FRAGILE PRÉSENCE
Ba 4, 30-37 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 1993)
Lundi de la troisième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ous ne savons pas grand-chose sur sainte Lucie sinon qu'elle est morte martyre. L'Église a plutôt réfléchi sur son nom car Lucie signifie lumière pour manifester qu'elle se préparait à la célébration de Noël ou le Seigneur est présenté comme la lumière qui se lève et éclaire les ténèbres, nous fait passer à son admirable clarté en nous sortant de nos ténèbres. C'est pourquoi nous avons lu ce passage de saint Jean où le Christ parlant de Lui-même dit qu'il faut marcher dans la lumière.
Dans tout l'évangile de saint Jean il y a cet aspect fondamental de la lumière qui éclaire les hommes et qui est le Seigneur Lui-même. En effet, l'évangile de Jean commence par cette définition, cette caractéristique de Jésus présenté éternellement comme La lumière de Dieu. "La vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie." Saint Jean poursuit en montrant que la lumière est précédée par le témoignage de Jean le Baptiste qui éclaire, déjà, par sa parole, ce que le Seigneur va annoncer et surtout être pour les hommes.
En effet, le Seigneur va être pour les hommes la véritable lumière en ce sens que le Christ va se présenter comme Celui qui départage chacun entre le monde des ténèbres et le monde de la lumière. Donc choisir la lumière ou choisir les ténèbres dans sa vie c'est choisir le Christ Lui-même. C'est pourquoi au chapitre troisième de l'évangile selon saint Jean le Christ dit : "Tel est le jugement. La lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière car leurs œuvres sont mauvaises."
Cet aspect du Christ-lumière qui vient dans le monde pour éclairer tout homme et être un signe de jugement, le Christ le poursuit en se présentant effectivement comme la lumière du monde et, entre autres justement, comme Celui qui nous permet d'œuvrer dans ce monde grâce à Lui. "Tant qu'il fait jour, il me faut travailler aux œuvres de Celui qui M'a envoyé !" Il parle du Père. "La nuit vient où nul ne peut travailler. Tant que Je suis dans le monde, Je suis la lumière du monde !" Et cette définition du Christ Splendeur du Père culmine dans l'affirmation de ce qu'est le Christ Lui-même quand Il dit : "Je suis la lumière du monde !" "Qui Me suit ne marchera pas dans la nuit, mais aura la lumière de la Vie !" C'est la définition même du Nom de Dieu : "Je suis !" Et quand, dans l'évangile de saint Jean, le Christ affirme : "Je suis" Il donne le secret même, l'identité même de son être. "Je suis la lumière du monde !"
Et l'on pourrait conclure, même si cela n'est pas aussi évident, que l'évangile de saint Jean a commencé par la définition : "La Vie était la lumière du monde !" il montre que cette lumière est le jugement, que l'on travaille grâce à la lumière, que le Christ est la lumière. Et en fait l'évangile selon saint Jean se termine aussi par trois aspects plus essentiels de ce que les hommes réalisent avec Jésus, c'est le passage des ténèbres à la lumière. Passage qui se caractérise par l'apparition à Marie de Magdala dans le jardin où elle doit passer des pleurs, de la sombre tristesse, du noir du tombeau pour aller témoigner de la lumière nouvelle. Dans l'apparition aux disciples, ils reçoivent la lumière de l'Esprit. Jésus souffle sur eux et dit : "Recevez l'Esprit saint !" et avec Thomas ils doivent passer de la nuit de ce monde, de la nuit du doute à la lumière de la foi.
Et la dernière page d'évangile, au petit matin, le Christ Lui-même apparaît comme cette lumière fragile. Mais tout ce repas au bord du lac et cette manifestation du Christ Ressuscité signifie comme la lumière peut être fragile et comme elle est présence du Christ parmi nous.
Avec sainte Lucie, comme l'écrit le prophète Baruch, il faut tourner notre regard vers l'Orient. "Courage, Jérusalem ! car je t'ai donné un nom !" Et ce nom c'est celui qui nous illumine, c'est le nom du Christ. "Courage, Jérusalem, tourne tes regards vers l'Orient !" C'est pourquoi la plupart des églises sont tournées vers l'Orient pour manifester que, lorsque le soleil se lève, nous y voyons le signe du Christ qui se lève dans notre péché, sur notre monde de ténèbres.. Ainsi dans ce temps de l'Avent il nous faut réaliser la fragile présence du Christ en nous, mais présence tout à fait réelle, présence que nous sentons par le sens de la foi, cette lumière intérieure que Dieu nous donne pour saisir l'insaisissable puisqu'on ne saisit jamais la clarté ni la lumière, mais pour mieux comprendre et surtout aimer Celui qui, pour nous, a voulu se faire homme afin que son humanité éclaire de sa présence notre humanité et qu'ainsi nous puissions passer avec Lui de ce monde à celui du Père, des ténèbres à son admirable lumière.
AMEN