L'ÉVÊQUE DE MILAN : SAINT AMBROISE
1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1983)
Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Michel MORIN

Franchimont : Saint Ambroise
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réfet de police à Milan, puis évêque de Milan, Saint Ambroise est passé de la grandeur de ceux qui commandent selon l'ordre du monde à la grandeur de ceux qui servent selon l'ordre de l'Église. C'est ainsi que s'est accomplie pour lui, de façon exceptionnelle, cette parole de l'évangile que nous venons de lire.
Peut-être que Saint Ambroise est un homme de l'Avent. Même si le désir de Dieu n'était pas encore très clair dans son cœur, il fut un homme de l'Avent parce qu'il a reçu de façon violente cette visite de Dieu dans son cœur et dans sa vie. Dieu a fait irruption en lui comme un voleur en un jour où il y avait une pagaille monstre dans la cathédrale de Milan parce que le vieil évêque Aria était mort et que les factions de chrétiens cherchaient à imposer leur candidat pour gouverner l'Église, l'empereur avait envoyé sur les lieux un jeune préfet de police, Ambroise. La tradition, l'hagiographie dit que pendant ce remue-ménage dans l'Église, quand Ambroise est arrivé, un enfant a crié "Ambroise évêque". Pendant la semaine qui a suivi, Ambroise qui ne voulait absolument pas de cette charge, parce qu'il comptait bien continuer sa carrière dans l'administration impériale, s'est retiré chez lui et pour dissuader les chrétiens de le choisir, il faisait venir dans sa maison des prostituées, non pas pour commettre le mal avec elles mais pour que les chrétiens le laissent tranquille et le jugent ainsi indigne d'être leur évêque. Parce que la grâce est plus forte que nos réticences, que nos refus, nos craintes ou nos subterfuges, Ambroise est quand même devenu évêque et pasteur de cette Église de Milan.
Le Royaume de Dieu est entré en lui, malgré lui, et il s'est laissé faire par ce souffle, par cette force du Règne de Dieu qui arrive comme un voleur. Et lui-même, dans une de ses catéchises baptismales, commentait aux nouveaux chrétiens le Notre Père : "Notre Père qui es aux cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton règne vienne". Comme si le règne de Dieu n'était pas éternel. Jésus dit : "Je suis venu" et Il nous dit encore : "Que Ton règne vienne !" comme s'il n'était pas venu. Mais le règne de Dieu est arrivé quand vous avez obtenu la grâce car Il dit Lui-même : "Le règne de Dieu est en vous".
Les événements, les circonstances de la conversion et de l'épiscopat de saint Ambroise ont été pour lui cette venue inattendue, cette venue mystérieuse, cette venue violente du règne de Dieu qui a bouleversé sa vie. Devenu pasteur de l'Église, devenu serviteur de l'Église, voici qu'il a accompli, chaque jour de sa vie, cette autre parole du Notre Père : "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien!" Et voici ce qu'il expliquait à ses fidèles de Milan : "Je me souviens de ce que je vous ai dit quand j'expliquais les sacrements. Je vous ai dit qu'avant les paroles du Christ, ce qu'on offre s'appelle le pain. Dès que les paroles du Christ ont été prononcées, on ne l'appelle plus du pain, mais on l'appelle le corps. S'il est quotidien, reçois chaque jour ce qui doit te profiter chaque jour. Toi donc, tu entends dire que chaque fois qu'on offre le Sacrifice, on représente la mort du Seigneur, sa Résurrection, son Ascension, ainsi que la rémission des péchés, et tu ne reçois pas chaque jour le Pain de vie. Celui qui a une blessure cherche un remède. C'est une blessure pour nous d'être soumis au péché. Le remède céleste c'est le vénérable sacrement."
Et voici ce commentaire sur le pain quotidien, sur l'eucharistie qui nous inscrit aujourd'hui dans cette eucharistie que nous célébrons dans l'attente, dans la venue imminente du Christ : "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Si tu le reçois chaque jour, chaque jour, pour toi, c'est aujourd'hui. Si le Christ est à toi aujourd'hui, Il ressuscite pour toi aujourd'hui. Comment ? "Tu es mon Fils ! Aujourd'hui, je T'ai engendré !" Aujourd'hui c'est quand le Christ ressuscite. Il était hier et Il est aujourd'hui, dit l'apôtre Paul, mais il dit ailleurs : "La nuit est passée, le Jour est proche." La nuit d'hier est passée, aujourd'hui le jour est arrivé.
Frères et sœurs, que ces quelques paroles de saint Ambroise qui commente le Notre Père, nous aide, en priant nous-mêmes si souvent le Notre Père, à inscrire cette prière dans notre attente de la venue du Seigneur. Oui que Ton règne vienne en nous, quelle que soit la façon dont le Seigneur veut qu'il se réalise. Et que ce règne nourrisse en nous, par l'eucharistie, l'incessante venue, l'incessant pardon, l'incessante guérison que le Christ veut nous donner pour que nous puissions vivre de sa vie et entrer un jour dans son Royaume.
AMEN