LE SALUT EST HOMÉOPATHIQUE

Jr 31, 15-20 ; Mt 2, 13-18
SS. innocents - (28 décembre 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

P

ourquoi Matthieu nous a-t-il raconté cette his­toire ? Pourquoi au seuil de l'histoire du salut y a-t-il cet événement, cette atrocité : un vieux roi gâteux, paranoïaque, qui entreprend de massacrer les enfants d'une petite ville. C'est cela l'événement des saints innocents, c'est cela un des événements que Matthieu nous rapporte comme ayant entouré la nais­sance de Jésus. Là où on parle de l'adoration des ber­gers, avec la simplicité du cœur, là où Matthieu rap­porte aussi l'adoration des mages, avec l'idée de l'uni­versalité du salut, il nous raconte aussi cette histoire étrange qui sonne presque faux dans le récit des évan­giles de l'enfance. Alors, pourquoi cela.

Je dirais que c'est parce que le Salut de Dieu est homéopathique, comme la médecine homéopathi­que. Qu'est-ce que c'est que l'homéopathie ? C'est le fait de guérir la maladie par le semblable. Cela veut dire que là où il faut guérir il faut qu'il y ait quelque chose, un principe qui guérit qui ressemble au mal. Et lorsque le Christ sauve, son salut est homéopathique. Comment ? Et bien d'abord par le fait que Lui-même vient partager la condition des hommes. C'est cela que croient les chrétiens. Nous pourrions très bien croire en une religion où Dieu sauve l'homme sans jamais se mêler à rien de la condition et de l'histoire des hom­mes. Mais l'Incarnation, la fête de Noël que nous ve­nons de chanter et de célébrer, c'est le fait que Dieu s'est fait en tout semblable aux hommes, c'est fait totalement et pleinement humain, et qu'Il s'est confi­guré complètement à l'homme, jusqu'à un jour, à mourir pour nous. C'est le premier aspect de l'homéo­pathie. Mais il y en a un second, c'est qu'il veut que l'homme soit configuré à Lui, et comme Lui-même nous sauvera jusque dans la mort, il faut que nous aussi nous fassions l'expérience du Salut jusque dans la mort. Et c'est cela le sens de la mort des innocents. Il n'y a rien dans notre existence qui ne puisse nous mettre en-dehors de la sphère du salut. Là où Dieu s'est configuré à nous jusque dans la mort, il faut que nous soyons nous aussi configurés à Dieu jusque dans la mort. C'est là le sens de la mort des innocents. Cela reste scandaleux et inadmissible, cela reste inaccepta­ble, et pourtant, c'est ici que la proclamation même de la foi en l'Incarnation, en la présence de Dieu, nous touche de plein fouet, elle nous dit que partout où il y a mort, partout où il y a souffrance, et plus spéciale­ment mort et souffrance innocente, Dieu est déjà là pour agir et pour sauver.

 

AMEN