L'ÉVÊQUE AMBROISE
1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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n peut déplorer que de temps à autre la liturgie célèbre des saints qui viennent pour ainsi dire brouiller le beau calendrier qui nous prépare à Noël. On pourrait se plaindre aujourd'hui car saint Ambroise est l'un de ceux-là puisqu'il n'est pas aussi important que le mystère de l'Immaculée Conception et on pourrait dire qu'après tout il vaudrait bien mieux lire un évangile qui nous prépare à Noël et qui réveille en nos cœurs cette attente.
Pourtant je crois que la fête de saint Ambroise ne tombe pas si mal que cela. En effet, les textes qui sont choisis nous rappellent sans cesse cette dimension de la venue du Seigneur mais à travers un biais particulier, le biais de la présence des ministres au sein de l'Église. En effet je crois que s'il y a des évêques dans l'Église ce n'est pas seulement pour administrer les affaires courantes en attendant la venue du Seigneur, je ne crois pas que ce soit leur rôle, mais s'il y a des évêques dans l'Église c'est pour rappeler sans cesse au peuple que même si le Seigneur est venu dans la chair il n'est pas encore venu définitivement. Et l'on pourrait dire que le ministère des évêques successeurs des apôtres est précisément l'image de cette double dimension à la fois que le Seigneur est venu et que le Seigneur revient.
Les évêques sont l'image et le signe au milieu de l'Église que le Seigneur est venu, et pourquoi ? parce qu'ils doivent être les premiers à pratiquer l'humilité. Cela vous surprend peut-être et pourtant c'est ce que le Seigneur a dit : "Celui qui est le plus grand c'est celui qui sert à table " par conséquent c'est le peuple chrétien et celui qui est le plus petit, le plus humble c'est celui qui sert et par conséquent ce sont les évêques qui servent le pain de la Parole et le pain de l'eucharistie. Mais ils sont des serviteurs et ils nous rappellent que le Seigneur est venu, qu'Il est venu dans l'humilité de la chair.
Le sens premier du ministère dans l'Église n'est pas d'abord des honneurs des distinctions, c'est de rappeler sans cesse qu'on est serviteur parce que le Christ, la première fois qu'Il est venu, est venu dans l'humilité de la chair. Et puis les évêques nous rappellent aussi que le Christ doit venir. Comment le rappellent-ils ? Ils le rappellent d'après cette parole de saint Paul qui nous dit qu'il ne faut pas nous juger les uns les autres, car c'est le Seigneur qui viendra pour juger.
Au fond, l'évêque n'est pas tellement celui qui tranche. Ce n'est pas celui qui porte des jugements. C'est rare dans une activité d'évêque et peut-être encore plus rare de nos jours. Mais fondamentalement le rôle de l'évêque c'est de dire au peuple chrétien : "Le Seigneur va venir et le travail qui se fait dans votre cœur maintenant, ce travail-là ne révèle pas encore pleinement qui nous sommes". Et par conséquent, même si dans le troupeau, à certains moments il y a des heurts et des tensions, en réalité le rôle de la Parole et du ministère de l'évêque, c'est de nous redire sans cesse que nous devons nous aimer les uns les autres, en vérité, en sachant qu'aucun d'entre nous encore sur la terre ne peut connaître le secret du cœur et par conséquent nous devons nous exercer les uns les autres à une véritable bienveillance mutuelle et à un véritable amour des frères tels que Dieu nous le donne dans notre cœur.
Nous demanderons au Seigneur, par l'intercession de saint Ambroise, que nos évêques qui assurent d'une manière ou d'une autre la charge apostolique, à la fois de ce service et de cet appel qui est une manière de détourner le regard du peuple chrétien vers la venue du Seigneur, que tous aient à cœur d'accomplir cette tâche et que tout le peuple chrétien, lui aussi, vive dans cette attente du Seigneur.
AMEN