COMBLÉE DE GRÂCE
Gn 3, 9-15; Ep 1, 3-12; Lc 1, 26-31
Immaculée conception - (8 décembre 1990)
Samedi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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our célébrer l'Immaculée Conception de la vierge Marie, ce mystère de Marie préservée de tout péché, dès le premier instant de sa conception, nous venons de lire cette page de l'évangile de saint Luc où l'ange Gabriel salue Marie : "Réjouis-toi, comblée de grâce ! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu !" le mystère de l'Immaculée Conception de Marie est un mystère de grâce. De grâce, c'est-à-dire de ce don gratuit de Dieu. Nous sommes parfois tentés d'énumérer ce qu'on appelait autrefois "les gloires de Marie" comme autant de privilèges ou autant de mérites de sa part. Mais précisément tout, en Marie, est grâce, c'est-à-dire don gratuit. Tout vient de la gratuité du don de Dieu. La différence entre Marie et nous, ce n'est pas qu'elle a plus de mérites que nous, ce n'est pas qu'elle a fait plus d'efforts de sainteté que nous, c'est qu'elle a été remplie de grâce d'une manière encore plus plénière que nous ne le serons jamais, c'est que la gratuité de Dieu s'est manifestée de façon totale en ce qui la concerne. Nous sommes sauvés par grâce. Rien en nous, pécheurs ne mérite le salut, car nous nous complaisons à nous détourner de l'amour de Dieu, nous nous complaisons à nous replier sur nous-mêmes, nous cherchons sans cesse ce qui est notre intérêt et nous nous détournons de l'amour. C'est donc par pure grâce que nous sommes sauvés. Et comme le dit saint Paul : "Peut-être un homme de bien, pourrait-on l'aimer et donner sa vie pour lui, mais la preuve que Dieu nous aime, c'est que, alors que nous étions pécheurs, alors que nous étions éloignés de Dieu, c'est alors qu'Il nous a aimés au point de mourir pour nous."
Nous sommes sauvés par grâce, nous sommes entourés de toute part par la grâce, car il n'y a rien en nous qui puisse être proportionné à l'amour que Dieu répand dans notre cœur et dont Il nous submerge. Et bien, cette même grâce est plus grande encore dans le cas de Marie. Avant même qu'elle puisse choisir, avant même qu'elle puisse poser un acte libre, avant même qu'elle puisse mériter, elle a été, par totalité de grâce, préservée du péché personnel, mieux que Marie, ne sait qu'elle n'est rien et que Dieu est tout, car tout en elle est pur don gratuit de Dieu. C'est pourquoi ce que l'Immaculée Conception de Marie nous manifeste et nous montre c'est cette plénitude de la grâce de Dieu qui nous entoure de toute part, qui a entouré Marie avant le péché et qui nous entoure après le péché, qui a entouré Marie avant toute décision libre de sa part et qui nous entoure après tous les échecs accumulés de notre liberté.
Pour Marie comme pour nous, pour nous comme pour Marie, tout est grâce, tout vient, de la pure gratuité du don de Dieu, car Dieu "a conçu ce dessein depuis toute éternité, ce dessein de nous faire, et pas seulement Marie, saints et immaculés en sa présence", de nous rendre tous immaculés et saints comme le dit l'épître aux Éphésiens. Nous rendre saints et immaculés c'est-à-dire de mettre en nous cette limpidité, cette transparence, cette simplicité, cette totalité qui est sa sainteté à Lui, de nous faire partager sa sainteté, sainteté dont nous sommes bien incapables, que nous sommes incapables de mériter, incapables de nous donner à nous-mêmes, incapables de conquérir, sainteté qui ne peut être qu'un partage gratuit de l'amour de Dieu. Dieu a donc conçu ce dessein de nous faire saints et immaculés c'est-à-dire de nous faire participer à cette exultation, à cette joie qui est la sienne. Mais nous sommes réticents à cette sainteté, nous mettons des obstacles, nous ne cessons de retarder le moment de cette sainteté de Dieu en nous, et c'est pourquoi il faut un dur labeur. Ce dur labeur s'est couronné à la croix, pour que Dieu finisse par franchir les barrières de notre cœur, par briser les portes d'airain que nous opposons à sa venue et enfin pouvoir introduire sa lumière, sa transparence et sa sainteté dans nos pauvres cœurs si meurtris et si abîmés. Nous opposons l'obstacle de notre péché à la grâce de Dieu, mais la grâce de Dieu est plus forte que nos péchés et dès là que nous acceptons, ne serait-ce qu'un instant d'entrouvrir la porte de notre cœur, la lumière de la sainteté de Dieu nous envahit et peu à peu nous transforme.
Marie est celle qui a reçu cette grâce de Dieu. Elle n'a pas "fait", elle a reçu. Elle ne s'est pas fabriquée Immaculée Conception, elle ne s'est pas fabriquée sainte, elle ne s'est pas fabriquée Mère de Dieu. Tout en elle est reçu des mains de Dieu. Seulement, elle a mieux reçu que nous, elle a davantage accepté de recevoir, elle est l'exemple de l'humanité recevant la grâce de Dieu, alors que nous sommes cette même humanité traînant à recevoir refusant de recevoir, ne se laissant que difficilement convaincre d'enfin recevoir cette grâce de Dieu. Ce que nous devons regarder en Marie, c'est cette radicale ouverture à la grâce de Dieu, c'est qu'elle s'est laissé prendre tout entière par cette grâce. Nous pouvons, comme les pauvres, comme les pécheurs que nous sommes, nous retourner vers cette grâce de Dieu et ouvrir enfin notre cœur pour devenir aussi "saints et immaculés", non pas dans notre conception mais dans l'achèvement de notre vie, parce que la grâce de Dieu est là pour nous purifier et nous rendre, à notre tour, transparents à sa présence.
AMEN