DÉFENSEUR DE LA VÉRITÉ

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1993)
Mardi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e ne sais pas si saint Ambroise portait l'anneau pastoral, mais personnellement je regrette que, dans l'Église, nous ayons perdu la symbolique de certains gestes. Jusqu'à un passé récent, les fidèles aimaient à embrasser l'anneau pastoral de leur évêque quand ils rencontraient celui-ci. Je ne crois pas que c'était le signe d'une attitude servile de la part des uns, ni non plus une signification de pouvoir autoritaire et plénipotentiaire de la part de l'autre. Il y a des gestes qui ont leur symbole. Les amoureux s'embrassent, les amis aussi. Et pourquoi ne pas signifier la relation du chrétien avec son Église, avec la Mère-Église, la mère aimante, celle qui nous signifie l'alliance éternelle avec Dieu, en embrassant l'anneau pastoral de celui qui a été choisi pour porter justement beaucoup plus que le symbole mais la réalité sacramentelle de ce don de l'Alliance ? Je n'épilogue pas, mais je crois que nous avons besoin de certains signes pour ne pas prendre les autres pour ce qu'ils ne sont pas. Et peut-être qu'aujourd'hui nous traitons l'évêque comme un administrateur, comme quelqu'un qui a le pouvoir, comme un décideur, comme un président de conseil, commission, bureau, et que nous perdons en lui cette relation qui mérite d'être signifiée par un baiser, qui est notre relation avec l'Église que Dieu nous donne.

Vous connaissez les éléments principaux de la vie de saint Ambroise. Il était un homme extrême­ment brillant, de tradition chrétienne mais pas baptisé, comme cela se faisait à son époque où le baptême avait lieu très tard pour des raisons théologiques sur lesquelles je ne m'étends pas. Il était administrateur impérial de la province de Ligurie Emilie et siégeait donc à Milan. Au cours d'une controverse sur des problèmes théologiques, il a été choisi, élu à l'unani­mité par vote à main levée, par acclamation terrible­ment démocratique, il a été élu évêque de Milan, sans aucune préparation puisqu'il n'était même pas baptisé. On pourrait dire qu'il était un évêque vraiment impro­visé, démocratiquement improvisé ce qui aurait pu être deux tares pour sa tâche épiscopale. Cependant saint Ambroise n'a pas gouverné son peuple de façon improvisée, pas plus qu'il ne s'est laissé aller aux fluctuances démocratiques des idées ou des opinions. Élu évêque il a donc été baptisé puis ordonné évêque dans les jours qui suivirent et tout son épiscopat a été essentiellement centré sur la Parole de Dieu, sur l'étude de l'Écriture, sur la distillation de l'Écriture dans son cœur d'abord, dans sa prière, puis dans son enseignement. Et ici il a manifesté une de ses grandes qualités. Il était énergique jusqu'à l'être, de façon ri­goureuse C'est un homme qui n'a jamais hésité quand il fallait défendre la vérité, mais cette vérité, il la dé­couvrait, il l'aimait, il s'en nourrissait à partir de l'Écriture et des commentaires qu'en avaient fait les Pères avant lui. Homme donc de doctrine parce qu'il a aimé la vérité de Dieu et en même temps homme d'une très grande bonté parce que, pour lui, défendre la vérité c'était défendre l'homme et spécialement les plus petits et les plus pauvres car il n'y a qu'une seule vérité, celle de Dieu et celle de l'homme, c'est la même et elle est unique. Quand on manque à l'une, on manque toujours à l'autre.

Je voudrais simplement, pour terminer, vous lire quelques passages d'une lettre écrite par saint Ambroise à un autre évêque de son temps, Constance, lettre qui nous fait méditer sur cette puissance de la Parole de Dieu par laquelle Dieu vient, par laquelle Il s'incarne en nous. Et cela est tout à fait dans la tona­lité de l'Avent puisque nous ne pourrons honnêtement célébrer le mystère de l'Incarnation du Verbe fait chair que si ce Verbe se fait déjà chair dans notre chair, dans notre vie.

"Ecoute donc la Parole du Christ pour que ta voix se répande. Recueille l'eau du Christ, celle qui loue le Seigneur. Rassemble l'eau qui vient d'horizons divers et que répandent les nuées, symbole des pro­phètes. Celui qui recueille l'eau des montagnes, c'est-à-dire la Parole de Dieu, qui attire à lui ou qui boit l'eau des sources, la répand lui aussi comme une nuée. Remplis donc de cette eau les profondeurs de ton esprit pour que ta terre s'en imprègne et soit irri­guée par ces propres sources. Donc celui qui lit et comprend beaucoup de choses se gorge d'eau et une fois qu'il en est gorgé, il la déverse sur les autres. C'est pourquoi l'Écriture dit : "Si les nuées sont plei­nes de pluie, elles la déversent sur la terre." Que tes discours soient donc abondants mais qu'ils soient purs et transparents. Ainsi, dans ton enseignement, tu verseras dans les oreilles de tes auditeurs beaucoup de douceur, tu charmeras ton peuple par la grâce de tes paroles, et ton peuple te suivra volontiers là où tu le conduis."

Prions saint Ambroise pour voir ce que la Pa­role de Dieu fait en moi, en chacun de nous. Et recon­naissant ce que la Parole de Dieu fait en moi, qu'elle me donne la hâte de la dire aux autres. Il faut que la Parole de Dieu regorge en nous pour que nous puis­sions la laisser déborder sur les autres. Mais en même temps demandons-lui de voir ce que la Parole de Dieu accomplit dans la vie des autres pour avoir hâte, à notre tour de l'écouter afin qu'elle agisse pareillement en notre vie.

 

 

AMEN