LA PRÉDICATION DES PÈRES
1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 2002)
Samedide la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous fêtons aujourd'hui une grande figure de l'Église : saint Ambroise de Milan. Evêque, quatrième siècle, Milan est une des capitales de l'empire, une très belle figure de pasteur qui a profondément impressionné par exemple tout le Moyen-âge. Il y a une chose particulière chez lui, c'est qu'il a été appelé à être évêque par la voix de la foule alors qu'il n'était même pas baptisé. Il a été baptisé le vingt-quatre novembre et sacré évêque le premier décembre. Il était préfet de Milan, comme son père, et tout à coup, il y a une sorte de consensus pour l'appeler à être évêque. Il avait aussi sans doute suffisamment de soutien politique pour que le pouvoir politique juge aussi que c'était un bon choix.
Saint Ambroise est profondément un pasteur. Il est celui qui a amené saint Augustin à la foi, à travers sa prédication. Ambroise avait été formé à la rhétorique et pour saint Augustin, quelqu'un qui parlait aussi bien, cela devait convenir, la foi devenait raisonnable et intéressante.
J'ai toujours le désir d'entendre ces Pères prêcher. Quelle était leur façon d'annoncer l'évangile au quatrième siècle ? J'ai trouvé dans le texte de l'office des lectures que nous avons lu hier soir, une lettre qu'il écrit à Constance et qui traduit peut-être un peu sa manière de prêcher. C'est assez intéressant de voir comment Ambroise de Milan prêchait, annonçait la Parole. C'est une façon de faire qui pourrait très bien aller pour aujourd'hui. C'est l'étonnante actualité des Pères au niveau de la prédication. Ce que l'on remarque dans cette prédication d'un Père de l'Église comme saint Ambroise, c'est la familiarité des images. Pour eux, la Bible est comme un livre d'images et il ne cesse de se référer à des images pour faire comprendre. Et traduire, dire ainsi une image, expliquer quelque chose d'aussi compliqué que la foi par une image, cela permet de dépasser un discours idéologique, des mots placés les uns à côté des autres, qui se référeraient simplement à la langue d'une tribu, à la langue réservée à quelques-uns. L'image permet de toucher tout le monde et les assemblées de saint Ambroise devaient ressembler aux assemblées que l'on connaît aujourd'hui, composées aussi de personne en recherche. Il commence par une image, il parle à son frère dans l'épiscopat : "Tu es assis à la poupe du navire de l'Église et tu le gouvernes au milieu des flots. Tiens la barre de la foi afin que les dures tempêtes de ce monde ne réussissent pas à la faire dévier". On voit bien l'évêque qui est à l'arrière du bateau et qui tient cette barre de la foi. Il parle de tempête et aussitôt il pense aux flots déchaînés et une référence scripturaire arrive : "C'est le Seigneur qui a établi le monde sur les mers et qui l'a fondé sur les fleuves". Les Pères ont une telle familiarité avec l'Écriture qu'ils ne cessent de la citer. Ils ne trouvent pas dans des livres de piété des images, ou des idées intéressantes, ou des choses un peu spirituelles, non, ils vont directement à l'Écriture. Une image appelle son correspondant dans l'Écriture, c'est comme une espèce d'enquête symbolique, d'une main, ils tiennent l'Écriture, et de l'autre, ils tiennent le grand livre du monde qui est plein d'images, donc, ils ne cessent de faire jouer les correspondances. Il va décrire la tempête, mais l'Église elle est fondée sur la pierre et l'on retrouve encore une autre image de l'Écriture, et fondée sur cette pierre qui est comme une sorte de havre de port du salut, et comme l'Écriture fait jouer à la fois la tempête et le fleuve, il dit que si l'Église est ballottée par la mer, elle court avec les fleuves : "Tu comprends qu'il s'agit de ces grands fleuves dont il est dit : les fleuves y ont élevé leur voix, ce sont les fleuves qui couleront de son sein". Il voit comme ces grands fleuves qui emportent l'Église comme cela, et l'emmènent vers un endroit, l'Église n'est pas statique, bloquée, ou le jouet des éléments déchaînés, et le fleuve et tout de suite fait penser au côté ouvert du Christ suivant la parole de Jean au chapitre septième : "de son sein coulerons des fleuves d'eau vive" faisant allusion au côté ouvert du Christ, sur la croix.
Voilà encore une image du monde qui s'est ouverte sur une image de l'Écriture de l'Ancien Testament, et qui ouvre sur une autre image du Nouveau Testament. Tout joue ensemble, tout correspond, et l'on voit bien qu'il n'a pas d'idée préconçue, mais qu'il laisse faire ces différents éléments qu'il fait jouer ensemble, en les laissant à leur endroit, il ne va pas vouloir tomber dans une interprétation littéraliste de l'Écriture, mais il veut faire jouer tous ces éléments symboliques les uns avec les autres. Comme on ne peut pas bloquer simplement le sens sur le fleuve qui coule du côté du Christ, ce flot d'eau et de sang qui coule de son côté, à ce moment-là les fleuves lui font aussi penser à la Parole de Dieu. Et pour son frère dans l'épiscopat, il dit qu'il faut recevoir cette eau, recevoir ce fleuve. Nous devons nous-mêmes devenir cette sorte de réceptacle, nous devons boire à la source pour que "rassemblant l'eau qui vient d'horizons divers, et que répand les nuées, symbole des prophètes". Encore un autre symbole qui s'ouvre, on a presque fait le tour de l'Écriture, voilà que le côté ouvert est annoncé par les prophètes, c'est comme la nuée qui se répand. Pour celui qui lit, qui comprend beaucoup de choses, se gorge d'eau, et une fois qu'il est gorgé, il déverse sur les autres. C'est pourquoi l'Écriture dit : "Si les nuées sont pleines de pluie, elles se déversent sur la terre".
Je crois que c'est extrêmement intéressant de remarquer comment ces Pères de l'Église parlaient de l'Écriture, parce qu'ils la citent sans cesse, ils la citent à bon escient, mais ils la citent sans cesse pour appeler du sens, ils ne négligent pas la réalité de cette eau, de ce fleuve, mais cela appelle à un sens plus grand. Nous avons nous aussi, quel que soit notre rôle, notre place dans l'Église, et c'est peut-être le temps de l'Avent qui nous invite encore davantage, à recueillir cette eau des prophéties, recueillir cette eau de la Parole pour être comme des éponges et pouvoir ainsi abreuver tous ceux qui nous entourent.
Demandons tout ceci par l'intercession de saint Ambroise de Milan qui a si bien su parler de Dieu.
AMEN