CONTEMPLATION DU MYSTÈRE

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1987)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

omme saint Ambroise ne savait rien, il a commencé par lire l'évangile de Luc et il l'a commenté. Et dans ces commentaires, au fil des pages, nous trouvons des perspectives qui nous ouvrent au mystère de Dieu dans son ensemble, comme si, à travers saint Ambroise, nous pouvions découvrir avec un regard nouveau le mystère, non plus éparpillé à travers les lignes de saint Luc, mais faisant un tout, c'est-à-dire Dieu se révélant dans sa totalité, dans toute sa réalité. J'en prends pour exem­ple les passages suivants parlant du Christ. "Je me suis rendu faible avec les faibles pour gagner les fai­bles. Je me suis fait tout à tous."(Il citait saint Paul) "et de nul autre on n'a pu dire : Il a été blessé à cause de notre péché, rendu faible à cause d'eux. Il a donc été petit, il a été enfant pour que vous puissiez être homme achevé. Il est lui, enveloppé de langes pour que vous soyez, vous, dégagés des liens de la mort. Lui dans la crèche pour vous placer sur les autels. Lui sur terre pour que vous soyez parmi les étoiles. Lui n'a pas eu d'autre place dans ce caravansérail pour que vous ayez plusieurs demeures dans le ciel Lui qui était riche, Il s'est fait pauvre à cause de vous, afin que sa pauvreté vous enrichisse. C'est donc notre patrimoine que cette pauvreté, et la faiblesse du Sei­gneur est ma force. Il a préféré pour Lui l'indigence afin d'être prodigue pour tous. C'est moi que purifient ses pleurs de son enfance vagissante, ce sont mes fautes qu'ont lavées ses larmes. Je suis donc, Seigneur Jésus-Christ plus redevable à vos affronts de ma ré­demption qu'à vos œuvres de ma création. Naître ne m'eût servi de rien sans le profit de la Rédemption."

A travers cette longue contemplation qui nous livre un peu du secret même de l'âme de saint Am­broise, nous découvrons que ces saints, ces Pères de l'Église, se sont nourris réellement de la contempla­tion du mystère et qu'ils tentaient d'en faire résonner tous les éléments entre eux, de chercher les échos des moments, des temps, des paraboles, des histoires qu'on pouvait raconter sur Jésus. Et dans ces mystè­res, ils essayaient d'en joindre les uns aux autres les différents éléments, comme dans ce passage sur Jean-Baptiste.

"La Loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean-Baptiste, et Jean est le Précurseur de Jésus. De même, la Loi annonce l'Église, de même la Pénitence annonce la Grâce." Nous savons que la pénitence est un temps d'attente, de conversion et qu'elle est le moyen préalable, avant la venue du Seigneur. Mais d'entendre que la Pénitence annonce la Grâce, c'est dire qu'elle est comme le "Oui" nécessaire de l'homme, avant que Dieu se révèle. Notre pénitence en est comme le creuset afin que la grâce puisse le remplir. C'est cela contempler dans son ensemble le mystère même de Dieu, trouver les éléments qui ré­sonnent les uns avec les autres, faire de la pénitence non plus simplement une démarche humaine de re­connaître son péché, mais l'annonce même de la grâce qui vient donner la vie et remplir celui qui l'a atten­due. Et saint Ambroise ira plus loin en disant : "l'af­faire de l'homme c'est de faire pénitence de ses fautes et le bienfait de Dieu c'est d'accomplir la grâce du mystère."

Ainsi, en ce temps d'Avent, c'est notre affaire que de faire pénitence, afin qu'au temps de Noël, ce soit celle de Dieu de nous remplir de sa grâce. Com­ment ? Simplement comme le Christ le disait à sainte Catherine de Sienne: "Fais-toi capacité, et Moi je me ferai torrent !"

 

AMEN