LE MYSTERE DE LA GRÂCE

Gn 3, 9-15; Ep 1, 3-12; Lc 1, 26-31
Immaculée conception - (8 décembre 2008)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


F

rères et sœurs, nous célébrons aujourd'hui le mystère de la conception immaculée de Marie, le mystère selon lequel, Marie, dès sa conception, dès le premier instant de son existence s'est trouvée immaculée, c'est-à-dire préservée de tout péché et tout d'abord délivrée du péché originel. Contrairement à ce que nous pourrions imaginer ou à ce que notre sensibilité pourrait croire, il ne s'agit pas dans cette fête d'un privilège de Marie qui lui aurait accordé en raison de sa sainteté. Ce n'est pas parce que Marie était sainte qu'elle a été préservée du péché originel, mais c'est parce qu'elle a été préservée du péché originel qu'elle est sainte.

La fête que nous célébrons aujourd'hui est par excellence la fête de la grâce, du mystère de la grâce. Si Marie a été préservée du péché originel, c'est par pure grâce. C'est une décision de Dieu qui ne vient pas en récompense de ses mérites, qui est absolument gratuite. C'est pourquoi la vierge Marie ne pourrait pas s'enorgueillir de quelque manière que ce soit, de sa conception immaculée. Elle sait mieux que personne puisque précisément l'absence du péché originel lui donne une humilité et une fidélité totale à la miséricorde de Dieu, elle sait mieux que personne que c'est par pure miséricorde, gratuitement, que Dieu a voulu qu'elle soit préservée du péché originel.

C'est donc un mystère de cette grâce de Dieu qui nous vient non pas pour récompenser nos mérites, mais avant tout mérite de notre part, mais qui si mérite il y a, peut seul le fonder. Ce qui est vrai éminemment de Marie, car plus que personne elle n'est pas le fruit de sa libre volonté, mais le fruit de la gratuité de la grâce de Dieu à laquelle certes, elle a librement répondu, si ce mystère de la grâce par excellence, est celui de Marie, il est aussi le nôtre, car même si nous n'avons pas été préservés du péché originel, nous sommes sans cesse par la grâce de Dieu, aidés à échapper au péché. Toute notre vie n'est que grâce de Dieu. Chaque fois que nous accomplissons quelque chose de bien, ce bien ne vient pas de nous, il vient de Dieu qui nous le donne gratuitement. C'est ce que ne cesse de nous dire la liturgie : quand nous glorifions les saints, nous glorifions les dons de Dieu qui leur ont été faits et quand nous rendons grâce pour notre vie, ce n'est pas parce que nous sommes meilleurs que les autres, ce n'est pas vrai, mais nous rendons grâce parce que Dieu nous fait grâce et que nous en vivons, et que tout ce qu'il y a de bon en nous vient gratuitement de Dieu.

C'est pourquoi nous avons lu tout à l'heure cette admirable hymne qui commence l'épître aux Éphésiens où il est dit que Dieu nous a béni de toutes sortes de bénédictions spirituelles et qu'il nous a élu dès avant la fondation du monde. Dieu a choisi chacun d'entre nous et non pas après avoir constaté notre bonne volonté et nos mérites, mais avant la fondation du monde, avant même que nous soyons créés nous avons déjà été choisis et élus par Dieu. Pour quoi faire ? Pour être saints et immaculés dans l'amour en sa présence, pour être vis-à-vis de Dieu, des fils adoptifs en Jésus-Christ. Nous ne sommes que des créatures et pourtant, avant de nous avoir créé, Dieu nous avait choisi pour être ses fils, ses enfants, dans le Christ Jésus qui seul est le Fils par excellence. C'est pourquoi nous sommes des fils adoptifs dans la mesure où c'est la filiation de Jésus qui en quelque sorte, nous embrasse dans son élan et fait de nous sans aucun mérite de notre part, des fils adoptifs de Dieu, si nous le voulons bien sûr. Si nous refusons cette offre de Dieu par le péché, Dieu, encore par grâce, vient au-devant de nous pour nous réconcilier avec lui, pour nous pardonner notre refus.

Ce qui se réalise éminemment en Marie d'une manière absolument radicale parce qu'elle a été préservée du péché dès la racine de son être, se réalise aussi en nous d'une façon moins radicale mais aussi merveilleuse par le pardon et la miséricorde de Dieu qui, si nous n'avons pas été délivrés du péché, nous en délivre même si nous l'avons commis.

Tout est grâce. C'est ce que disait sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. C'est la clé du mystère de notre foi. Que Marie ait été préservée du péché originel, c'est la grâce. Que nous soyons miséricordieusement délivrés de nos péchés que nous avons commis, c'est la grâce. Que nous soyons adoptés comme enfants de Dieu, c'est la grâce. Que nous soyons conduits par le Christ jusqu'à la plénitude de la rencontre avec Dieu, c'est la grâce. Tout est grâce, et nous ne pouvons que rendre grâces pour ces grâces qui nous sont données, pour cette grâce qui nous est donnée et qui est le secret ultime de notre vie.

 

AMEN