CHRÉTIEN POUR LE MONDE

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 2007)
Vendredi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l s'éleva entre eux une discussion : lequel pouvait être tenu pour le plus grand ?"

Frères et sœurs, parler je voudrais simplement souligner un point avec vous, qui n'est peut-être pas le point majeur de saint Ambroise, mais que je trouve important. Certes, Ambroise a écrit des traités dont un sur les sacrements, certes, il a évangélisé son peuple, certes, il a défendu la foi contre l'hérésie arienne, mais il est aussi une chose importante dans sa vie, c'est le combat pour mettre en harmonie sa vie et la vie des chrétiens avec la Parole de Dieu. Ses successeurs sur le siège de Milan, je pense au cardinal Martini qui avait institué le dimanche soir, dans sa cathédrale, une lecture spirituelle, une lectio divina à partir de l'Écriture pour tous les jeunes, se réclamait ainsi de cette figure d'Ambroise de Milan qui a su à travers des expressions et des termes très simples, mettre à la portée de tous l'accès aux Écritures.

Cette conformité de la vie avec l'évangile se manifeste tout particulièrement dans une ville importante dans une ville importante, ville impériale, Milan. C'est aussi dans un contexte tout à fait particulier dans l'articulation entre un empire païen et un empire qui se veut chrétien. L'action d'Ambroise est la défense du plus petit, de celui qui subit l'injustice, surtout quand elle vient des pouvoirs civils. C'est une chose qui peut nous étonner, car à son époque, le religieux n'était pas réservé à la sphère privée. Aujourd'hui, ne sommes-nous pas trop frileux par rapport à une société qui aurait tendance à vouloir nous repousser continuellement dans les affaires internes de l'Église ou dans la vie spirituelle qui n'est que privée et ne devrait pas avoir d'incidence sur la vie de la société ?

Des évêques comme Ambroise de Milan se trouvent au cœur même de tout ce qui agite la vie de leur vielle avec tout ce qui la compose, la gestion de la cité, son gouvernement et ses instances, comme ses institutions. Il n'a pas peur de dénoncer, de dire, d'agir au cœur même de ce qui pourrait paraître aujourd'hui en France comme une ingérence des affaires politiques ou sociales. Lorsque le seizième centenaire de la mort d'Ambroise a été fête en 1996 le pape Jean-Paul II à la demande du cardinal Martini justement, a écrit une lettre apostolique sur Ambroise. Il y rappelle l'action d'Ambroise au cœur même de sa société. Jean-Paul II dit que "dans la société romaine d'alors en état de désagrégation, car elle n'était plus soutenue par les anciennes traditions, il était en outre nécessaire de reconstruire un tissu moral et social qui puisse pallier à un dangereux manque de valeurs. L'évêque de Milan voulut répondre à ces lourdes exigences ne travaillant pas seulement à l'intérieur de la communauté ecclésiale, mais élargissant aussi son regard aux problèmes que posait un redressement global de la société. Conscient de la force de renouveau de l'évangile, il y puisa des idéaux de vie concrets et forts, et les proposé à ses fidèles pour qu'ils en nourrissent leurs existences et fassent ainsi apparaître pour le service de tous d'authentiques valeurs humaines et sociales. Il n'hésita donc pas à manifester sa claire opposition au préfet de la ville pour une affaire de statue à remettre au Sénat, une statue païenne".

Jean-Paul II continue : "La force de l'évangile apparut à l'évidence dans les interventions que l'évêque consacra à la défense de la justice sociale. Ambroise dans certains de ses écrits stigmatise l'abus des richesses, dénonce les inégalités et les injustices par lesquelles les rares personnes aisées exploitent à leur avantage les situations de difficultés économiques et de disette". On a l'impression qu'il n'y a guère de différence entre ce qui se passait à l'époque d'Ambroise et ce qui se passe à notre époque. Quant à l'injustice sociale, quant au pourrissement aussi d'un certain tissu social, d'une certaine action de la vie politique, de la vie des hommes entre eux.

Ambroise de Milan peut nous rappeler aussi à un essentiel, c'est que le chrétien n'est pas chrétien pour lui-même ni même pour sa communauté chrétienne. Le chrétien l'est pour le monde quel que soit ce monde. Il faudrait certainement sortir dans l'Église de nos discussions internes qui se lamentent sans cesse sur la perte ou la disparition du catholicisme. Il suffit de tourner nos regards vers l'extérieur et de faire entrer le monde dans la communauté, ou d'envoyer la communauté dans le monde pour que ceux qui semblent être à l'intérieur ne cessent d'être alimentés par ce que le monde nous apporte, quelles que soient les valeurs et sa manière d'être. En même temps, ce monde a besoin du signe de la foi, du signe du sens de l'homme qui ultimement est le sens de Dieu. Ambroise peut nous rappeler que quand on est serviteur de l'évangile, on est aussi serviteur pour la totalité des hommes, pour la totalité de leur existence, et donc pour la totalité du monde, et l'exigence de l'évangile nous rappelle que c'est bien à ce monde boiteux, aveugle et infirme qu'il faut annoncer que le Royaume de Dieu est parmi nous.

 

AMEN