LE SILENCE DE DIEU
Jr 31, 15-20 ; Mt 2, 13-18
SS. innocents - (28 décembre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

Mont devant Sassey: Le massacre des innocents
|
N |
ous célébrons aujourd'hui un massacre, celui des enfants de Bethléem mort sur l'ordre du roi Hérode, par jalousie. Nous célébrons aujourd'hui une joie, comme nous venons de le chanter : la joie de la présence du Christ au cœur même de notre vie, au cœur même de notre souffrance et au cœur de notre mort, puisque c'est là qu'Il a voulu naître, pas simplement dans notre vie mais aussi dans notre mort.
Alors, en cette eucharistie où nous célébrons la gloire du Christ manifestée dans les enfants innocents morts pour Lui, célébrons ce silence de Dieu, célébrons cette Pâque qui déjà s'accomplit au moment même où le Christ vient naître, car il n'y a pas simplement l'espérance pour la vie terrestre, mais Il est,à travers la vie terrestre, l'espérance de la vie éternelle. Au début de cette eucharistie, demandons pardon pour toutes les fois où nous ne croyons pas cela.
Ce 28 novembre 1985
Je ne vous ai pas envoyé une première lettre que je vous avais écrite car, juste après l'avoir écrite, nous avons appris une bien dure nouvelle : notre cinquième enfant a une malformation très grave au cerveau, il ne pourra pas vivre plus de quelques jours. Le choc a été terrible. Nous avons quand même décidé de le garder, de l'aimer et de nous occuper de lui pendant le temps que le Seigneur voudra. Quel que soit son état, il est notre enfant et, devant Dieu, sa vie et son âme sont aussi précieuses et belles que celles de tous les autres. Depuis que nous avons compris cela, nous connaissons une paix et une force extraordinaires. Nous nous sentons aussi très entourés et portés par la prière et l'affection de tous. La communion des saints est une réalité dont nous expérimentons chaque jour la force. C'est pourquoi je vous ai dit cela, sachant que vous comprendrez et que vous joindrez votre intercession à celle de tous ceux que nous sentons déjà solidaires de notre souffrance. Noël sera pour nous, comme d'ailleurs pour Jésus et sa mère, une étape vers Pâques. Demandez au Seigneur qu'Il nous donne la force de la vivre dans la joie, puisque à travers le Vendredi Saint, la lumière de Pâques transparaît déjà dans la crèche.
Ce 22 décembre 1985
Nicolas vous aurait écrit pour Noël. Avec lui je vous envoie ces quelques lignes. Ce petit homme d'une grande richesse et d'une vitalité extraordinaire nous manque beaucoup Il faut supporter cette éternelle souffrance dans la foi et l'espérance. Quelle épreuve. La mort me semble grossière et absurde, sans la foi dans la puissance de la Résurrection.
Quotidiennement je dois fortifier cette foi afin de découvrir et sentir Nicolas tout autre. Par moments, j'aurais envie de crier au Seigneur : "Ressuscite-le ! J'aimerais tant le revoir, l'embrasser à nouveau sur ses bonnes joues remplies de santé. " J'ai déjà crié ces mots de nombreuses fois, mais je termine toujours : "Seigneur ! Que ta volonté soit faite ! Que tout soit pour le bonheur de Nicolas !"
Depuis le départ si subit de mon cher enfant, il me semble être entrée en partie dans un autre monde. Je vis avec les autres, mais je ne suis plus tout à fait avec eux. Par l'intermédiaire de Nicolas, je perçois de plus en plus le monde dans lequel Dieu veut nous faire entrer. L'amour aide à entrer dans ce grand mystère.
Vivre cela sans être vraiment comprise autour de soi est une autre souffrance que je vis quotidiennement. Nicolas ! Je ne puis vivre sans lui. C'est fini ! C'est impossible ! Je veux le retrouver autrement, lui donner une tout autre place. Avec le Seigneur et les saints, il nous prépare une place et nous aide dans cette montée spirituelle. Quel façonnement de notre esprit ! Pour accepter cette épreuve sans jalousie, il faut vraiment pénètre un autre monde, pour que naisse en nos cœurs la paix du Christ.
AMEN