LES SAINTS INNOCENTS

Jr 31, 15-20 ; Mt 2, 13-18
SS. innocents - (28 décembre 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'innocence et le sang

N

 

oël n'est pas simplement cette fête de l'innocence, d'une certaine naïveté, d'un certain bonheur de vivre symbolisé par l'enfance et le bonheur familial. Noël c'est le mystère de l'incarnation du Sauveur et il n'y a pas d'incarnation, le Christ ne s'est pas fait homme pour une autre raison que de souffrir et de mourir pour nous arracher à la mort. Au cœur même du mystère de l'Incarnation du Sauveur est planté le mystère de la mort, du mal et du péché.

Le Christ, dès le moment où Il entre dans ce monde, y entre pour porter la destinée de l'humanité dans tout ce qu'elle comporte, c'est-à-dire aussi bien son appel et son désir de Dieu et tout autant son refus de Dieu. Et si le Christ va nous être manifesté dans quelques jours par Jean-Baptiste au moment où nous célébrerons le baptême au Jourdain comme Celui qui porte le péché du monde, c'est précisément pour bien manifester que, à partir du moment où Dieu est parmi les hommes, Il porte, dans sa propre chair, tout le péché, toute la haine, toute la violence des hommes et que le but ultime de son incarnation c'est de porter, dans sa propre chair, la mort de l'homme pour la transformer, la transfigurer en Résurrection.

Ainsi, au cœur du mystère de Noël, est déjà inscrit tout le mystère pascal, le passage de la mort à la Résurrection du Sauveur. C'est pourquoi, nous fêtons aujourd'hui les saints innocents et nous devons les fêter, précisément, comme cette dimension pascale du fait que chaque homme, par sa mort, est en train d'être inscrit dans le Christ fait homme, dans le Christ qui va, lui aussi, entrer dans la mort pour passer dans la Résurrection. Tout homme, et précisément tout homme dans le mystère même de ces innocents, c'est-à-dire dans ceux qui n'avaient pas fait de mal et qui, reflètent mystérieusement l'innocence du Christ qui vient parmi nous, Lui qui n'a pas commis le péché, pour porter le mystère de notre propre péché et de notre propre haine.

Les innocents qui sont ainsi mis à mort en ce jour-là, le sont dans le Christ. Non seulement à cause de Lui mais d'abord en Lui. C'est le Christ Lui-même qui va porter cette souffrance des innocents. Et c'est pourquoi, je pense, il nous est dit que le Christ est parti en Égypte. Vous savez que, dans toute la tradition biblique, l'Égypte est le lieu de la servitude, le lieu où le peuple est tué dans la personne de ses premiers-nés, le lieu où le peuple est réduit en esclavage, le lieu de la mort. Or, après tout, les parents de Jésus auraient pu recevoir de l'ange un conseil différent que celui de fuir en Égypte. Or, si le Christ fuit en Égypte avec ses parents, c'est précisément parce que l'Égypte est le lieu de la mort. A ce moment-là, le Christ en Égypte porte la destinée de mort qui marque les innocents. D'une certaine manière on pourrait dire que c'est déjà la descente dans la mort du Christ pour sauver tous les morts C'est déjà la descente de l'innocent dans les enfers pour y racheter Adam de sa mort. Et, au moment même, où les innocents, dans leur innocence témoignent de l'amour infini du Christ qui vient les sauver, le Christ, partant en Égypte, témoigne de ce qu'il va porter leur mort mystérieusement mais réellement pour les sauver de la mort dans laquelle ils sont plongés.

Frères et sœurs, aujourd'hui encore nous sommes quotidiennement confrontés à ce mystère de la mort des innocents. Je crois qu'effectivement c'est un mystère. Ce n'est pas un problème ou une énigme à laquelle nous serions, nous hommes, incapables de répondre mais c'est vraiment un mystère au sens où il ne peut s'inscrire que dans la personne même du Christ, mort et ressuscité pour nous, et au sens où le mystère ultime de la mort, nous ne comprendrons qu'en contemplant face à face le Christ mort et ressuscité pour nous. Demandons au Seigneur la grâce d'être véritablement confrontés à ce mystère de la mort, pour que, chaque fois que nous y sommes affrontés, nous sachions relire, dans le cœur même de sa mort, ce mystère du salut offert à chacun d'entre nous et à chacun de ceux qui sont morts dans l'innocence car ils sont morts dans le Christ et pour le Christ.

 

AMEN