L'AMOUR RADICAL

Ba 4, 30-37 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 1994)
Mardi de la troisième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

lors même qu'Il leur parle de lumière, alors qu'Il se dénomme comme Celui qui est la lumière du monde, "Jésus se dérobe à leurs yeux" et les renvoie ou à leur obscurité ou à leur lu­mière. Ce passage d'évangile qui parle de lumière se rapporte donc à l'histoire de sainte Lucie dont la lé­gende est plus importante que l'histoire elle-même et que nous ne pouvons pas vérifier et il a donné à cette sainte le nom de lumière.

Il y a dans la vie de sainte Lucie une sorte de stéréotype que l'on retrouve souvent dans la vie et la mort de ces vierges martyres qui rythment toutes les fêtes de celles et ceux qui ont été victimes des persé­cutions du troisième et quatrième siècle de l'Église. En effet, elle se refuse à un mariage imposé, par pu­nition un juge l'envoie se faire violer dans un lupanar puisque telle est la légende de sainte Lucie. Par une force mystérieuse, elle est protégée de ce viol et le juge finit par demander qu'on lui tranche la gorge. On la retrouve souvent représentée dans les tableaux avec non seulement l'épée que je viens de nommer mais également un plateau avec des yeux car on a ajouté plus tard à cette légende, que sainte Lucie aurait elle-même arraché ses propres yeux et les aurait envoyés au prétendant qui l'avait trahie, qui l'avait dénoncée au juge qui l'envoya ainsi à la mort.

Une sorte de stéréotype que l'on retrouve chez différentes saintes fêtées à partir la persécution de Dioclétien et qui prouve, indépendamment de la véracité de l'histoire qu'il y a un amour plus grand nui surpasse l'amour humain dont ces femmes sont assié­gées. Un amour plus grand, plus consumant encore qui leur permet de mépriser cette vie humaine, mépri­ser ce qu'elles ont même de beau et de passer, sans souffrance apparente à travers ce monde, préférant la mort plus douce ainsi que la vie qu'on leur propose.

C'est surtout ainsi que l'Église fête des hom­mes et des femmes dont la vie n'a pas de sens pour eux-mêmes, mais un sens plus grand pour l'histoire même de l'Église. Le problème n'est pas tellement de vérifier la véracité de ces histoires que de comprendre qu'à travers ces fêtes et ces mémoires, nous fêtons le sens de notre propre histoire, que nous ne pouvons pas trouver en nous-même mais qui ne se trouve que dans l'histoire de l'Église, dans celle que Dieu nous donne. Il n'y a pas de sens pour nous-même à ce que nous vivons, mais le sens ultime se trouve dans la raison que Dieu nous donne de vivre et de l'aimer. C'est ainsi que, précédés par toutes ces saints et sain­tes, nous apprenons jour après jour à discerner et à sentir le sens de notre vie qui n'est pas celui que nous lui donnons, mais qui est celui que Dieu tisse et mo­dèle, jour après jour, en nous.

Par le sacrement reçu aujourd'hui, puissions-nous découvrir et voir avec plus de lumière le sens que Dieu donne à notre vie et y être ainsi davantage fidèles.

 

 

AMEN