le soleil. Voilà pour le folklore traditionnel.

Mais en même temps, c'est une réalité extrêmement profonde qui est au cœur même du mystère chrétien, c'est que le Christ est la lumière. Là encore, dans le monde méditerranéen, la lumière c'est tout. L'image la plus fréquente pour dire : naître, c'est venir au jour ou voir la lumière. Mourir, c'est ne plus voir la lumière. La lumière est beaucoup plus qu'une chose que l'on voit, elle est à proprement parler ce qui fait voir. C'est cela qui a fasciné dans toute la tradition biblique et dans toute la méditation des philosophes et des sages de l'Antiquité. Quand on parle de la lumière, on ne parle pas d'une chose ou d'un objet. Quand la lumière devient un objet, elle est maîtrisable, elle est petite, modeste. C'est pour cela qu'on faisait toujours l'antithèse entre la lumière du jour qui nous débordait de tous côtés, dans notre regard, dans notre être, dans notre vie, et d'autre part la lampe qui est une lumière artificielle qui n'a pas la même puissance ni la même force pour nous éclairer.

Quand on dit que Dieu est lumière, et c'est cela qu'il y a derrière la fête de sainte Lucie, c'est le fait que Dieu est devenu comme le milieu lumineux dans lequel s'épanouit notre vie. Toute la métaphore du baptême c'est le passage des ténèbres à la lumière, c'est vital. Auparavant dans un certain milieu, l'obscurité, les ténèbres, absence de lumière, absence de regard, même simplement de relation avec l'objet, ensuite, entrée dans la lumière, où la lumière comme telle nous fait être, nous fait voir, nous fait penser, nous donne d'avoir relation avec toutes choses.

C'est bon de nous rappeler ces choses-là au moment où nous sommes dans l'Avent. Baruch disait : "Jérusalem, lève les yeux à l'Orient et regarde !" C'est la même image. Il y a un moment où Jérusalem entrevoit l'aurore non pas comme un paysage et des reflets qu'il serait bon de photographier avec son appareil numérique, mais précisément comme un nouveau mode d'être. C'est cela qui a fait que l'épithète de la lumière pour Dieu dans le milieu chrétien, a fini par s'imposer, parce que la lumière ne désignait pas simplement Dieu comme objet ou comme principe, c'est déjà vrai, mais en plus, Dieu c'était celui qui nous faisait vivre dans sa lumière. C'est la marque propre du baptême et du martyre de sainte Lucie, c'est la marque propre de la vie chrétienne.

Pour nous, Dieu n'est pas simplement une chose, un objet à démontrer, Dieu, c'est le mystère de lumière dans lequel nous vivons et dans lequel nous voyons. Que ce temps de l'Avent nous aide à mieux ressaisir, et mettre en œuvre dans notre vie cette relation avec Dieu qui n'est pas simplement un Dieu en face de nous, mais un Dieu qui par sa présence illumine et nous donne notre manière d'être au monde, notre manière d'être avec les autres, et finalement, aussi notre manière d'être avec Dieu.

 

AMEN