LA VICTOIRE DE L'INNOCENT
Jr 31, 15-20 ; Mt 2, 13-18
SS. innocents - (28 décembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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usqu'à cet événement, l'idée habituelle était que les forts, la puissance auraient le dernier mot par rapport aux faibles. Il en est ainsi de l'ordre habituel que la force l'emporte sur la faiblesse. Dieu a introduit son Fils dans ce monde : le Verbe s'est fait chair. Il l'a introduit dans sa forme la plus faible, la plus vulnérable, Il l'a même privé de parole puisque cet enfant est celui qui ne parle pas.
Pour l'instant, ce Verbe en attente de Parole, dans la crèche, dans la nuit, dans la grotte, comme à l'abri, introduit au cœur de cette terre, inaugure un nouveau régime : l'innocent ne sera plus celui qu'on oublie, la victime innocente sera celle dont on va parler, non seulement dont on va parler en appelant ma Parole, mais c'est celui qui va prendre la première place comme on le dira plus tard, celui qui sera la pierre angulaire qu'on avait ignoré et qui deviendra la pierre d'angle. Cet enfant, comme s'il attirait lui-même la parole la plus intense de la terre, cet enfant va désormais renverser l'ordre des choses, et à la suite de cet enfant, tous les enfants, toute innocence. Un nouveau langage s'inaugure désormais, c'est l'innocent qui va gagner. Autrement dit, la mort n'aura plus le dernier mot. Il y a une Parole après la mort.
On entend dans cette fête très paradoxale et très douloureuse qu'est la fête des saints innocents, sur fond d'une fuite en Égypte, sur fond d'un rescapé et d'enfants morts, on entend tous les arguments dont Camus s'est fait le porte-parole, il disait : " Tant qu'il y aura un enfant qui souffrira, je ne pourrai croire en ce Dieu". Cet argument total et dévastateur n'est pas immédiatement par la fête des saints innocents, mais il est doucement contredit par la foi. Il n'y a pas de réponse ni d'argument immédiat à cette mort des saints innocents qui sont malheureusement un certain quotidien de ce monde, mais il y a très discrètement, très progressivement, un autre langage, une autre façon de voir les choses. Ce n'est plus la mort qui parlera, mais c'est une autre Vie qui va parler. Si ces innocents en sont aujourd'hui les porte-parole, l'Enfant-Jésus en quelque sorte, en est le roi, la tête.
C'est cette fête-là qui vient colore de rouge, de Passion, de sang, la fête de Noël, pour dire que le mystère du Verbe est "un" mystère. La descente de Dieu n'est pas une sorte de prélude joyeux, après quoi les choses vont s'aggraver, mais le mystère de l'Incarnation du Verbe est un seul mystère : Noël et Pâques ne font que dire le seul mystère du don de Dieu, le don de la Vie. C'est le don de la vie de l'innocent qui va être le renversement de la première logique : c'est lui qui remportera la victoire, c'est lui qui brandit le drapeau et le plante au cœur de la mort. Il annonce ainsi la mort de la mort. C'est ce que nous fêtons aujourd'hui à travers cette fête, la mort de la mort, la victoire de l'innocent. C'est notre foi.
AMEN