SÉDUIT ET SÉDUCTEUR
1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1984)
Vendredi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Ambroise
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e cardinal Lustiger est mort, les intégristes de Saint Nicolas du Chardonnet ont pris d'assaut l'évêché de Paris ; l'abbé Coache est devenu archevêque de Paris. Cela fait déjà un certain temps que cela dure et comme il est très proche de la mort, que les intégristes sont très divisés entre eux, que les chrétiens fidèles à Rome voudraient reprendre l'archevêché de Paris, on en vient aux mains. On se bat dans Notre-Dame de Paris, on se bat à l'archevêché, on se bat dans toutes sortes d'églises, si bien qu'on est obligé de faire appel au préfet de police pour remettre de l'ordre entre ces chrétiens divisés qui s'arrachent les cheveux et autres choses pour régler leurs propres querelles intestines. Le préfet de police, bon socialiste dont le père était ministre d'un gouvernement précédent, qui n'est lui-même pas baptisé mais croyant sans doute, vient et comme c'est un homme plein de doigté et d'habileté, il rétablit l'ordre, sépare les combattants. Son nom est Ambroise. Voilà qu'au milieu de la foule quelqu'un se met à crier : "Ambroise évêque !" Puisqu'on n'arrive pas à s'entendre entre intégristes, fidèles, orthodoxes, progressistes, etc... qu'Ambroise, qui a été capable de rétablir la paix, devienne évêque. Voilà le préfet de police bien embêté car il avait une très belle carrière devant lui, il est encore tout jeune, il n'a que trente-trois ans, et il a déjà un poste assez élevé, ce qui est beaucoup dans la république actuelle. Il est ennuyé par ces cris de la foule, il refuse, on insiste, il demande à réfléchir et puis, au bout de huit jours de retraite, à Manrèse ou en quelque lieu semblable, il accepte d'être rapidement instruit de la foi, baptisé, ordonné diacre, prêtre, évêque et puis le voilà archevêque de Paris.
C'est exactement ce qui s'est passé pour saint Ambroise à une époque très divisée, vers 350 à Milan, ou un évêque arien qui avait pris par surprise le siège de Milan contre l'avis d'un grand nombre de chrétiens, arrivait à la fin de sa vie, ce qui provoqua des grands troubles et nécessita l'intervention du préfet de police Ambroise.
Saint Ambroise a pris au sérieux son rôle d'évêque et il lui a consacré toute sa vie. Il s'est plongé de toute son âme, de toute son intelligence qu'il avait forte et aiguë, dans la lecture des Écritures, dans la lecture des Pères. Il a lui-même, patiemment prêché, écrit, commenté l'Écriture, saint Luc, les psaumes, la foi, le Credo, le baptême la confirmation, l'eucharistie pour préparer les catéchumènes à recevoir le baptême. Il a aussi aidé son peuple de Milan à vivre dans cette période difficile, troublée. Il s'est occupé inlassablement des pauvres, Il a aussi tenu tête au Général de Gaulle de l'époque le jour où, parce qu'on avait tué dans me échauffourée un de ses colonels, il a fait liquider sept mille personnes. Ambroise a fait venir l'empereur en pénitence, avec la corde autour du cou et revêtu d'une simple tunique blanche, au pain sec et à l'eau, pour demander pénitence devant lui dans la cathédrale de Milan.
Vous voyez qu'Ambroise avait de la force d'âme, de la poigne, qu'il savait commander aux grands comme à la foule, qu'il savait parler haut et fort au nom de Dieu et proclamer la vérité. Voilà le saint que nous célébrons aujourd'hui. Saint Ambroise c'est aussi celui qui a séduit saint Augustin, ce jeune avocat brillant qui, arrivé à Milan plein d'ambition, voulait conquérir un poste de haute lutte car il avait tout ce qu'il fallait pour cela, et qui lui-même n'étant pas encore pleinement chrétien tomba un jour en arrêt devant la parole de saint Ambroise, cet autre converti qui, du haut de la chaire, proclamait la parole de Dieu.
Quelque temps après la parole du Seigneur se fera entendre aux oreille d'Augustin, à son cœur et lui aussi rentrera dans l'Église, se convertira et deviendra prêtre, puis évêque, lui aussi deviendra un des grands maîtres de notre foi.
C'est sur de tels hommes qu'est fondée notre foi, c'est sur eux qu'elle s'appuie. Saint Ambroise est celui qui a commenté avec tellement de délicatesse tous les sacrements. Je vous signale au passage que si depuis le concile de Vatican II, nous pouvons communier dans la main, et si nous répondons "Amen" quand on nous présente le corps du Christ, cela se fonde sur une tradition immémoriale de l'Église dont saint Ambroise est un des témoins. A cette époque-là, les fidèles apportaient eux-mêmes des dons présentés à l'offertoire : toutes sortes de choses, des poulets, des lapins pour les pauvres ou le clergé et aussi du pain et du vin pour l'eucharistie. On prenait une partie de ces dons pour consacrer l'eucharistie.
Ambroise remarque un jour au moment de la communion qu'une paysanne avait un air surpris et un peu incrédule. Il voit passer dans son regard comme un doute. Il va donc la trouver à la sortie de la messe et lui demande ce qui s'est passé. Elle lui répond : "C'est justement le pain que j'ai apporté à l'offertoire que l'on m'a redonné à la communion." Devant le fait que c'était le même morceau de pain, elle avait eu un doute dans son cœur et se demandait : "Est-ce que c'est vraiment le corps du Christ ? Je le reconnais bien ce morceau de pain que j'ai apporté tout à l'heure". Alors Ambroise lui fait toute une catéchèse et lui explique quel lorsqu'on apporte des dons, Dieu les reçoit, les transforme, et que c'est pour cela que l'on doit ensuite venir, les mains l'une sous l'autre, présentées comme un trône pour recevoir, dans ses mains, ce qui n'est plus le pain que l'on a apporté mais qui est le corps même du Christ.
Le don que Dieu nous fait est infiniment plus beau que le don que nous lui avions fait auparavant. Saint Ambroise ajoute aussi : "C'est pour cela que quand je te dis :"Le corps du Christ !" tu réponds "Amen" c'est-à-dire :"Je crois! C'est vrai !" C'est solide ! C'est fort ! J'en suis sûr !" Vous voyez que ce rite de la communion eucharistique, de la communion dans la main, de la réponse "Amen !" a été commenté en détail par saint Ambroise à la fin du quatrième siècle, au moment où il était à la tête de cette église de Milan qu'il défendait contre elle-même, contre les fauteurs de schismes et de troubles, et aussi contre les dangers venus de l'extérieur.
En terminant je voudrais vous lire l'oraison de la messe de saint Ambroise dans la liturgie de Milan dont il est le patron, le protecteur et la plus grande gloire. "Seigneur tout-puissant, Tu as donné le bienheureux Ambroise, confesseur de ton Nom, comme docteur de l'Église qui est à Milan, mais Tu l'as donné aussi à toutes les Eglises. Fais que son enseignement, marqué par le souffle de l'Esprit Saint, affermisse nos cœurs, que celui que nous aimons comme un père que nous tenons de Toi, soit notre intercesseur devant Ta tendresse. Par Jésus le Christ Notre Seigneur ".
AMEN