LA VIRGINITÉ INTÉRIEURE

Ba 5, 1-9 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 1990)
Jeudi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Q

uand l'Église célèbre les saints et les saintes, elle ne célèbre pas seulement ni d'abord telle ou telle personne. Elle célèbre un aspect de son mystère, elle célèbre un trait de son visage c'est-à-dire qu'elle contemple à la fois le visage du Christ et ce à quoi elle-même est destinée. Cette contemplation devient l'énergie de sa conversion et la raison de son bonheur.

En célébrant aujourd'hui deux vierges, sainte Lucie et sainte Odile, nous pouvons méditer ce ma­gnifique texte du prophète Baruch et mieux compren­dre pourquoi, les uns et les autres, quel que soit notre état dans ce monde, nous sommes appelés nous aussi, dans le mystère de l'Église et du Christ, à devenir vierges. La virginité, dans la Bible et dans la foi chré­tienne n'est pas d'abord affaire de corps, de sexualité, elle est affaire de cœur et de l'esprit. Et le prophète nous en donne trois aspects.

D'abord la virginité c'est un dépouillement. "Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère !" Quitte tes vêtements de péché ! Quitte ce que tu tisses toi-même lorsque tu te fais complice de toute forme de prostitution, d'idolâtrie, d'infidélité. Quitte-les parce que ces vêtements que tu te tisses toi-même, te cachent ton véritable visage. Et en laissant ces tuni­ques de peau, tu pourras contempler, dans une cer­taine nudité c'est-à-dire splendeur première et pas autre chose, tu pourras contempler la beauté de la gloire de Dieu mais sur toi, pas dans l'abstrait ou dans je ne sais quelle imaginaire triomphaliste. "Quitte ta robe de tristesse et de misère !" et tu verras que ton visage est resplendissant de lumière intérieure, et que cette lumière est comme un diadème de gloire posé sur ta tête. Car Dieu veut te montrer cette splendeur qui vient de Lui, et qui est en toi, mais qui est voilée sous cette opacité de péché, de misère et de tristesse. La première attitude de notre virginité à retrouver c'est ce dépouillement de notre robe de tristesse qui n'est jamais à la mode de ce que Dieu attend de nous.

Le deuxième aspect c'est un regard. "Regarde vers l'Orient ! Lève-toi ! Tiens-toi sur une hauteur !" C'est tout ce thème magnifique du guetteur : "Regarde vers l'Orient !" Mais ce pauvre Baruch n'a aucun sens de l'orientation. "Regarde vers l'Orient !" Et qu'est-ce que tu verras ? "Des enfants qui viennent du levant et du couchant !" Tu verras même derrière toi. Voilà une très belle image de la virginité. Tu verras partout à la fois. Pourquoi ? Parce que c'est l'Orient qui est ta lu­mière, c'est-à-dire le Christ, Celui qui se lève dans la nuit et Celui qui est l'aurore de ton cœur, l'aurore de ton esprit. C'est Lui qui te permet d'avoir un oeil, non pas comme un cyclope, mais comme les abeilles, un oeil aux multiples facettes pour voir à la fois tout ce qui se passe autour de soi Et qu'est-ce qui se passe ? "Tu verras les enfants du peuple d'Israël revenir dans la joie et l'exultation, glorieusement portés !" La vir­ginité c'est un profond optimisme chrétien. Le pessi­misme est un péché grave, c'est un manque radical de confiance en Dieu et une fermeture définitive sur son propre cœur. On devrait s'en accuser beaucoup plus souvent. Le regard de la virginité voit partout parce qu'il épouse le regard de Dieu et il contemple tous ceux qui reviennent vers Dieu Nous, avec nos yeux humains, nous nous lassons à regarder tout ce qui ne va pas, en nous et surtout chez les autres. Or Dieu ne regarde pas "ce qui ne va pas", Il regarde "ceux qui viennent vers Lui" parce que son regard ne connaît pas le mal, ne connaît pas les ténèbres. Et quelle que soit la distance qui le sépare de ses enfants, Il les voit toujours qui viennent vers Lui parce que c'est le désir le plus profond de son cœur. Un regard de virginité doit nous permettre de regarder, de considérer nous-même et tous nos frères comme marchant vers Dieu et de les voir venir de tous les horizons, même des pires des horizons et peut-être d'abord des pires des hori­zons.

Le troisième aspect, après ce dépouillement, ce regard de lumière, c'est un très grand tressaillement d'allégresse : "Sans Te voir, nous T'aimons ! Sans Te voir encore, nous tressaillons d'allégresse !" Et le prophète Baruch dit : "Dieu guide Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui viennent de Lui." Et Lui qui est tellement optimiste, Il voit que "même les arbres des forêts tressaillent de joie."

Je crois que ce très beau texte mérite d'être médité. Demandons, par l'intercession de saint Lucie dont le nom signifie lumière et de Sainte Odile, que notre cœur, que notre esprit, que notre chair soient transformés, petit à petit, par cette virginité intérieure qui n'est rien d'autre que de croire que la lumière de Dieu nous habite. "Tant que vous avez la lumière, croyez-en la lumière, afin de devenir des enfants de la lumière ".

 

 

AMEN