TOUTE SOUFFRANCE EST UNIE A LA CROIX DU CHRIST
Jr 31, 15-20 ; Mt 2, 13-18
SS. innocents - (28 décembre 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, auprès de Jésus qui vient de naître, l’Église avec beaucoup de délicatesse a rassemblé tous ses amis les plus proches, et aujourd’hui, ce sont ces enfants de Bethléem mis injustement à mort par le roi Hérode, par haine de Jésus, par haine du Messie, ce sont ces enfants que nous célébrons.
Cette célébration des saints Innocents a une grande importance au plan de la théologie du Salut. Tout d’abord, nous voyons que dès le premier instant de la vie de Jésus, se profile sa passion, sa croix, sa mort. La mort est convoquée immédiatement autour de ce mystère pourtant joyeux de la naissance de Dieu parmi les hommes. Cette venue de Dieu chez nous provoque immédiatement la réaction de violence, de haine, de tous ceux qui ne veulent pas que leur vie soit orientée par la tendresse de Dieu. Hérode craint pour son pouvoir, on lui a dit qu’un roi était né pour Israël, il a peur que sa royauté lui échappe, et comme si souvent dans l’histoire, les puissants n’hésitent pas à tuer pour garer leur puissance. Ne sachant pas où est ce roi qui vient de naître, il n’hésite pas à faire tuer tous les enfants de Bethléem et de sa région, tous ces enfants qui pourraient être ce Messie qu’il craint, ce Messie de Dieu qu’il veut étouffer dès sa naissance.
C’est une constante de toutes ces fêtes que nous célébrons autour de la nativité de Jésus, de renvoyer déjà vers sa Pâque et sa mort. Dimanche prochain, en célébrant Marie Mère de Dieu, nous célébrerons aussi la circoncision de Jésus qui est déjà un geste sacrificiel, qui, à travers l’histoire d’Israël préfigure ce sacrifice que Jésus offrira sur la croix Aujourd’hui, dans ces enfants mis à mort, c’est déjà la Passion du Christ qui est préfigurée, annoncée et vécue. Aussi bien, sur les représentations de la Nativité de Jésus, comme celle que nous avons ici et qui est la reproduction d’une fresque romane, très souvent la crèche a la forme d’un tombeau et les langes de l’enfant Jésus ressemblent aux bandelettes dont on entourait les morts en Israël. Jésus est venu pour nous aimer, mais il savait que cet amour serait refusé par beaucoup, et que cet amour le conduirait à la mort. La naissance de Jésus est déjà toute pleine de ce sacrifice de la croix qui en est inséparable. C’est pour cela que Jésus est venu, pour nous aimer jusqu’au bout, jusqu’à la mort, car, "il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie".
C’est le deuxième enseignement de cette fête des saints Innocents : ils sont martyrs non pas parce qu’ils ont confessé un Christ qu’ils ne pouvaient pas encore connaître, mais parce que leur vie et leur mort a été identifiée à la vie et à la mort du Christ. Ils sont morts à cause du Christ, et d’une certaine manière, en eux, c’est déjà le Christ qui souffre et qui meurt. Cela nous montre que le martyre (et le martyre est le prototype de la sainteté), tout martyre ne vient pas d’abord d’un acte de notre volonté, mais comme nous le disait hier soir dans l’homélie de saint Pierre Chrysologue que nous lisions aux vigiles, cette sainteté, ce martyre, sont un don gratuit de Dieu. C’est par grâce que Jésus associe ces enfants à sa mission, à sa passion, à la rédemption du monde. A des yeux trop humains, nous dirions que ces enfants sont des victimes de l’injustice et c’est vrai, mais plus profondément, cette injustice qui les met à mort les identifie à l’Innocent, qui sera lui aussi, mis à mort sur la croix. Toute souffrance humaine, même chez ceux qui ne connaissent pas encore le mystère du Christ, est mystérieusement unie à cette souffrance du Fils de Dieu qui résume tous les sacrifices, toutes les épreuves et toutes les morts. Ces enfants sont martyrs, parce que au cœur de cette injustice qui tranche leur vie avant même qu’ils aient pu l’exercer, c’est le combat de l’amour contre la haine, de la faiblesse contre le pouvoir, de la vie contre la mort qui est déjà entièrement présent. Nous pouvons savoir qu’à travers eux, tous ceux qui souffrent, même s’ils ne le savant pas, sont mystérieusement unis à la croix du Christ et portent pour leur part, cette croix sur leurs épaules. Ne croyons pas que les martyrs soient des héros exceptionnels, qui ont eu un tel courage humain, une telle force d’âme qu’ils n’ont pas hésité à aller à la mort. Le mystère du martyre est beaucoup plus profond, c’est Jésus qui vient au cœur même de la souffrance de ses frères pour porter cette souffrance avec eux, pour vivre cette souffrance avec eux et pour partager sa croix pour le salut du monde. Nous savons ainsi à travers ce mystère des saints Innocents que toute souffrance humaine est mystérieusement unie à celle du Christ et concourt à la rédemption du monde.
Une troisième dimension de ce mystère des saints Innocents, c’est la proximité de Dieu avec les tout petits, avec les petits enfants avec ceux qui n’ont pas encore pu exercer toutes les dimensions de leur vie. Dieu n’est pas réservé à l’élite des adultes, à l’élite de ceux qui sont assez intelligents pour pénétrer son mystère. C’est ce que Jésus dira un jour sous l’action de l’Esprit Saint : "Je te rends grâce, Père, de ce que tu as révélé cela aux tout petits, et tu l’as caché aux savants et aux habiles". Ce n’est pas une question de science, d’habileté, ni même une question de volonté et de liberté, c’est une question d’humilité. Toute petitesse est particulièrement chère aux yeux de Dieu, parc ce qu’il y a en Dieu cette fragilité qui le fait proche des petits.
Frères et sœurs, qu’en cette fête des saints Innocents, que nous n’hésitions pas, tout faible, tout pauvre, tout fragile que nous soyons, de nous approcher du Christ. Il nous aime assez pour nous faire participer à sa mission, à ce salut qu’Il est venu apporter et qu’il veut poser à travers notre propre vie, nos propres épreuves et nos propres souffrances.
AMEN