SAINTE LUCIE, PETITE LUMIÈRE
Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 28-32
Ste Lucie - (13 décembre 2003)
Samedi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Bastogne : Musée de Piconrue
Imagerie populaire : prière à Sainte Lucie
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omme cela arrive souvent avec les saints que nous égrenons comme des grains de chapelet tout au long de l'histoire de l'Église, nous ne savons pas toujours grand-chose de l'histoire de ces saintes vierges qui sont cohorte et cortège dans cette Église.
Nous savons que sainte Lucie, c'est plutôt la Sicile, comme sainte Agathe d'ailleurs, et que c'est de cet endroit qu'est partie cette vénération qui a pris feu dans l'occident chrétien. Le plus étonnant c'est que l'endroit où elle est le plus célébrée est à cinq mille kilomètres de la Sicile, et c'est en Scandinavie. Les scandinaves ont une dévotion et une vénération particulière pour cette petite lumière. Ce qui me fait d'ailleurs penser que toutes nos célébrations des saints ne sont jamais déracinées, ne peuvent pas être déracinées de nos désirs, de notre vie terrestre. Si les scandinaves ont choisi sainte Lucie c'est parce que je pense qu'ils sont tellement privés de lumière, bien plus souvent que nous en Provence, et qu'ils ont bien besoin d'ajouter quelques lumignons à l'intérieur de leurs petites maisons, sous les bourrasques de vent et de glace qu'ils connaissent mieux que nous.
Nous pourrions nous désespérer que ces choix soient remplis des scories des superstitions et que les choses sont bien mélangées dans l'Église catholique. La grande sagesse de l'Église catholique, c'est qu'elle les a supportés. Nous pourrions rêver de fêtes bien solides, bien pures, de saints dont personne ne voulait et que nous vénérerions pour eux-mêmes. Il n'en est pas ainsi de la grande tradition hagiographique de l'Église et les choses s'entremêlent. Evidemment, ce serait plus acceptable pour nos esprits et nos raisons que d'imaginer de la sainteté brute, bien en boîte, protégée de toutes nos imperfections et nos petites demandes humaines. Et si les choses s'entremêlent, ce n'est pas au détriment ni de Dieu ni de l'homme. Au contraire, c'est un hommage de leur rencontre réciproque.
Nous ne savons pas grand-chose de la vie de sainte Lucie, mais quelque chose a fonctionné, peut-être son seul nom, d'ailleurs : la lumière. Ce mot suffit en fait à porter, avec son enracinement de sainteté, de l'histoire qui est derrière, ce mot suffit à faire le lit de la Parole de Dieu. Un mot ! un mot qui franchit les frontières, un mot qui va rejoindre nos frères scandinaves qui, de fait, ont leurs traditions païennes, des vénérations de déesses et de dieux de lumière, et au-delà de cela, ils récupèrent comme dans ce mauvais creuset qu'est leur paganisme, l'histoire d'une chrétienne, uniquement à travers un mot. C'est tout à fait flagrant pour sainte Lucie, ce l'est moins pour Sainte Agathe, le mot Agathe n'a pas la même portée de sens. Mais en tout cas pour sainte Lucie, il est clair, qu'à travers ce mot, s'est véhiculé à la fois l'attente et la demande des hommes d'une vraie lumière, d'une lumière durable, et s'est insérée à travers cette demande la réponse de Dieu, la vraie lumière est celle que le Christ est venu apporter, elle brille dans le cœur des hommes, et jamais elle ne s'éteindra.
On voit bien comment les choses s'épousent. Loin de croire qu'il y a une sorte d'imperfection, d'impureté qui commémoreraient nos fêtes de saints, au contraire, elles montrent à quel point ce qu'est Dieu qui rencontre et épouse les contours et les détours de la vie humaine, sans jamais en oublier aucun. Il y a une façon, et c'est la grande sagesse de l'Église catholique, je pense que les protestants y ont beaucoup perdu en essayant de faire de la purification dans les calendriers des postes, disons-le comme cela, en supprimant les choses pas très nettes et pas très claires. Mais dans ce "pas très net et pas très clair", il y a justement tout ce jeu de lumière et d'obscur qui fait comprendre combien la lumière doit gagner progressivement sur l'obscurité. Le grand avantage du clair-obscur, c'est qu'il permet de voir comment la lumière joue. Il y avait une pièce de théâtre que nous avons vu à la Criée, il y a quelques années, qui tournait autour d'un tableau, et ce tableau on le découvre à un certain moment au cours de la pièce, et il était tout blanc, toute lumière. Toute la pièce tourne autour du fait qu'on ne voit rien parce que pour voir quelque chose, il faut qu'il y ait autre chose que la lumière. Cette petite histoire nous permet de comprendre à quel point les choses, en se mêlant, s'honorent mutuellement.
Quand nous entendrons dans la nuit de Noël le magnifique prologue, le portail royal de l'évangile : "Et le Verbe s'est fait chair", nous comprendrons que ce n'est pas là une sorte de façon de parler, mais qu'il y a bien une réalité profonde, totale, définitive dans la manière dont la Parole a épousé notre condition humaine, pour la conduire un jour à la pleine lumière de Dieu.
AMEN