DÉTERMINISME OU LIBERTÉ ?

Gn 3, 9-15; Ep 1, 3-12; Lc 1, 26-31
Immaculée conception - (8 décembre 2011)
Jeudi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Quelle sera ta réponse ? (Saint Rémi - Reims)

F

rères et sœurs, à travers le mystère que nous célébrons aujourd'hui et le choix des textes, à la fois le début de l'épître aux Éphésiens de Paul, et même ce découpage que vous me permettrez de trouver un peu bizarre de l'Annonciation, tout laisserait croire que ce que nous célébrons aujourd'hui, la fête de l'Immaculée Conception, c'est la soumission totale de l'humanité au plan de Dieu. Tout a été prévu à l'avance, nous devrions même nous en réjouir, nous sommes déterminés. Cela va jusque dans la découpe de l'évangile puisque nous avons entendu ce que lange dit à Marie, mais il ne nous a pas été donné l'occasion d'entendre sa réponse, comme si c'était décidé par avance qu'elle apporter son assentiment.

Or, ce que nous célébrons aujourd'hui ce n'est pas l'instrumentalisation de l'humanité par Dieu. C'est plus exactement une première pédagogie que Dieu a menée avec la Vierge Marie, et c'est ce qui fait son caractère unique et qu'il reporte à chaque instant auprès de nous. Nous voyons toujours la différence entre la Vierge Marie et nous. Bien sûr, nous ne sommes pas la Vierge, mais l'Immaculée Conception, qu'est-ce que c'est ? C'est le fait qu'elle a été "baptisée" naturellement juste au moment de sa conception, ce que nous ne sommes pas puisque cette grâce, nous la recevons à notre baptême.

Mais au lieu de nous tourner toujours vers cette différence que nous ne pourrons jamais combler, nous devrions plutôt regarder ce que nous avons en commun avec la Vierge Marie. Elle et nous, nous avons été restaurés, elle par l'Immaculée Conception, et nous par le baptême, nous avons été restaurés exactement dans la même situation qu'Adam et Eve au paradis. Il ne faut pas parler sur le ton de déterminisme comme je viens de le faire, mais en fait, quelle est cette pédagogie de Dieu qu'il nous donne de vivre à chaque instant ? C'est de nous faire retrouver dans cette condition édénique, qui n'est pas l'abolition de la liberté de l'homme. Si la condition édénique dans laquelle la Vierge Marie est revenue par l'Immaculée Conception et nous par le baptême, cette condition édénique est marquée aussi par la liberté, sinon, cela voudrait dire qu'Ève n'aurait jamais croqué la pomme ! Elle n'était pas déterminée. Il est bon de le rappeler, qu'au cœur même de cette vie édénique, il y a la liberté qui et donnée à Adam et Ève.

Cette scène première qui est vécue et revécue à chaque instant de notre vie, quelle est-elle ? Elle est le moment où Dieu comme l'ange, vient poser un genou devant nous et nous demande à telle ou telle occasion : "Veux-tu participer à l'élaboration de mon plan divin ?" Dans la traduction du terme "destinée à" qui est assez terrible, la personnalité de Marie ou la nôtre disparaît au profit de l'événement qui vient comme nous obliger de l'extérieur, nous devrions plutôt utiliser la traduction : "apte à". Nous sommes aptes mais tout dépend de notre comportement vis-à-vis de ce que Dieu nous propose. Nous sommes aptes par le baptême, et la Vierge Marie était apte, par l'Immaculée Conception.

C'est à ce moment-là dans le dialogue entre l'ange et Marie, que se renouvelle un autre petit passage dont on ne parle pas beaucoup et qui se situe juste après ce que nous avons entendu dans la lecture de la Genèse, qui nous présente Ève à la sortie du paradis enfantant Caïn et dit : "J'ai acquis un fils par le Seigneur, il est à moi". Dans le renouvellement perpétuel de cette scène où Dieu vient nous demander de participer à son plan divin, se pose la question de la tentation, à laquelle a succombé Ève non seulement au moment de l'épisode du fruit défendu, mais aussi au moment de l'enfantement de Caïn, et Marie pourrait être tentée et dire : j'ai été choisie et j'ai acquis un Fils par Dieu, je suis une déesse. Or, et c'est là qu'il est dommage que l'évangile ait été coupé, parce qu'il a l'air de faire croire que tout est déterminé et que Marie n'a pas le choix. Or ce qui est intéressant, c'est le dialogue qui s'élabore entre l'ange et Marie et qui laisse place à la possibilité pour Marie de dire oui ou non.

Frères et sœurs, cette fête de l'Immaculée Conception d'abord, n'est pas réservée à la Vierge Marie, même si bien sûr il fallait bien commencer par quelqu'un si vous me passez l'expression, et que Dieu a voulu que d'une manière naturelle et directe totale elle soit remise dans cet état paradisiaque afin qu'un jour, elle puisse donner son assentiment au plan de Dieu. Ce qui est très beau dans cette célébration, c'est que ce qui se laisse percevoir et vivre, c'est moins la présence de Dieu que le fait que Dieu laisse à l'homme et à la femme la possibilité de s'exprimer et de s'associer à son plan de salut. A chaque instant de notre vie, Dieu vient devant nous, Dieu pose un genou devant nous, comme devant la Vierge Marie, et il nous pose cette question très simple : "Veux-tu participer au plan que j'ai initié pour l'humanité et pour ce monde ?" Toute la question est de savoir quelle réponse nous lui donnerons, soit comme Ève : j'ai acquis un fils par Dieu, ou dirons-nous : je suis la servante du Seigneur.

 

AMEN