GOUVERNEUR ET ÉVÊQUE
1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1998)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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uel destin remarquable que celui d'Ambroise de Milan qui au quatrième siècle avait une culture immense, et qui avait un des statuts les plus enviés de l'empire : il était préfet de la ville de Milan, une des préfectures les plus importantes de cet empire. Il a été élu évêque, alors qu'il était catéchumène, sa foi ne devait pas le préoccuper au premier plan, dans ces années-là, et il a eu le courage d'accepter, de succéder à un évêque arien, et c'est pourquoi il a fait preuve tout d'abord des qualités d'un véritable préfet, d'apaiser les esprits, de remettre de l'ordre, et ce qui est étonnant, c'est qu'il n'en est pas resté là. Parce que comme nous l'avons entendu dans l'évangile, il a certainement appliqué cette phrase : que le plus grand d'entre vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert.
En effet, Ambroise de Milan ne s'est pas prévalu de cette qualité de gouverneur, mais il a justement exercé ce gouvernement en se mettant au service de son peuple. Pour lui, se mettre au service de son peuple, c'était certainement avoir beaucoup d'humilité, parce qu'il fallait refaire le chemin de la découverte du Christ, le chemin de sa connaissance.
Il fallait qu'il ouvre son cœur et son esprit à ce qu'il devait annoncer. Et lui, qui est un prédicateur excellent, un écrivain remarquable, s'est d'abord mis à une école, certes, ses dons d'intelligence lui avaient déjà servi, mais il a accepté de se mettre à l'école du Christ, il a accepté d'apprendre et de connaître le Christ. Seulement, je crois qu'il est pour nous un maître, parce que certainement, une des notions qui pourrait faire le mieux comprendre son attitude, c'est celle que nous lisons dans l'épître aux Corinthiens, au jour de sa fête : "Il faut qu'on nous regarde seulement comme les serviteurs de la Parole du Christ et les intendants des mystères de Dieu".
C'est, au quatrième siècle, un mot clé que ce mot mystère. En effet, nous si nous parlons de la foi, nous aurons tendance à dire : c'est un mystère ! Et quand on dit : c'est un mystère, cela veut que c'est tellement compliqué, que cela nous dépasse, de toute façon, on n'y arrivera pas, on se contente du bon vieux catéchisme qu'on a eu, des croyances et des pratiques pieuses transmises par nos parents, et cela nous suffit.
Ce n'est pas du tout cela le mystère, en régime chrétien. Et si saint Ambroise de Milan a écrit un traité sur les sacrements, c'est parce que équivalemment, on employait ce mot mystère pour le mot sacrement. Mais cela ne s'arrêtait pas seulement à la notion des sacrements. Et cela nous donne aussi du même coup une compréhension de la manière dont Ambroise de Milan aborde la foi.
En effet, d'abord le mystère, et il n'y en a qu'un et c'est celui de Dieu lui-même, c'est sa réalité, c'est sa vie, c'est le dessein de salut de Dieu et le mystère concerne tout ce qui me dit Dieu dans ce monde, tout ce qui est capable de révéler sa Présence, tout ce qui dévoile son être et sa vie. Ce qui signifie une attention, une écoute, une contemplation du mystère même de ce monde pour atteindre au cœur de Celui qui a créé et façonné ce monde, Dieu lui-même.
Et parmi ceux-là, c'est qu'il a des signes plus particuliers pour l'atteindre. Il y a des signes et des moyens, ce que nous appellerons les sacrements, non seulement pour nous "parler de Dieu", mais pour nous "parler Dieu"! C'est-à-dire pour nous transmettre la réalité même du Seigneur, sans épuiser ce qui est la réalité de Dieu. Et c'est pour cela que ça nous dépasse, et c'est dans ce sens-là que le mystère, ce n'est pas d'abord ce qui est mystérieux, c'est ce qui est au-delà, et qui me dépassera toujours, même si j'en conçois l'essence première dans la vie des sacrements.
Et ensuite, ce mot mystère concerne toute la vie du chrétien, cela concerne la relation profonde entre le baptisé et son Seigneur. Tout y est inclus : la méditation de l'Écriture, la vie par les sacrements, et l'annonce du mystère même de Dieu dans ce qu'on appellera"la mission"et qui est en fait pour l'Église le moyen même d'être et de vivre.
Ainsi donc, Ambroise de Milan, est bien celui qui remet en place cette notion, mais surtout parce qu'il a d'abord lui-même été à cette école, et qu'avant de gouverner, il s'est fait le serviteur, qu'avant de conduire, il a été, même en tant qu'évêque, comme cette brebis qui recherche ce qui lui est nécessaire dans sa vie de chrétien. Et l'on pourrait illustrer ainsi ces moyens que saint Ambroise a pris, par un extrait d'un de ses sermons le huitième sur le Psaume 118, où il parle justement de cette connaissance de Dieu comme de l'illumination, mais seulement si on sait ouvrir son cœur :
"Dieu se fait Maître, et il illumine l'esprit de chacun. Il y répand la clarté de la connaissance pour que tu ouvres la porte de ton cœur et que tu accueilles la grâce du ciel. A l'heure du doute, hâte-toi de chercher : celui qui cherche trouve, et celui qui frappe, on lui ouvre. Dans les textes des prophètes, bien des choses sont obscures. Mais, si avec la main de ton âme, tu frappes à la porte des Ecritures, en scrutant ce qui est obscur, tu ne tarderas pas à trouver... C'est le Verbe de Dieu et nul autre qui t'ouvrira. Le Verbe de Dieu dont on dit dans l'Apocalypse que l'Agneau ouvrit le Livre scellé impossible à ouvrir. Jésus seul, dans son Évangile a révélé les difficultés des prophètes et les mystères de la Loi. Lui seul est venu apporter la clé de la science. Lui seul nous offre la faculté d'ouvrir."
Frères et sœurs, qu'à l'école de saint Ambroise de Milan, avec la main de notre âme, nous sachions ouvrir ces sceaux, cette révélation ce mystère de salut de Dieu pour nous, lui qui est mort le samedi saint, à la veille de la vigile pascale, et j'aime à imaginer que les catéchumènes pouvaient encore entendre le feu de sa parole qui annonçait ces mystères du salut.
En tout cas, devaient-ils à cette vigile pascale, alors que leur évêque venait de mourir, garder précieusement son enseignement et ses paroles, comme il savait si bien l'annoncer, et simplement, lui, il s'est effacé devant les mystères, c'est-à-dire ces sacrements qui nous donnent pleinement Dieu. Sachons aussi nous mettre à cette école.
AMEN