BRÛLÉ AU FEU DE L'AMOUR

1 Co 2, 1-10 a ; Lc 9, 22-26.
St Jean de la Croix - (14 décembre 2010)
Mardi de la troisième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Flamme pascale

 

F

rères et sœurs, nous célébrons la fête de saint Jean de la Croix qui est né en 1542 dans un petit village, à Fontiveros en nouvelle Castille. Son père Gonzalo est mort alors que Jean n'avait que trois ans, son frère a suivi quelque temps après. Saint Jean de la Croix est un garçon qui a grandi dans une famille extrêmement pauvre et démunie.

Sans vouloir m'étaler sur sa biographie, ce serait trop long, j'aurais voulu m'arrêter sur un petit détail. On raconte que quand il était petit, Jean s'est noyé dans la lagune, et il aurait eu une apparition de la Vierge qui lui aurait tendu la main pour le sauver. Saint Jean de la Croix aurait refusé considérant que ses mains étaient trop sales pour saisir la main de la Vierge. Je ne sais pas si c'est vrai ou pas vrai, mais je trouve cette anecdote intéressante, et vous allez voir pourquoi. Saint Jean grandit, il est ordonné prêtre à vingt-cinq ans, très rapidement ensuite, il va suivre sainte Thérèse d'Avila pour la réforme des carmes. Il va le payer très cher puisque pratiquement de décembre 1577 à août 1578, il va être arrêté et mis dans une geôle par ses propres frères en religion. C'est là qu'il va écrire certains de ses poèmes, notamment le Cantique spirituel, dont les trente premières strophes ont été écrites alors qu'il était dans un cachot. C'est assez symptomatique l'abîme entre cette anecdote dont je faisais mention au début et la manière dont sa vie s'est déroulée par la suite. On pourrait y voir un certain orgueil de se dire : je n'ai besoin de personne parce que je suis indigne et que même Dieu ne pas se pencher sur moi parce que mes mains sont sales, je suis pécheur, je suis impur.

Saint Jean de la Croix s'est sorti tout seul de cette lagune, mais par la suite, il n'a eu de cesse de convertir ce qui au cœur de l'homme est peut-être le pire, ce péché qui nous ronge. Pour les meilleures raisons, nous considérons non pas, que nous n'avons pas besoin de Dieu, mais que pour certains, nous serions indignes de Dieu. C'est un homme qui va se battre avec cela pendant toute sa vie, c'est un homme pour qui cette relation sera centrale, à la fois dans sa vie et dans son œuvre, et il va découvrir que l'homme est fait pour l'union à Dieu dès le départ, et qu'en même temps, cette union ne peut se faire que dans une rencontre réciproque entre Dieu et l'homme et qu'il faut aussi savoir recevoir la main que Dieu nous tend.

Saint Jean de la Croix est mort à Ubeda et sur son lit de mort, à la place d'utiliser les prières que l'on utilisait pour les morts, il a demandé au prieur, de lire intégralement le Cantique des Cantiques. Je finirai sur une des strophes de ce Cantique des Cantiques : "Ne me méprise pas, quoique que tu m'aies trouvé la peau foncée, tu peux me regarder puisque tu as laissé par ton regard sur moi grâce et beauté". Ce qui est réuni dans ce verset, c'est ce que je disais il y a un instant : la marque de notre péché, la marque de nos faiblesses, de nos limites, et en même temps le fait que le Seigneur an posant son regard sur nous révèle au cœur de notre vie, au cœur de notre cœur, sa grâce et sa beauté.

Ensuite, c'est cette longue histoire qui est racontée dans le Cantique des Cantiques, et qui est l'histoire de chacun d'entre nous, cette longue histoire où nous essayons de rencontrer Dieu, où nous trichons avec lui, où nous le retrouvons, où nous le quittons. Et en même temps, il y a un aspect, un objet sur lequel nous pouvons nous appuyer comme la bien-aimée qui monte du désert et qui s'appuie sur son bien-aimé, c'est la croix.

A d'autres moments, voici ce que dit saint Jean de la Croix dans La montée au Carmel : "La croix est le bâton destiné à nous servir d'appui, à nous faciliter la marche". Et cette marche quelle est-elle ? C'est la marche de notre Seigneur, c'est la purification à laquelle nous sommes appelés, comme le dit le Cantique des Cantiques, pour se laisser brûler au feu de la charité, quand la bien-aimée dit : "L'amour est fort comme la mort, la passion inflexible comme le shéol, ses traits sont des traits de feu, une flamme du Seigneur. Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger".

Frères et soeurs, même s'il est reconnu que la lecture de saint Jean de la Croix est très difficile, nous pouvons en ce jour méditer sur ce chemin auquel nous sommes invités, ce chemin avec Dieu qui se penche vers nous et qui malgré nos péchés et nos limites, pose un regard de grâce et de beauté sur chacun d'entre nous.

 

 

AMEN