LE VERBE ET LA VOIX

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1999)
Mardi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons donc saint Ambroise de Milan. Il choisit, et c'est sans doute de famille, il choi­sit la voie de l'administration de l'empire,( il a fait l'E.N.A. !) et il est nommé gouverneur d'une province du Nord de l'Italie, la Ligurie, dont Milan est une sorte de capitale. Il est consul et il s'occupe de cette région. Un jour, il doit aller dans une réunion de prêtres pour désigner un évoque, il vient là pour y mettre de l'ordre, et voilà que le foule le désigne lui-même comme évêque : "Ambroise, sois évêque". Or il n'est pas encore baptisé, comme saint Martin, encore catéchumène, qui va partager son vêtement, et encore catéchumène, Ambroise est appelé à l'épiscopat par la foule. C'est assez étonnant cette audace de saint Ambroise de Milan, par exemple de dire à l'empereur de rentrer de force dans l'Église, non, il y est déjà.

Ce sur quoi je voudrais m'arrêter, c'est ce fa­meux épisode avec saint Augustin, catéchumène lui aussi, et qui entend saint Ambroise lire l'Écriture à voix haute. Dans l'Antiquité, on lisait l'Écriture à voix haute, on lisait d'ailleurs tout à voix haute, sans doute que l'on retient mieux, on est plus attentif, aujourd'hui il ne viendrait à personne l'idée de lire son journal à voix haute, aujourd'hui on parle avec son portable à voix haute, mais on ne lit plus l'Écriture à voix haute. Et saint Augustin est frappé par cette voix, il raconte cela dans les "confessions". Il entend une voix et il entend le Verbe qui lui dit : "Prends et lis," C'est l'origine de sa conversion.

Tout ce jeu en fait d'une sorte de Jean-Bap­tiste, une voix qui crie dans le désert, du Verbe qui vient parler au cœur des hommes, exigeant. Je vou­drais vous lire un texte que l'on lit aux petites Vigiles, où il n'y a que la fraternité, c'est quelque chose comme les Complies, la prière du soir, c'est un texte de saint Ambroise de Milan. Sans doute que dans le mystère de la voix il a quelque chose d'unique. Je n'ai pas la voix de saint Ambroise de Milan, mais peut-être que le Seigneur vous éveillera le cœur comme il a touché le cœur de saint Augustin.

Saint Ambroise dans ce texte dit ceci en ce qui concerne le rapport entre le Verbe et la Voix. : "Le Verbe de Dieu se repose sur Jean, fils de Zacha­rie dans le désert. Avant de rassembler l'Église, le Fils de Dieu agit en son serviteur. C'est donc à pro­pos que saint Luc montre le Verbe de Dieu reposant sur Jean fils de Zacharie au désert. (Que c'est beau c'est le Verbe qui se repose). Ainsi l'Église part non d'un homme mais du Verbe. C'est elle en effet qui est le désert, car les fils de la désertée sont plus nom­breux que ceux de l'épousée".

C'est encore d'elle qu'il a été dit : "Réjouis-toi stérile", et encore "Exulte désert", car elle n'était pas encore cultivée par le travail d'un peuple d'étrangers. Il n'était pas encore venu celui qui devait dire : "Je suis comme un olivier fertile dans la maison du Sei­gneur", la vigne céleste n'assurait pas encore des fruits à ses sarments par le canal de ses paroles. Donc, la Parole, le Verbe vint pour que la terre auparavant déserte produisît son fruit. "Le Verbe vint, la Voix suivit : car le Verbe opère d'abord au-dedans, puis la voix fait son office."

Et nous, spontanément en ce temps d'Avent, on pense que le Précurseur est venu qu'il a préparé le chemin, qu'il a fait entendre cette Voix et saint Am­broise dit dans ce texte que comme du dedans, le Verbe était là, avant. Que le Verbe était déjà là avant que nous entendions la Voix, que dans notre expé­rience d'audition, on entend d'abord une Voix, on ne distingue même pas ce que dit la Voix, puis après le Verbe vient.

Quelquefois, on entend des tas de paroles aujourd'hui, des tas de paroles qui avec le recul, on peut constater qu'elles nous ont emmenées plus loin, mais on n'entendait que la Voix.

Comme on n'entend que la Voix du Précur­seur cette Parole, même si elle est forte, ne peut nous atteindre si le Verbe qui est là avant ne travaille notre terre de l'intérieur. Dans le domaine humain, on en­tend la Voix et l'on reconnaît le Verbe, mais dans le domaine de la vie spirituelle "le Verbe vint et la Voix suivit".

Quand le Verbe vit au-dedans, après la Voix peut faire son office. "Aussi David dit-il : j'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, en effet, il a d'abord cru pour pouvoir parler".

Nous pensons à toutes les personnes qui nous ont fait entendre la Voix, en sachant qu'à travers la diversité de ces personnes, il faut reconnaître le Verbe qui parlait au-dedans de nous. Pour nous, ça a été l'Avent, puis le jour venu, le Verbe est venu, c'est Noël !

 

 

AMEN