IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE, LA PREMIÈRE RACHETÉE
Gn 3, 9-15; Ep 1, 3-12; Lc 1, 26-31
Immaculée conception - (8 décembre 1995)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, les hommes adorent avoir des privilèges, des avantages acquis. Ce n'est pas simplement pour l'intérêt que l'on en tire mais c'est d'abord pour y trouver une identité de surcroît.
Avoir un privilège, c'est exister autrement que les autres. C'est donc, d'une certaine manière, être soi-même non pas en vertu de ce que l'on est réellement mais en vertu de ce que l'on a et que les autres n'ont pas ou de ce que l'on croit avoir. Et, parce que les hommes adorent avoir des privilèges, ils s'imaginent que la plus haute dignité consiste à être privilégié. C'est pourquoi nous concevons, spontanément, la Vierge Marie comme quelqu'un qui est bourré de privilèges notamment, celui de l'Immaculée Conception, comme si le fait d'être préservée du péché de cette façon effectivement exceptionnelle, dès le premier instant de sa conception, la mettait au-dessus de l'humanité et un peu du côté des anges.
En réalité, si vous regardez le dessein du salut de Dieu, les choses ne se passent pas exactement de cette façon-là. Le propre de Dieu, c'est de nous sauver et la manière dont Dieu nous sauve, c'est précisément de se faire péché, Lui qui est sans péché. Comme nous le chantions tout à l'heure dans la litanie du Kyrie en reprenant les paroles mêmes de Saint Paul. Dieu s'est fait péché. Il s'est fait péché pour nous délivrer du péché. Donc, dans la logique divine de la Rédemption, être sans péché, être délivré du péché, c'est précisément la place de la créature. La créature est celle qui est délivrée du mal, délivrée du péché. Mais plus on est délivré du péché plus on se trouve en situation de créature par rapport à Dieu qui, Lui, vit sans péché et se fait péché.
Vous le voyez Dieu nous aime assez pour prendre sur lui, non seulement notre nature humaine, non seulement nos faiblesses, notre temporalité mais encore le pire de notre condition, ce qui vient de notre liberté à savoir la complaisance dans le mal, c'est-à-dire l'enfoncement dans le refus, l'endurcissement dans le péché. Dieu a assumé tout cela. Il en est mort.
C'est par une grâce clé la Rédemption du Christ c'est-à-dire par le fait que Dieu s'est fait péché que nous sommes délivrés de nos fautes par tout l'organisme sacramentel, par le sacrement de réconciliation, par le sacrement de l'eucharistie. Ce sang du Christ qui est répandu pour la rémission des péchés, c'est donc à partir de ce fait que Dieu s'est fait péché pour nous et que, nous sommes délivrés du péché. Marie, si j'ose dire, en bonne créature typique, est délivrée du péché encore plus que nous mais dans le même mouvement du côté des bénéficiaires de la Rédemption, du côté de ceux qui, étant par nature pécheurs, car la nature humaine de Marie était normalement vouée au péché originel comme la nôtre. Nous nous trouvons, et elle avec nous, délivrés par pure grâce, de ce péché et elle en est délivrée encore plus que nous puisqu'elle en a été délivrée d'une manière absolument radicale.
Marie en tant qu'Immaculée Conception est donc le type même de la créature rachetée. Elle est tout à fait caractéristique de la situation de la créature en face de Dieu, c'est-à-dire bénéficiaire gratuitement de cet échange merveilleux par lequel Dieu prend sur Lui, toutes nos faiblesses, toutes nos misères, nos pauvretés et même ce qu'il y a de pire en nous, le péché. Dieu prend tout cela sur Lui, nous en délivre et nous rend sans péché et nous rend semblable à Lui. Il nous donne sa force, sa plénitude, sa grâce, sa vie, son bonheur.
Regardons Marie comme la première des créatures rachetées. Regardons Marie comme celle qui marche au-devant de cette immense procession des hommes pécheurs qui ont besoin de salut. Regardons Marie comme la réalisation typique de ce qui nous est promis à nous tous en tant que créatures, d'être transformés intérieurement par la grâce de Dieu, de pécheurs en sauvés.
AMEN