SOYEZ LUMIÈRE POUR LE MONDE

Ba 4, 21-29 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 2006)
Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l s'agit du thème de la lumière. Lucie vient du mot latin : lumière. Dans l'Antiquité, et dans la plupart des pays méditerranéens, nous sommes à une époque où il y avait plusieurs cultes dédiés à la lumière. Ainsi, nous savons que sur la colline du Vatican, le 25 décembre les populations païennes se réunissaient pour célébrer la naissance du soleil invaincu, avec la décroissance très rapide la lumière, on constatait qu'aux alentours du 25 décembre, ce qui deviendra ensuite le solstice, que la lumière cessait de décroître et que même, elle recommençait à croître à nouveau. Donc les populations rendaient un culte et se réjouissaient que ce soleil ne soit pas vaincu. En Égypte, c'est aux alentours du 6 janvier, vous y reconnaîtrez une date importante, puisque le culte à la lumière donnait lieu à de grands bains dans le Nil. Est-ce qu'autour du 13 décembre en Sicile, il y avait un culte de la lumière ? Pas impossible. Sainte Lucie qui veut dire lumière a prêté ainsi son prénom et a-t-on mis son martyre ce jour-là pour christianiser un culte local de la lumière ? pas impossible. Pas plus d'ailleurs que le 25 décembre, j'espère ne pas vous choquer, personne n'a la preuve que Jésus soit né un 25 décembre, c'est le chronographe de 354 qui note ce "diaes natalae" pour la première fois, il est évident que les chrétiens ont voulu manifester par là que la vraie lumière le vrai soleil c'est le Christ et que c 'est à Lui qu'on peut rendre un culte véritable. Ce n'est pas non plus choquant, si vous ouvrez vos anciens missels, vous verrez que le jour de Noël se célèbre dans la basilique du Vatican, il y avait différents noms de basiliques à chaque jour où le pape devait aller célébrer, ainsi pour les trois messes de Noël, vous avez trois endroits différents. C'est parce qu'on se rassemblait au Vatican ce jour-là depuis fort longtemps, avant même le christianisme.

Le 6 janvier, c'est bien sûr maintenant la fête de l'Épiphanie, la manifestation de la lumière qui se répand et qui se diffuse. La christianisation de cultes anciens ou de lieux païens n'est pas choquante. Je crois qu'il faut avoir conscience que le Christ est venu tout assumer. Il est venu tout récapituler, et c'est pour cette raison que nous confessons que Dieu en son Fils triomphera totalement en mettant un point final à ce monde, lorsqu'Il reviendra, Dieu sera tout en tous. Cela signifie qu'Il habitera toutes les réalités, aussi éloignées soient-elles d la foi, ces réalités seront resplendissantes de la présence du Christ. Ni saint Justin dans ses Apologies, ni saint Augustin dans certains de ses écrits, n'auraient renié cet achèvement du Christ, cet achèvement de ces réalités qui trouvent leur sens ultime dans le Christ et qui en attendant, sont comme des pierres d'attente. Saint Justin parlera de la semence du Verbe dans des réalités profanes, et saint Augustin parlera des "Memoria", de ces traces de Dieu dans l'univers, de ces mémoires de Dieu qui sont autant de signes de la présence de Jésus.

C'est pour cette raison que par rapport à tout autre réalité religieuse, et c'est certainement là aussi le fondement du dialogue interreligieux, on peut reconnaître ce qu'il y a déjà de vrai de bien et de beau et de bon, qui nous fait signe que ce bien et ce bon, trouveront leur accomplissement dans ce que nous confessons dans le Dieu véritable, le Dieu qui est la bonté, source de toute bonté, le Dieu qui fait toute grâce, parce qu'il est tout bien. C'est ainsi que le Concile dans Nostra Aetate dit que tout homme qui recherche le bien, quelle que soit sa confession de foi, connaîtra et accèdera un jour à ce Dieu que nous confessons comme le bien de tout homme.

En attendant, que faut-il faire ? Il nous faut confesser que le Christ est notre lumière, parce qu'il le dit lui-même : "Je suis la lumière du monde". Mais nous ne sommes pas dans un rapport à Jésus comme dans un rapport cultuel païen, avec simplement en face de soi, un Jésus lumière qui serait une idole, car Il nous renvoie sa propre nature divine en nous disant également que non seulement nous sommes le sel de la terre, mais que nous sommes comme il le dit, la lumière du monde. Lorsqu'au baptisé, on remet un cierge allumé on lui dit : reçois la lumière de Dieu, désormais tu es illuminé, tu es resplendissant de cette clarté du Seigneur.

C'est à nous maintenant d'être ces signes de la présence de Dieu pour qu'un jour toutes ces flammes qui brillent dans le cœur des hommes en se rassemblant autour du Christ notre Agneau, ce flambeau qui fera comme nous le promet l'Apocalypse, "qu'ils se passent de la lumière de la lune et du soleil car le Seigneur Dieu les a illuminés, il est devenu leur torche et leur flambeau". Tous ensemble dans cette communion, c'est une si belle vocation que d'être une lumière en ce monde, de faire signe, et d'espérer un jour cette grande clarté lumineuse répandue sur l'ensemble de la création.

 

 

AMEN