L'AMOUR DES HUMBLES

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1992)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

R

ien n'avait préparé vraiment ce jeune fonc­tionnaire de l'Empire lorsque, dans la foule, à la mort de l'évêque de Milan, une voix se fit entendre : "Ambroise évêque !" Il était juste catéchu­mène, il ne connaissait encore pas grand-chose aux Écritures. Il accepta et il étudia, il apprit son métier d'évêque. Il fut baptisé puis consacré dans la cathé­drale de Milan.

Saint Augustin qui l'a connu devait le trouver un peu trop épiscopal, même si nous apprenons dans les Confessions qu'il se réjouissait de sa délicatesse et de la qualité de ses discours et homélies. Et à travers les écrits d'Augustin, on peut trouver trace et com­prendre à quel point Ambroise était une figure à la fois austère, et même rigoureuse mais extrêmement sensible. Ambroise devait trouver Augustin un peu trop passionné et éprouver quelque crainte de ce jeune africain. Mais l'un et l'autre sont les deux figures qui complètent la figure de l'Église de ce temps.

Une chose étonnante chez Ambroise c'est son attachement à la pauvreté et aux humbles de son Église. Il disait dans une homélie, en parlant des au­mônes à faire. "Ce n'est pas de ton bien que tus dis­tribues aux pauvres, c'est seulement le sien que tu lui rends car tu es seul à usurper ce qui est donné à tous pour l'usage de tous. La terre appartient à tous et non aux riches mais ceux qui n'usent pas de leur propriété sont moins nombreux que ceux qui en usent. Ainsi tu paies ta dette, bien loin de faire des largesses gratui­tes."

Cet homme si sensible aux pauvres sut aussi passer par-dessus ses propres amitiés par-dessus les sentiments personnels lorsqu'il excommunia l'empe­reur Théodose qui avait fait massacrer prés de 7000 personnes dont de nombreux enfants et des femmes, à Thessalonique, pour venger un attentat commis dans une émeute. Ambroise n'hésita pas à lui demander d'entrer en pénitence publique et l'empereur le plus puissant de l'époque dut, revêtu de la bure des péni­tents, expier publiquement son péché avant d'être réintégré dans l'Église. Grandeur et dureté de cette époque, grandeur et dignité aussi de cet évêque qui sut faire passer au-dessus de la politique de son temps, la rigueur de la Pénitence.

Dans cet attachement à la pénitence et à l'aveu, il est un certain nombre de propos de saint Ambroise qui sont d'une très grande beauté. Il ouvre la porte à l'importance de l'aveu, à la qualité de l'aveu afin que tout chrétien se découvre devant lui-même et devant Dieu pour recevoir le pardon. Paulin qui a relaté la vie d'Ambroise écrit de lui : "Il était en joie avec ceux qui se réjouissaient et en pleurs avec ceux qui pleuraient. Chaque fois que quelqu'un lui avait avoué ses péchés pour recevoir la pénitence, il pleu­rait de telle façon qu'il le forçait à pleurer lui aussi, car il lui semblait être à terre avec celui qui était à terre. Quant aux fautes qu'on lui avouait il n'en par­lait à personne d'autre qu'au Seigneur auprès duquel il intercédait. Il laissait ainsi un bon exemple aux prêtres à venir pour qu'ils soient davantage des inter­cesseurs auprès de Dieu que des accusateurs auprès des hommes."

Dans un traité sur la Pénitence il exhorte les hommes de son temps et donc lui-même à développer cet aveu, par exemple dans ce passage qui est comme un dialogue entre Dieu et l'homme au moment même de l'aveu de son péché. Dieu dit : "C'est Moi qui dé­truis tes iniquités et tes péchés et Je ne me souvien­drai pas. Mais toi, souviens -toi pour que nous plai­dions ensemble. C'est-à-dire : Je ne me rappelle pas tous ces méfaits que J'ai pardonnés. C'est comme s'ils étaient recouverts par l'oubli, mais toi souviens-toi ! Moi Je ne me souviendrai pas à cause de la grâce que Je te fais, mais toi souviens-toi en vue de te corriger. Souviens-toi et sache que ton péché est pardonné pour ne pas te glorifier comme si tu étais innocent et pour ne pas aggraver ton cas en te proclamant juste. Au contraire, si tu veux être justifié, avoue ta faute, car ce qui défait les nœuds des crimes, c'est l'humble aveu des péchés."

Et encore dans un commentaire de la résur­rection de Lazare Ambroise écrivait : " Pourquoi craindre d'avouer tes iniquités auprès d'un bon Maî­tre ? Déclare tes iniquités afin d'être justifié. A celui qui est encore coupable d'une faute on propose les récompenses de la justification. Pleure donc pour un temps afin d'être dans la joie pour l'éternité. Crai­gnons le Seigneur, prenons les devants en confessant nos péchés, corrigeons nos fautes, redressons notre erreur pour que l'on ne dise pas de nous : Hélas, mon âme, l'homme pieux a disparu de la terre, il n'en est pas un qui se corrige parmi les hommes."

En entendant ces paroles qui nous arrivent de loin mais qui sont si vraies puisqu'elles mettent le pécheur en face de sa propre vérité, non pas pour qu'il se blesse devant son péché, mais qu'il reconnaisse la qualité et la nécessité du pardon de Dieu, demandons au Seigneur que nous sachions non seulement recon­naître nos fautes mais aussi que, dans cette faute, nous sachions reconnaître le manque d'amour, et qu'ainsi nous sachions, en parlant devant Dieu et avec Dieu, attendre de Lui ce qui nous fait vivre, ce qui nous donne chaque jour ce bien-être, cette paix que seul le pardon peut donner. Demandons au Seigneur que saint Ambroise qui, à travers sa rigueur, à travers sa sensibilité, vivait dans l'intimité de Dieu, que saint Ambroise nous mène et nous conduise plus près de Dieu.

 

 

AMEN